Thomas De Gendt a le sens de la formule. Le Belge a salué à sa façon, samedi, le nouvel exploit d’Evenepoel. "Il était censé faire chaud aujourd’hui, mais c’était agréable de rouler dans l’ombre de Remco Evenepoel", a-t-il écrit sur Twitter, alors que son jeune compatriote (20 ans) venait de réaliser un récital d’un autre temps, remportant la 4e étape du Tour de Pologne après une échappée solitaire de plus de 50 bornes, avec près de deux minutes d’avance sur son dauphin, Jakob Fuglsang, vainqueur sortant de Liège-Bastogne-Liège et du Critérium du Dauphiné. Excusez du peu.

Evenepoel n’est peut-être pas à la canicule ce que la kryptonite est à Superman. Mais ses performances se rapprochent de celles du héros de l’univers DC. Ce dimanche, il a décroché la victoire au classement général en Pologne. Comme une semaine plus tôt sur le Tour de Burgos. Comme en février sur le Tour de l’Algarve et le Tour de San Juan. Le tout en courant à sa façon. En attaquant de loin si bon lui semble.

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Un profil singulier

En 2019, c’est en anticipant qu’il avait grillé la politesse aux favoris de la Clasica San Sebastian dès sa première année professionnelle. Une audace qui caractérise beaucoup de jeunes coureurs, emportés par leur fougue et/ou conscients qu’ils ont besoin d’aborder le final avec quelques hectomètres de marge pour tenir la roue des cadors quand ils se mettent en route. Mais la différence avec Evenepoel, c’est qu’on le reprend rarement. Et même lorsque son coup de boutoir se mue en coup d’épée dans l’eau, il n’en paie pas forcément l’addition, comme lors de la première étape du Tour de Burgos (10e après avoir fait 14 kilomètres en solo).

Vice-champion du monde du chrono, l’ancien espoir du football belge impressionne par sa faculté à avaler les bosses, voire les cols, dans son style de rouleur trapu (1,71m, 61 kg). Bien calé sur sa selle, avec ses grosses cuisses qui le distinguent des grimpeurs au gabarit plus classique. Une aptitude qui sera à confirmer en très haute altitude et lors de la répétition des efforts, au sein d’une même journée, puis sur trois semaines, pour celui qui n’a jamais participé à un Grand Tour. Mais depuis la reprise, Evenepoel a tout de même mis au pas des coureurs qui ont plus de références que lui quand la pente s’élève, comme George Bennett, Mikel Landa, Simon Yates ou encore Richard Carapaz.

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"C’est maintenant le ‘mouvement-Remco’"

Remco Evenepoel s’attire une certaine défiance avec son aisance. Et son attitude. Sa victoire lors du troisième jour de la course espagnole a été assortie d’une célébration, façon "épaule époussetée", qui a fait causer. "C’est quelque chose à moi, ça n’a rien d’égoïste mais je ne pense pas que beaucoup de coureurs l’aient déjà fait… C’est maintenant le ‘mouvement-Remco’", avait-il commenté, dans des propos rapportés par la presse belge. Samedi, lorsqu’il a franchi victorieusement la ligne d’arrivée en Pologne, il a brandi le dossard 75 de Fabio Jakobsen, son coéquipier gravement blessé sur chute lors de la première étape. Un geste beaucoup moins clivant.

Si le peloton toise autant Evenepoel, c’est parce qu’il voit en lui un coureur qui candidate à devenir son patron. Au même titre que Tadej Pogacar (21 ans), troisième de la Vuelta dès sa première participation l’an passé, et notamment 12e de Milan-San Remo ce week-end. Un podium sur un Grand Tour et une place d’honneur sur un Monument. Des performances marquantes sur deux révélateurs auxquels le Belge n’est pas encore passé. Mais c’est pour très bientôt.

Remco Evenepoel célèbre sa victoire, lors de la 3e étape du Tour de Burgos 2020

Crédit: Getty Images

Outsider sur le Lombardie et le Giro ?

Dès samedi prochain, Evenepoel est annoncé au départ d’un Tour de Lombardie dont il fera office, au moins, d’outsider, ne serait-ce qu’en raison d’une liste de départ délestée de certains ténors (Thibaut Pinot, Egan Bernal, Primoz Roglic etc.). La proximité inhabituelle avec le Tour de France, qui implique une mise en concurrence avec le Critérium du Dauphiné, fait de la course qui partage avec Paris-Tours le surnom de "Classique des feuilles mortes" une édition moins relevée que les précédentes. La Trek-Segafredo de Bauke Mollema (tenant du titre) et Vincenzo Nibali (lauréat de l’épreuve en 2015 et 2017) y aura des airs d’épouvantail.

Evenepoel a prévu de poursuivre sa saison dans la Botte, avec Tirreno-Adriatico (7-13 septembre) puis le Tour d’Italie (3-25 octobre). Un Giro qui constitue son grand objectif et dont les 64,7 kilomètres de contre-la-montre individuel pourraient servir ses desseins. La pépite de la Deceuninck-Quick Step devrait y croiser le fer avec Carapaz (vainqueur sortant) et Nibali, qui est monté sur le podium du Tour d’Italie lors de chacune de ses six dernières participations, avec deux sacres à la clef (2013 et 2016).

Avant la reprise de la saison, le Requin de Messine déclarait à la Gazzetta dello Sport, à l’heure d’établir la liste de ses principaux rivaux dans la conquête du maillot rose : "Parmi les surprises, il peut y avoir Evenepoel, qui a montré de grandes choses." Depuis, le Belge en a montré d’autres. Cela ne change rien à son inexpérience sur trois semaines. C'est le dernier domaine dans lequel le qualifier de "surprise" reste cohérent. Mais peut-être plus pour très longtemps…

Remco Evenepoel, vainqueur du Tour de San Juan 2020

Crédit: Getty Images

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