Eurosport
Tour de France 2024 | Quand Remco Evenepoel terrorisait les juniors : "T'as pas idée à quel point il est fort !"
Par
Publié 17/07/2024 à 23:49 GMT+2
Bien parti pour monter sur le podium du Tour de France pour sa découverte de la plus grande course du monde, Remco Evenepoel est encore jeune dans le vélo. Deux ans après avoir lâché le football pour le cyclisme, le Belge avait réussi une saison extraordinaire chez les juniors, une catégorie qu'il a écrasée jusqu'à dégoûter ses adversaires.
Evenepoel : "J'ai fait 'all-in' à un kilomètre de l'arrivée"
Video credit: Eurosport
L'histoire commence dans un hôtel de Brno, ville du sud de la Tchéquie à deux heures de voiture de la capitale Prague. Bien plus au nord, au même moment, la France et la Belgique s'affrontent en demi-finale de la Coupe du monde de football. A 1 700 kilomètres de là, quelques-uns des meilleurs juniors du continent s'apprêtent à s'affronter sur les championnats d'Europe de cyclisme. Ironie de l'histoire, Français et Belges logent dans le même hôtel. On ne parle pas encore de "seum" mais ça chambre entre ces gamins de 17 ou 18 ans. Dans le camp des battus, un Belge supporte moins bien que les autres la défaite des siens. Il s'appelle Remco Evenepoel.
Au cœur du mois de juillet 2018, l'actuel troisième du Tour de France n'a qu'un an de vélo dans les jambes, lui l'ancien capitaine des U16 belges. Pourtant, sa réputation le précède déjà et personne ne doute vraiment du résultat du contre-la-montre et de l'épreuve en ligne. Evenepoel va tenir la promesse tenue devant les Français quelques jours plus tôt. Après son titre en chrono, il écrase la course en ligne.
"On verra bien dimanche…"
"Les Français à la fin du match, on rigolait, nous raconte Victor Guernalec, petit-frère de Thibaut, coureur chez Arkéa B&B Hôtels. Remco était un ancien footballeur, on sentait qu'il était un peu plus dans le match, qu'il était vraiment énervé. Il n'était pas content, il se retourne vers nous et nous dit : 'on verra bien dimanche'". Sur une course de 118 kilomètres, Evenepoel colle 9'44'' à son plus proche poursuivant, le Suisse Alexandre Balmer deuxième devant un certain Carlos Rodriguez qui complète le podium. Le jeune belge a terrorisé sa catégorie pendant un an.
En 30 jours de course, le petit Evenepoel triomphe 23 fois en ajoutant les classements généraux, devient le premier coureur de l'histoire à remporter le chrono et la course en ligne aux Championnats d'Europe et du monde et se balade de la Belgique à la France en passant par la République Tchèque, le Luxembourg, l'Autriche ou l'Italie. L'année suivante, sautant la catégorie espoirs, il fait ses débuts professionnels et domine notamment la réputée Clasica San Sebastian, à 19 ans seulement.
Observateur privilégié de l'arrivée du phénomène, Philippe Gilbert avait, dès 2017, eu à faire à une famille pas comme les autres. Chez les Evenepoel, Patrick fut lui aussi professionnel mais s'il a remporté le Grand Prix de Wallonie 1993, sa carrière s'est vite arrêtée. L'histoire ne dit pas si le paternel a reporté ses espoirs sur le fiston mais dès septembre 2017, il force pour le faire participer à la Philippe Gilbert juniors.
Evenepoel, l'homme des solos
"On ne connaissait pas Remco, donc on n'avait pas pris son équipe, se souvient notre consultant belge. Son père nous avait contactés en disant 'mon fils s'appelle Remco Evenepoel, il aimerait venir gagner la course parce que Philippe est son idole.' Nous on se dit que ce sont des charlatans. On l'a finalement sélectionné avec son équipe, il est venu, il a fait un numéro et il a gagné la course". Pas la première de ses victoires et pas la dernière, évidemment.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/07/17/4006229.jpg)
Remco Evenepoel en compagnie de son idole, Philippe Gilbert (ici en août 2018)
Crédit: Imago
Kuurne-Bruxelles-Kuurne début 2018 puis le Guido Reybrouck Classic et le championnat de Belgique façonnent une réputation qui se confirme sur la très réputée Course de la Paix avant le Trophée Centre Morbihan. "On commençait déjà à parler de lui, nous confie Patrick Guégan, président de la course française. On parlait déjà d'un phénomène. J'ai passé la première étape derrière lui et Andrea Piccolo (passé professionnel mais actuellement suspendu pour dopage, NDLR) qui n'a jamais pu lui passer un relais. Il l'a lâché dans une côte et a fini avec près de quatre minutes d'avance (3'26'' précisément)".
Des histoires comme ça, Evenepoel en cumule à la pelle durant cette deuxième année junior. "Sur la 1re étape du GP Général Patton, il avait gagné en solo, un truc de 'ouf', rigole Guernalec. Le lendemain, il remet ça. On a dit à notre sélectionneur, 't'as pas idée à quel point il est fort'. Il dégoûtait tout le monde au train, il ne se faisait pas chier avec la tactique à mettre une mine de derrière. Il se mettait à son tempo et on ne pouvait rien faire. Dans sa roue, je faisais des watts que je ne fais pas aujourd'hui".
Venu du football, celui qu'on n'appelle pas encore simplement "Remco", est encore "zéro" en tactique, dixit Gilbert et son profil physique, avec des cuisses et des fesses impressionnantes, tranche avec le reste du peloton. "Remco connaissait très bien son corps", corrige son compatriote, Aaron Van der Beken. "Il était déjà très professionnel, complète un autre de ses coéquipiers de l'époque, Jarno Bellens. Il travaillait déjà l'aéro, la nutrition. Il avait la mentalité d'un pro, on a beaucoup appris de lui".
Ce dernier résume assez simplement les courses d'Evenepoel à l'époque : "Des solos de 80 ou 100 kilomètres". Rapidement, c'est toute une catégorie qui ne vise plus que la 2e place. Quand Remco veut gagner, il s'en va dès le départ ou presque et il réussit la plupart du temps. Le voir perdre est un événement.
En arrivant à Aubel-Thimister-Stavelot début août, il n'a plus été battu depuis six semaines. Sur la première étape, son bourreau se nomme… Biniam Girmay. Sur la deuxième, après un chrono par équipes remporté par les AG2R La Mondiale U19 d'Axel Laurance ou Paul Lapeira, c'est Frederik Thomsen qui bat la bête. Surprenant a posteriori, celui-ci présentant un CV très modeste quelques années plus tard.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/07/17/4006225.jpg)
Remco Evenepoel sur le championnat du monde juniors (en 2018)
Crédit: Getty Images
"J'étais là, 'oh merde, qu'est-ce qu'il s'est passé ?', sourit le Danois aujourd'hui. Il était incroyable. Il courait chaque course comme une moto. Le battre était une immense surprise pour moi parce qu'il était un monstre. Je n'avais qu'une obsession, c'était de tenir sa roue. J'ai tenté de passer quelques fois, il m'a filé de l'eau. C'était un mec sympa". On raconte qu'Evenepoel avait déjà la haine de la défaite qui l'habite chez les professionnels, qu'il était volontiers chambreur et charmant, y compris avec les organisateurs.
On dit aussi de lui qu'il bombait régulièrement le torse. "Mais n'aurais-je pas été pareil si j'avais fait des numéros comme lui ?", se demande Victor Guernalec, coureur du Bourg-en-Bresse Ain Cyclisme. Pour appuyer sur les exceptionnelles performances du junior Evenepoel, le Français rappelle qu'il aurait terminé 4e des championnats du monde du chrono chez les espoirs et même 2e du championnat d'Europe, le tout avec un braquet limité et face donc à des coureurs d'un ou deux ans plus vieux que lui. A Brno, le gamin Evenepoel avait indirectement collé plus d'une minute à un certain… Tadej Pogacar, de deux ans son aîné.
Rares sont les juniors à avoir autant dominé leur catégorie et aucun parmi ceux à qui on peut le comparer n'avaient commencé le vélo l'année précédente. "Nous n'avons jamais vu au Trophée Centre Morbihan de coureurs comme lui, tranche Patrick Guégan qui a pourtant vu Mathieu Van der Poel triompher en 2013. La classe de Remco, c'est au-dessus de la mêlée". Un immense talent qu'il a confirmé dès l'année suivante chez les professionnels en lâchant notamment quelques kilos superflus. La version 2018 de Remco Evenepoel n'était évidemment pas un produit fini, et pourtant…
Sur le même sujet
Publicité
Publicité