Tour de Romandie | Vainqueur de la 3e étape après sa deuxième place la veille : Dorian Godon (INEOS Grenadiers), l'art et la manière de la revanche
Par Loris Belin
Mis à jour 01/05/2026 à 21:35 GMT+2
Frustré jeudi par Tadej Pogacar lors de la 2e étape du Tour de Romandie, Dorian Godon n'était pas autant attendu ce vendredi dans une étape au final plus escarpé. Le champion de France y a pourtant décroché une victoire admirable, sa deuxième de la semaine en Suisse, au terme d'une course parfaitement gérée par Godon et son équipe INEOS Grenadiers.
Pogacar doit cette fois s'avouer vaincu, Godon double la mise : le résumé de la 3e étape
Video credit: Eurosport
Il y avait de quoi lever un peu les sourcils quand Dorian Godon a lancé son sprint à 200 mètres de l'arrivée ce vendredi à Orbe. C'est dans une situation quasi-identique que 24 heures plus tôt, il avait vu son effort ne pas être récompensé, sauté dans les derniers mètres par un Tadej Pogacar irrassasiable. Mêmes causes, mais heureusement des conséquences bien différentes pour le Français, vainqueur de la 3e étape du Tour de Romandie avec une certaine maestria.
Le porteur du maillot tricolore aurait pu se dire qu'il avait manqué le coche, lui le favori de la veille. Le puncheur d'INEOS Grenadiers avait cette fois moins la faveur des pronostics avec le Col de Mollendruz, un deuxième catégorie (9 kilomètres à 6,1 % de moyenne) régulier mais usant, placé à une trentaine de kilomètres de l'arrivée. Sans surprise, c'est là que les équipes des favoris au classement général ont procédé à l'écrémage attendu. Et Godon n'était plus aux côtés des meilleurs au moment de basculer sur la fin du parcours, entre descentes et replats.
La démonstration INEOS Grenadiers
"C'était chaud, toute la journée je n'y croyais pas trop, a-t-il admis à notre micro à l'arrivée. C'était vraiment dur le départ avec les efforts de la veille. On ne s'est pas mis de pression, à donner le maximum dans la bosse. J'ai lâché assez tôt dans la partie raide, et Bob (Jungels) m'a attendu et a roulé à mon rythme, on va dire, jusqu'à deux kilomètres du sommet. (Andrew) August a fait tout le sommet, on était toujours à 30-40 secondes du peloton."
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Cette fois-ci, c'est pour Godon : revivez la revanche du Français face à Pogacar
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Plus d'un courageux se serait dit qu'avec un peloton encore en chasse des échappés et un débours pareil, la messe était dite. Mais c'était mésestimer la science de la course de l'équipe INEOS Grenadiers, qui s'est mise à la planche de A à Z pour son leader du jour. "On a ensuite fait relever Laurens De Plus et ils ont tourné (les jambes), j'ai tourné un peu avec eux dans la descente, et on est rentré. On va dire que le plus dur était fait", a décrit Godon, qui a su résister à un effort pas le plus naturel pour lui. "J'ai juste géré ma montée, je ne pouvais pas grimper bien plus vite. Je ne suis pas grimpeur, je suis vraiment fier de moi. Des montées de 20 minutes, je n'en fais pas souvent aussi rapidement."
"Pogacar fait relever mon niveau"
Voilà pour le premier étage de la fusée INEOS. Après la mise sur orbite, il restait encore au capitaine de bien réaliser la manœuvre finale. Celle-là même où il s'était fait un peu avoir jeudi, où il avait payé dans les derniers mètres d'avoir lancé un peu trop tôt la machine. "J'étais assez revanchard d'hier, assez vexé, lâchait le champion de France. Souvent quand je fais deuxième, ça marche bien le lendemain." Et la perspective de ne pas laisser Tadej Pogacar lui refaire le coup (et signer un triplé) n'a pas été pour rien dans sa détermination décisive, malgré le maillot jaune dans son sillage. "Il me fait relever mon niveau, et je suis vraiment content de donner la victoire à mes coéquipiers après le boulot qu'ils ont fait hier et encore aujourd'hui. Ils ont cru en moi. On a pris l'étape sans stress, si ça passait, ça passait, si ça ne passait pas, ça ne passait pas."
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Godon : "J'étais revanchard, il me fait relever mon niveau"
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Ce succès est savoureux à plus d'un titre. Pour son caractère de "réparation" du petit accroc de la 2e étape. Pour une forme de validation supplémentaire aussi de son choix de partir à l'étranger, quitter le cocon AG2R avec qui il évoluait depuis 2019, et évoluer au sein d'une des plus grosses structures du peloton. "Ben Swift nous a placés au pied, Carlos Rodriguez m'a fait la route (dans le final)… Franchement, c'est une de mes plus belles victoires parce que tous les mecs ont donné 200 % pour moi et on est allé chercher cette victoire avec le cœur. Je n'étais pas du tout le plus fort aujourd'hui. […] Toute l'équipe m'a poussé à bloc dans la dernière montée. Je me suis battu jusqu'au bout, cela fait trop plaisir. Ils me font confiance à 2 000 % parce qu'ils savent que j'arrive à concrétiser derrière. Le fait que tout le monde dans l'équipe soit super content pour moi, je suis le plus heureux."
Autant de succès que Pogi ou VIngegaard en 2026
Il y a de quoi. Le voilà désormais l'égal de Tadej Pogacar dans ce Tour de Romandie, deux victoires partout balle au centre, mais aussi depuis le début de saison. En comptant le contre-la-montre par équipes de Paris-Nice, Godon compte six bouquets en 2026, comme le champion du monde slovène et Jonas Vingegaard, rien que ça. Et autant que 2025, déjà sa saison la plus prolifique en carrière. Ce septième succès en carrière en World Tour cimente son changement de dimension. "Six victoires avec le chrono par équipes, dans plusieurs disciplines... Je m'améliore dans plusieurs domaines, a estimé Dorian Godon face aux médias à l'arrivée. Je me rends compte que je suis quand même beaucoup plus surveillé depuis le début de l'année, tout le monde veut être dans ma roue."
Une roue victorieuse, de celle qu'on ne manque pas, et pas seulement par le port d'un maillot de champion national. En plein débat sur la légitimité pour les talents du cyclisme tricolore d'une expérience loin de l'Hexagone pour franchir des paliers, à l'image de Lenny Martinez (Bahrain - Victorious) ou dernièrement Kévin Vauquelin (INEOS Grenadiers), Godon trace son sillon. Les deux dernières étapes de ce Tour de Romandie s'annoncent trop pentues pour son registre. Qu'importe de ne pas être Tadej Pogacar, Dorian Godon s'est déjà bien fait un nom dans le gratin.
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