Parmi les Nairo Quintana, Simon Yates, Thibaut Pinot ou encore Romain Bardet, la tête et le nom d'Anton Palzer ne dépassent pas. Pas encore ? L'immense champion de ski-alpinisme va découvrir la compétition professionnelle dans un autre sport, le cyclisme puisque Bora-Hansgrohe a fait un pari sur lui. Le pari qu'avec les immenses qualités qu'il a montrées sur les cimes, il puisse être, a minima, un bon grimpeur dans le peloton. Vraiment ? "Il a le profil physiologique pour répondre aux attentes dans les cols", nous répond Frédéric Grappe, directeur de la performance chez Groupama-FDJ, qui juge l'entreprise "passionnante".
La genèse, déjà. Comment un Allemand, rival de Kilian Jornet dans le ski-alpinisme, se retrouve maillot Bora-Hansgrohe sur le dos au départ d'une course ? L'histoire fait sourire. "Il y a quelques années, j'avais félicité (Anton) Palzer pour l'une de ses performances. Je l'avais invité à un camp d'entraînement mais je n'ai pas eu de réponse pendant trois ans", rigole aujourd'hui Ralph Denk, le manager général de l'équipe de Peter Sagan. "Le message était passé dans le dossier spam, je ne l'avais pas vu", s'excuse piteusement Palzer. Finalement invité au camp, il a impressionné l'entraîneur, Helmut Dollinger, qui en a parlé à Denk. Et l'idée a fait son chemin pour que Palzer devienne officiellement un coureur de Bora-Hansgrohe le 1er avril dernier.
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La VO2 max, valeur étalon du grimpeur… et du ski-alpiniste

Evidemment, puisque l'Allemand vient des sports d'hiver, le nom de Primoz Roglic n'est pas loin. "Je ne veux absolument pas me comparer à Roglic, c'est un athlète exceptionnel. Je vais faire mon chemin", dit Palzer. Être comparé au champion slovène pour ses performances sera néanmoins bon signe pour Palzer. Mais il n'en est pas là. Même si son profil a de quoi intriguer. Avec ses 60 kilos et son profil physique, c'est en montagne qu'on l'attend.
Pour un grimpeur, la VO2 Max, soit la quantité d'oxygène qu'un coureur est capable d'utiliser pendant l'effort (plus cette valeur est haute, plus il est capable de livrer un effort soutenu pendant longtemps), est le chiffre clé. "Dans le sport qu'il faisait, ce sont des efforts de très longue durée. Pour avaler les dénivelés comme ils le font, on exploite un certain pourcentage de VO2 max, on ne tient que quatre ou cinq minutes à 100%", éclaire Frédéric Grappe. Typiquement le genre d'efforts que font les grimpeurs, capables de gérer leur énergie à vive allure pendant des dizaines de minutes quand la route s'élève. "De plus, vu la longueur des efforts qu'il faisait, une montée de col, ce n'est pas très long pour lui", poursuit Grappe.
S'il n'est pas habile sur le vélo, il peut être dangereux pour les autres !
A l'écouter, le pari aurait tout pour être gagnant. Les bémols ne manquent cependant pas. Pour rester sur le plan physique, Frédéric Grappe avance un premier argument : "Dans le ski-alpinisme, il travaillait sur deux zones d'intensité et n'accélérait jamais vraiment. Dans le cyclisme, il y a six ou sept zones sur une course. Comment va-t-il gérer ça ? Un effort de ski-alpinisme est bien plus lissé. Il devra répondre à des accélérations, à des relances de virage… Il y a beaucoup de rupture d'intensité et l'organisme doit y répondre."
Le deuxième doute réside, et c'est bien normal, dans son adaptation à un peloton que l'on dit de plus en plus nerveux année après année. "Le vélo d'aujourd'hui est très compliqué parce que ça va très vite dans les descentes, juge Grappe. Il faut frotter dans le peloton à l'approche des cols. Un mec qui n'a jamais fait ça, je ne vois pas comment il peut y arriver... Ou alors c'est un extraterrestre. S'il arrive à se fondre dans le peloton, déjà chapeau. J'imagine que Bora a fait des tests sur son habileté. S'il ne l'est pas, il peut être dangereux pour les autres !". C'est là que Palzer pourrait, dans un premier temps plus ou moins long, perdre beaucoup d'énergie. Une énergie que ses futurs adversaires ont appris à conserver. Enfin, difficile de savoir si son organisme réussira à transférer toute sa puissance sur un vélo.
"Je n'ai pas de grandes attentes. En revanche ma motivation est très élevée mais je dois être réaliste, c'est quelque chose de complètement différent", temporise l'intéressé. Du côté de son équipe, qui a prévu de l'aligner sur des courses d'un jour ou par étapes destinées aux grimpeurs, on ne veut évidemment pas lui mettre trop de pression. La conclusion pour Ralph Denk : "Je considérerais ce projet comme réussi si Tony s'installe comme un coureur professionnel. Qu'il soit un équipier ou un potentiel vainqueur de course, on verra."
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