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Tour de France 2024 | Les débats du Tour : Faut-il des Français capables de jouer le général ?
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Publié 02/07/2024 à 20:24 GMT+2
Distancé par Tadej Pogacar sur la route de Valloire, ce mardi, Jonas Vingegaard pointe désormais à 50 secondes de son rival, porteur du maillot jaune. Faut-il s'inquiéter pour le Danois ? Impressionnante tout au long de la journée, l'équipe UAE-Emirates va-t-elle écraser la course ? Les Français sont déjà distancés au général, mais est-ce vraiment un problème ? Voici les débats du Tour.
Pas de K.-O. mais un bon uppercut : le résumé de la victoire de Pogacar à Valloire
Video credit: Eurosport
Faut-il s'inquiéter pour Vingegaard ?
Julien Chesnais
Non. Après avoir tenu bon, dimanche, dans la roue de Pogacar sur les pentes de San Luca, le Galibier représentait un défi d'une tout autre envergure pour un coureur qui dispute son 4e jour de course depuis sa terrible chute du 4 avril. S'il a dû laisser filer Pogacar dans les derniers hectomètres de l'ascension, le Danois ne s'est pas effondré pour autant. Il n'avait que 7" de retard au sommet et c'est dans la descente que l'écart s'est essentiellement creusé, pour atteindre 37" sur la ligne et 50" au général avec les bonifications.
Ce retard est loin d'être négligeable, évidemment. Mais je suis sûr que l'intéressé, comme les patrons de Visma | Lease a Bike, auraient signé des deux mains pour ce bilan. Rappelons que l'incertitude était totale à son sujet avant le départ. Physiquement, il a rassuré. Reste à voir comment son corps réagira au fil des trois semaines, si le manque de foncier induit par sa préparation tronquée va se payer un jour ou si, à l'inverse, lui donner ce surplus de fraîcheur qui pourrait faire la différence sur un Pogacar qui a déjà un Giro dans les jambes.
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Coup de feu dans le Galibier : l'attaque fulgurante de Pogacar à 20km de l'arrivée
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Raphaël Brosse
L'inquiétude suscitée par la performance de Vingegaard sur la route de Valloire mérite d'être relativisée. Comme l'a rappelé Julien, le coureur de 27 ans revient de très loin et, au regard de son printemps tronqué par sa grave chute survenue au Tour du Pays basque, il y avait évidemment de quoi craindre le pire pour lui. Il n'a pas été lâché à la pédale dès la première accélération des équipiers de Tadej Pogacar, il n'a pas non plus concédé plusieurs minutes de retard à l'arrivée. En ce sens, il n'y a pas lieu d'être alarmiste.
En revanche, dans les circonstances actuelles, "Vingo" aurait bien besoin d'une équipe en grande forme pour espérer titiller le porteur du maillot jaune. Et c'est peut-être sur cet aspect que l'inquiétude pointe le bout de son nez, puisque les Visma n'ont pas franchement été à la hauteur ce mardi. Wout Van Aert en méforme, Wilco Kelderman amoindri par des chutes, Matteo Jorgenson distancé dans le Galibier… Assez vite, le Danois s'est retrouvé esseulé. Espérons pour lui qu'il sera mieux accompagné lors des prochains rendez-vous en altitude.
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"Même avec 2 minutes d'avance sur Vingegaard à mi-Tour, Pogacar ne serait pas rassuré"
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UAE-Emirates va-t-elle écraser la course ?
Julien Chesnais
Disons d'abord qu'elle en a la capacité, clairement. Sa domination attendue s'est révélée manifeste sur les pentes du Galibier avec les relais, jusque dans le dernier kilomètre d'ascension, de Juan Ayuso et Joao Almeida en tête du groupe des cadors réduit à huit unités. Maintenant que Tadej Pogacar a pris le pouvoir et l'ascendant sur ses rivaux, la formation émiratie peut tout à fait verrouiller le Tour à double tour pour sécuriser la victoire de son leader.
La marge de manœuvre de Vingegaard, Evenepoel et les autres s'annonce particulièrement réduite pour la suite. UAE Emirates s'apparente à une muraille rouge et blanche infranchissable qui abrite le boss absolu, invaincu et invincible depuis l'entame de la saison. Reste que nous n'en sommes qu'au 4e jour et que la défense du maillot jaune ne semble pas vraiment l'obséder. Maintenant qu'il a creusé l'écart, il peut tout à fait le laisser à un faire-valoir, comme lundi pour le bonheur de Carapaz, avant de le récupérer quand il l'entendra. Une manière de ménager les susceptibilités tout en s'offrant des alliés.
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"La stratégie d'UAE était clairement de distancer Vingegaard dans le Galibier"
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Raphaël Brosse
C'est fort probable, en effet. Mauro Gianetti a bâti une armada impressionnante, qui a dicté sa loi du début à la fin de ce premier test en montagne. La formation émiratie a même pu se passer des services d'Adam Yates, visiblement pas dans un grand jour, alors qu'il tient habituellement un rôle crucial auprès de son leader lorsque la pente s'élève. Cela en dit long sur la puissance de frappe des équipiers de Pogacar.
Dans la droite lignée de la Sky de la grande époque, UAE-Emirates est donc bien partie pour écraser la course. Et ce d'autant plus que les autres équipes présentes sur les routes hexagonales n'ont guère montré qu'elles étaient en mesure de rivaliser. Outre la Visma | Lease a Bike (voir la réponse à la question précédente), la Red Bull-Bora-Hansgrohe a elle aussi été très décevante ce mardi, malgré la présence de grimpeurs reconnus (Jai Hindley, Aleksandr Vlasov) autour de Primoz Roglic.
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Pogacar : "Je ne voulais pas partir trop tôt à cause du vent de face"
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Le Tour a-t-il besoin de Français capables de jouer le général ?
Julien Chesnais
Après quatre jours de course, il n'y a plus qu'un Français dans le top 30, Guillaume Martin (Cofidis), et celui-ci pointe à la 17e place, à 4'40" du maillot jaune et plus de trois minutes de la 8e place. Les autres sont à plus de dix minutes, une débandade pour certains et un choix pour Romain Bardet, dernier Bleu à résister dans le Galibier avant de se relever totalement pour retrouver sa liberté de chasseur d'étapes. Trois jours après avoir vu l'Auvergnat porter le maillot jaune, nous voilà quasiment privés, du simple espoir d'un top 10, même si l'on peut faire confiance à Martin, dernier des Mohicans, pour s'accrocher jusqu'au bout.
Les Français ont magnifiquement montré le week-end dernier qu'ils n'avaient pas besoin du général pour exister (remercions Bardet et Kévin Vauquelin). Mais c'est un crève-cœur que s'éteigne déjà ce petit frisson, que prenne fin ce feuilleton qu'on va finir par croire éternellement déceptif, 39 ans après la dernière victoire de Bernard Hinault, même si l'on pouvait s'y attendre cette année. Pour les supporters français, l'intérêt va se concentrer sur les seules victoires d'étape, comme une succession de classiques, registre qui convient le mieux à la génération actuelle mais qui déroge, au fond, à l'ADN véritable d'un Tour de France.
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Vauquelin triomphe, mais Bardet perd le maillot jaune : l'arrivée de la 2e étape en vidéo
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Raphaël Brosse
Le cyclisme français traverse une année de creux, entre le départ à la retraite de Thibaut Pinot, les derniers feux de Romain Bardet ou encore la méforme de David Gaudu, déjà repoussé à 57 minutes de Tadej Pogacar. Si aucun des Tricolores présents sur les routes de la Grande Boucle cet été ne parvient à s'immiscer dans la Top 10 du classement général final, ce ne sera donc en rien surprenant. D'ailleurs, cela a déjà été le cas à plusieurs reprises dans un passé récent, notamment en 2020 ou en 2013.
Cette situation nuit-elle à l'intérêt de la course pour le grand public ? Dans une certaine mesure, oui, comme l'a exposé Julien. Mais voyons les choses sous un autre angle : vaut-il mieux avoir des Français qui s'accrochent pour terminer péniblement 8e ou 9e du général et ne jamais assister à la moindre victoire d'étape, ou que ceux-ci délaissent totalement le Top 10 pour jouer la gagne au jour le jour ? En 2010, le premier Bleu au classement final était John Gadret (18e). Cette année-là, Sylvain Chavanel et ses compatriotes avaient levé les bras à six reprises. De mémoire de suiveur, ce Tour reste un très bon souvenir.
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