Tour de France I Les débats du Tour : Pogacar a-t-il assez capitalisé sur sa supériorité ?

Avec le succès d'Anthony Turgis à Troyes, la France compte trois victoires sur ce Tour de France. Peut-elle viser son record sur ce siècle avec les six succès de 2010 ? Jonas Vingegaard a-t-il joué petit bras en refusant de collaborer avec Tadej Pogacar et Remco Evenepoel ? Et "Pogi" a-t-il assez capitalisé sur sa supériorité au tiers de l'épreuve. Ce sont nos débats du Tour ce dimanche.

"La guéguerre psychologique est à l'avantage de Vingegaard"

Video credit: Eurosport

Un Tour record pour les Français ?

Jean-Baptiste Duluc
Pour l’heure, le Tour de France record sur ce siècle date de 2010 pour les Tricolores, avec six victoires d’étapes. La moitié du chemin a donc été réalisé avant même la mi-Tour, avec les succès de Romain Bardet, Kevin Vauquelin et donc Anthony Turgis. Mais la seconde moitié n’annonce à mon sens encore plus dur et sans doute trop.
Même si le parallèle avec 2010 est tentant, aucun Tricolore ne pouvant briller au général comme alors (Gadret avait fini 18e), le profil des étapes restantes ne favorise pas les Français, qui ne peuvent gagner à la pédale ni au sprint (sauf exploit de Démare), ni en montagne. Reste alors les étapes du Lioran et de Barcelonnette, et peut-être celle du Dévoluy, vouée à une échappée. Mais réussir le triptyque me parait impossible.
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Les cadors en action, Turgis leur vole la vedette : résumé d'une étape passionnante

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Vincent Brégevin
La course va en effet se durcir. La lutte pour le classement général promet de s'intensifier au fil des jours, les étapes seront aussi plus relevées et il sera d'autant plus compliqué de briller pour les Français. Sur ces prédictions, cela semble difficile pour ne pas dire impossible de voir les coureurs tricolores glaner trois autres étapes, et ainsi égaler le record de 2010. Mais les voir en totaliser déjà trois à leur actif l'était quasiment tout autant avant le départ de ce Tour de France, surtout avec la retraite de Thibaut Pinot et l'absence de Julian Alaphilippe.
C'est bien ce qui me donne de l'espoir. Ce Tour réserve des surprises et des belles. L'étape sur les chemins blancs de Troyes, même si les Français s'étaient bien comportés sur les Strade Bianche début mars, ne laissait pas vraiment présager d'une victoire d'Anthony Turgis. Elle a aussi vu un regain de forme de David Gaudu. Il ne faut pas écarter l'hypothèse de voir encore Romain Bardet s'illustrer pour un baroud d'honneur. Et il n'est pas interdit de penser que la Decathlon-AG2R La Mondiale lance enfin son Tour avec une victoire de l'un de ses coureurs français. Alors, peut-être…
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Turgis : "Gagner sur le Tour, c'est le Graal"

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Vingegaard a-t-il été petit bras ?

Jean-Baptiste Duluc
Oui. Alors, soyons clair d’entrée, cela peut se comprendre. Le Danois n’était pas sur son vélo après son incident mécanique, il avait encore des équipiers derrière et était théoriquement moins fort sur les chemins blancs et plus globalement sur cette première semaine que Tadej Pogacar, voire Remco Evenepoel. Mais en sortant avec le Belge et le Slovène, Vingegaard aurait sans doute pu créer de gros écarts sur les autres leaders pour un podium qui est l’objectif affiché du Danois, ce dont on peut douter vu son attitude. Surtout vu son incertitude sur la durée.
Une nouvelle fois, il a été rattrapé par l‘implacable et froide logique raisonnée des Visma|Lease a Bike et c’était peut-être plus sage. Peut-être aura-t-il eu raison dans deux semaines à Nice. Mais c’était aussi clairement un immense manque de panache, regrettable, et c’est aussi pour ça que mon cœur penchera toujours vers la folie des Pogacar ou Evenepoel.
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Vingegaard ne "passe" pas avec Pogacar et Evenepoel

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Vincent Brégevin
L'étape de Troyes aurait clairement été plus vibrante si Vingegaard avait collaboré avec Pogacar et Evenepoel quand ils se sont retrouvés détachés de la concurrence. Le Danois avait l'opportunité de distancer des rivaux dans la course au podium et il a choisi de ne pas la saisir. Ce risque-là est évident pour le double tenant du titre. Pourtant, ça me semble impossible d'y voir une erreur de stratégie. Vingegaard n'avait pas les certitudes de Pogacar sur les chemins blancs, il se serait exposé en se coupant de ses coéquipiers.
Ce n'était pas son jeu car la situation reste la même pour le Danois. Il était dans la première semaine de sa course de reprise, il est censé monter en puissance au fil des étapes et son principal objectif sur ce premier tiers de Tour était clairement de concéder le moins de temps possible. Il n'a pas joué petit bras à mes yeux. Tactiquement, lui et son équipe ont juste géré cette étape à la perfection. Aussi parce qu'ils sont entrés dans une guerre psychologique avec Pogacar et Evenepoel qu'ils me semblent mieux armés pour la gagner.
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Violente attaque d'Evenepoel, Pogacar et Vingegaard suivent avec un temps de retard

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Pogacar a-t-il assez capitalisé sur sa supériorité ?

Jean-Baptiste Duluc
Prendre 1’15’’ à Jonas Vingegaard à la pédale dans cette première semaine, peu montagneuse, est une marge conséquente quand on constate le niveau global des deux hommes sur le Tour de France ces dernières années. Surtout, s’il y a bien quelque chose que Pogacar nous a montré l’an passé, c’est qu’un coureur de retour de blessure et qui n’a pas couru pendant 2 mois et demi peut être performant de suite. Tenir 3 semaines en est un autre.
C’est plus là que j’attendrais Vingegaard au tournant et donc dans cette troisième semaine si difficile que la Visma|Lease a Bike estime lui être favorable. J’en doute un peu plus et c’est pourquoi l’avance de Pogacar me semble conséquente. Aurait-il pu faire mieux ? Sans doute, si le vent n’avait pas été de face dans le Galibier… Y a-t-il des regrets à voir sur sa marge ? A mon sens, non. Il n’y avait guère de terrain pour faire mieux.
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Pogacar abat sa pénultième carte du jour, Vingegaard tracté par ses coéquipiers

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Vincent Brégevin
Non. Je rejoins Jean-Baptiste sur l'écart conséquent compte tenu de ce premier tiers de parcours, piégeux mais certainement pas assez sélectif. Dans ces conditions, je pense qu'il aurait dû agir différemment dans le Galibier, le terrain le plus propice pour distancer ses rivaux, à commencer par Vingegaard. C'est là qu'il pouvait utiliser au mieux l'armada dont il dispose en montagne, et elle a fait le job pour opérer une grosse sélection. Mais il aurait dû partir plus tôt, pas dans le dernier kilomètre avant le sommet.
Je ne vois pas grand-chose à redire pour le reste sur ses performances individuelles, notamment sur le chrono où je le voyais perdre plus de temps sur Evenepoel. Pour moi, si "Pogi" partait avec un avantage très net sur Evenepoel et Vingegaard à l'entame de ce Tour, c'est aussi parce qu'il était mieux entouré. Et justement, le Galibier est le seul moment où la puissance d'UAE-Emirates s'est vraiment ressentie. Pour moi, Pogacar devait asseoir sa supériorité sur ce début de Tour et marquer la concurrence. Mais sur ce premier tiers de l’épreuve, j'ai plutôt vu ses rivaux prendre confiance.
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Pogacar accélère à 90km de l'arrivée, Evenepoel va le chercher

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