Les débats du Tour après la 9e étape du TDF 2025 : À quoi jouent les "petites" équipes ? À quel point Joao Almeida va manquer à Tadej Pogacar ?
Mis à jour 14/07/2025 à 10:03 GMT+2
Dimanche, en direction de Châteauroux, l'échappée n'a été composée que de deux coureurs, comme la veille. De quoi s'interroger sur la stratégie des petites équipes. Lundi, ce devrait être une autre affaire... Concernant le classement général, l'abandon de Joao Almeida est de nature à perturber les plans de Tadej Pogacar. A quel point ? Voici nos débats, après la 9e étape du Tour de France 2025.
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Video credit: Eurosport
Almeida out, est-ce un tournant pour le Tour ?
Simon Farvacque
Non. Je pense que les équipes de Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard auront un faible impact sur l'issue de leur duel. Cela n'a pas toujours été le cas, certes. En 2022, lors du putsch du Granon, "Pogi" craignait deux adversaires, chez Jumbo : Primoz Roglic et "Vingo". Trois ans plus tard, il n'a qu'à se concentrer sur le Danois, Matteo Jorgenson représentant une menace moins prégnante.
Dans cette optique, être accompagné par un coureur aussi fort que Joao Almeida - qui me semblait susceptible de terminer sur le podium - était du bonus, ne serait-ce qu'en cas de pépin mécanique. Mais pas plus. En très haute altitude, ce sera Pogacar vs Vingegaard, seuls au monde... ou Pogacar, seul tout court. L'équation de la Grande Boucle 2025 n'a pas drastiquement changé à mes yeux.
Jean-Baptiste Duluc
Contrairement à Simon, je pense que l'abandon d'Almeida redonne de l'importance à la dimension tactique. Cette même tactique à la base des succès majeurs de la Visma | Lease a Bike, comme le Tour 2022 mais aussi le Giro 2025, gagné par Yates. La perte d'Almeida, l'un des trois meilleurs grimpeurs au monde en 2025, est immense dans cette optique. Son soutien était une "assurance tout risque" pour Pogacar.
Surtout, le reste de l'équipe émiratie est loin d'afficher pareil niveau. Adam Yates est le fantôme du 3e du Tour 2023, Marc Soler est toujours une énigme et si Pavel Sivakov est fiable, le Français ne vaut pas top 10 du Tour non plus. Sans Almeida, Pogacar risque de se sentir vite seul. A Mûr-de-Bretagne, Pogacar a bien plus perdu que les quatre petites secondes qu'il a gagnées, avec la chute de son lieutenant. Malgré l'écart, le suspense est complètement relancé.
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Une chute à 70 km/h en descente : comment Pogacar a perdu son lieutenant Almeida
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Julien Chesnais
Je suis d'accord avec Simon. Pogacar n'a pas besoin d'Almeida pour gagner le Tour. Mais sans lui, cela risque d'être une autre histoire, et c'est ici que je rejoins Jean-Baptiste quand il pointe la faiblesse, relative et/ou présumée, de ses autres équipiers. "Pogi" sera davantage livré à lui-même, forcément. Et il lui faudra faire des choix, être plus pragmatique dans sa marche à suivre, même si l'on ne peut pas dire qu'il se disperse beaucoup depuis le départ du Tour.
Toutefois, le retrait d'Almeida va agir comme un frein à la gloutonnerie du Slovène. Je pense que cela aura un impact sur les victoires d'étapes en montagne. Plus que pour le général. Il sera plus difficile de contrôler une journée d'un bout à l'autre pour favoriser une énième victoire du triple vainqueur du Tour. C'est une bonne nouvelle pour les échappées. Sans Almeida, les fugues en altitude voient leur cote grimper en flèche.
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Pogacar : "Almeida aurait été d'une grande aide en montagne"
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Échappées boudées : à quoi jouent les "petites" équipes ?
Jean-Baptiste Duluc
Aussi frustrant que cela soit, les courses sont régies par la course aux points. Cela rapporte bien plus à une équipe de terminer entre la 10e (30 points) et la 15e place (5 pts) d'une étape de plaine que de l'animer. Dans une étape aussi plate, où l'échappée a 99,9% de chance d'être rattrapée, à quoi bon gaspiller des forces à l'avant ? Le sponsor ? Rares sont ceux qui en ont réellement besoin. Les points UCI ? Il n'y en a aucun à glaner.
Et c'est là que l'UCI pourrait redonner du dynamisme aux échappées, en les valorisant. Pourquoi ne pas offrir un point UCI tous les 10 kilomètres en échappée ? Cela pousserait les petites équipes à se lancer à l'avant à plusieurs. Le gain en points sur une échappée de 100km (10 pour chaque coureur) vaudrait une "placette" à l'arrivée. Et la course n'en serait que plus animée.
Julien Chesnais
J'admire la créativité réglementaire de Jean-Baptiste. Mais ce fameux barème des points UCI ne me paraît pas en cause, dans ce cas-là. En quoi le fait de "risquer" de gagner une étape, en se glissant dans l'échappée, viendrait sacrifier les chances d'un top 10 pour le sprinteur de l'équipe ? Qui empêche de jouer sur les deux tableaux ? Si Benjamin Thomas (Cofidis) et Jonas Abrahamsen (Uno-X Mobility) avaient accompagné Mathieu Van der Poel et Jonas Rickaert, cela aurait-il empêché Bryan Coquard et Stian Fredheim d'aller chercher une place d'honneur ? Au contraire : leurs équipiers seraient restés au chaud dans la boule, laissant la charge de la poursuite à d'autres, avant de se dévoiler au moment fatidique, le sprint.
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Le numéro des Alpecin analysé : "Derrière, on n'a pas fait exprès de leur laisser 4 min 30"
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Mon sentiment est que beaucoup d'équipes ont abdiqué face à l'étreinte de plus en plus forte appliquée par les formations de sprinteurs sur les échappées. Les baroudeurs n'y croient plus sur ce genre d'étapes. L'audace de Van der Poel va-t-elle leur redonner la foi ?
Simon Farvacque
Deux étapes de plaine ce week-end, deux duos de coureurs d'une même formation pour ouvrir la route. Le constat du renoncement des "petits" audacieux face aux "grands" sprinteurs est d'autant plus net qu'un champion du calibre de "MVDP" s'est invité dans la danse, en guise de donnée aberrante. Alors, pourquoi ?
Parce que, Thierry Gouvenou (voir vidéo plus bas) en a convenu ce dimanche, les étapes tracées pour les sprinteurs se raréfient. Leurs équipes sont d'autant plus intraitables quand il s'agit d'annihiler les tentatives de grosses échappées, dès qu'un potentiel sprint se profile. Intervient alors la question de la récupération des coureurs. Les plus rincés d'entre eux ont-ils vraiment intérêt à ce que l'échappée se forme au bout de deux heures de lutte, sur un rythme effréné ?
On approche d'un accord tacite : il y a peu d'occasions de souffler (pour certains) et de gagner (pour d'autres). Et personne, ou presque, pour les galvauder.
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Gouvenou : "Les équipes de sprinteurs coupent la branche sur laquelle elles sont assises"
Video credit: Eurosport
La victoire au Mont-Dore, pour l'échappée ou les cadors ?
Julien Chesnais
J'attends beaucoup de la 10e étape. Elle a tout ce qu'il faut pour être la plus folle du Tour. Le profil taillé comme une vilaine scie déformée par la rouille, les jambes défoncées par neuf premiers jours avalés au sprint, la perspective de se reposer enfin mardi… Le peloton entier va faire "all-in" dans le Massif Central, avec le peu de forces restantes, et je ne vois pas qui pourra mettre de l'ordre dans ce joyeux bordel qui s'annonce, surtout que Pogacar est maintenant privé de son cerbère en chef, Joao Almeida.
L'échappée va mettre un temps fou à sortir. Comme lors de l'étape de Vire. Et comme jeudi, elle ira au bout, composée d'une myriade de baroudeurs-grimpeurs et réglée, bien entendu, par Guillaume Martin-Guyonnet… A condition qu'il soit bien remis de sa chute de vendredi.
Jean-Baptiste Duluc
Si je suis d'accord avec Julien sur un point, c'est que cette 10e étape a tout pour être une folie. En revanche, je n'imagine pas une seule seconde l'échappée aller au bout, et encore moins après cette 9e étape. L'abandon d'Almeida est un coup dur pour Pogacar et UAE Emirates-RGX et je vois mal la Visma | Lease a Bike ne pas en profiter immédiatemment.
A l'image de ce qu'avait été la folle étape du Lioran l'an passé, je vois bien l'équipe néerlandaise se lancer dans une course offensive et agressive dès le départ, pour isoler le plus tôt possible Pogacar et ensuite l'attaquer de tous les côtés. Le terrain s'y prête à la veille du jour de repos, encore plus après une journée aussi rapide et usante que celle de Châteauroux. Dans ces conditions, impossible de voir l'échappée l'emporter et c'est un cador qui s'imposera au Mont-Dore. L'inverse serait surprenant.
Simon Farvacque
La réponse est entre les mains de la Visma. Je penche plutôt pour une tactique rouleau compresseur qui aboutira à ce que seuls les meilleurs grimpeurs de ce Tour aient une chance de l'emporter. Mais je ne tomberai pas de ma chaise, contrairement à Jean-Baptiste, si une échappée façon "petit peloton" se développe et a le dernier mot.
Eu égard à la difficulté du parcours, nous pouvons sans doute nous accorder sur un point : ce n'est pas à une victoire en facteur qu'il faut s'attendre. Va pour la victoire d'un cador (en herbe) depuis une échappée ? Lenny Martinez a le profil. Thymen Arensman est un autre candidat, parmi les coureurs distancés au général.
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Le profil de la 10e étape : Huit ascensions pour un chantier
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