Tour du Pays basque 2026 | "Dans quinze ans, on pourra dire qu'on était avec lui" : le sacre de Paul Seixas vu par ses équipiers
Mis à jour 16/04/2026 à 10:35 GMT+2
A seulement 19 ans, Paul Seixas est un jeune leader. Avec des coéquipiers parfois dix ans plus vieux que lui, le vainqueur du Tour du Pays basque doit apprendre ce nouveau rôle. Ses capacités physiques et sa supériorité sur ses adversaires ont facilité sa tâche et celle de ses partenaires. Aurélien Paret-Peintre et Nicolas Prodhomme racontent leur semaine aux côtés du prodige.
"Chez UAE, on a peur de Seixas en vue de Liège"
Video credit: Eurosport
"Son niveau physique, son leadership est tellement incontestable que je pense que pour les équipiers, c'est tout à fait normal de rouler pour Paul." Ces mots ne sont pas ceux de n'importe quel coureur, de quelqu'un qui a dévolu sa vie à rouler pour les autres, à être le bon équipier – sans que cela soit forcément moins prestigieux, bien entendu. Mais c'est Aurélien Paret-Peintre, vainqueur d'étape sur le Tour d'Italie 2023, 30 ans, qui les prononce. Paul, vous l'aurez reconnu, c'est bien sûr le dénommé Seixas, celui qui a remporté le Tour du Pays Basque, il y a quelques jours, emportant l'adhésion de celui qui aurait pu jouer sa carte personnelle en d'autres circonstances.
A seulement 19 ans, Seixas a non seulement mis la France et la planète cyclisme à ses pieds. Mais avant tout, il a convaincu ses équipiers de le suivre dans sa folle entreprise. Arrivé discrètement chez les professionnels, presque sur la pointe des pieds, avec un Tour des Alpes, l'an passé où il se signale déjà comme un cador, alors qu'il n'avait que 18 ans. "On sentait qu'il avait déjà le potentiel pour être leader et que ça bousculait presque un peu Félix (Gall)", relate Nicolas Prodhomme, vainqueur d'étape sur le dernier Giro. Après sa 2e place au Tour d'Algarve, en février, sa première victoire à la Faun Ardèche Classic, il s'avançait en épouvantail au Tour du Pays Basque, course par étapes World Tour.
Un plan exécuté à la perfection
Le plateau était garni avec notamment Florian Lipowitz, Juan Ayuso ou encore Isaac del Toro. "Il n'a pas débarqué en disant : 'je vais gagner', loin de là", indique Aurélien Paret-Peintre. Pour autant, Paul Seixas savait qu'il "allait pouvoir jouer devant". Son sacre, c'est l'histoire d'un coup bien préparé par l'ensemble de l'encadrement. "Quand il a passé la ligne, j'étais dans le bus, je vois qu'il avait mis 28 secondes à Roglic, relate "APP". Sur un chrono, on parle souvent de seconde par kilomètre, là ça fait presque deux secondes tous les kilomètres sur Roglic. Ça m'a quand même un peu bluffé."
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Une démonstration : Seixas colle 28 secondes à Roglic sur le chrono
Video credit: Eurosport
Pour frapper un grand coup sur la tête de ses rivaux, tout est pensé pour mettre le feu dans l'ascension de San Miguel de Aralar, dernière difficulté de la 2e étape, reconnue la veille du chrono. "C'était prévu que Jordan (Labrosse) fasse le pied, et que je fasse la 2e partie, jusqu'à cette partie raide où Paul souhaitait attaquer. Et nous, on a adapté notre entraînement la semaine avant le Pays Basque pour préparer ce type d'efforts", raconte Nicolas Prodhomme, dernier étage avant le lancement de la fusée Seixas.
On a évité de sortir le champagne trop tôt
Très rapidement, le prodige prend 50 secondes sur ses adversaires et laisse des coureurs comme Lipowitz ou Del Toro sur place. "C'est vraiment plaisant quand ça se passe comme on le prévoit", savoure le vainqueur de la Route d'Occitanie, l'an passé. L'addition s'élève à 1'30" sur la ligne d'arrivée. Le coup est parfait pour l'équipe. Pris dans le tourbillon des obligations médiatiques et protocolaires, le leader rentre tard à l'hôtel avec le sentiment du devoir déjà bien accompli. "L'équipe avait volontairement évité de fêter, de sortir le champagne trop tôt dans la semaine pour vraiment rester focus et concentré", tempère le Normand.
"On savait que c'était les deux journées où on allait pouvoir vraiment espérer reléguer nos adversaires. C'est plutôt ce qui s'est passé", analyse Paret-Peintre. Le reste de la semaine, Paul Seixas continue d'essayer, mais sans lâcher Florian Lipowitz qui lui colle aux basques tel un chewing-gum, sur des ascensions plus punchy. Au cours de la semaine, Paul Seixas prend à cœur son rôle de leader, en prenant la parole lors des briefings. Il est tout de même parfois âgé de 10 ans de moins par rapport à certains de ses coéquipiers.
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A 26 km de l'arrivée, Seixas attaque et part seul !
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"Il va prendre de plus en plus d'ampleur au sein de son rôle. C'est sûr que je me doute que forcément à 19 ans, c'est pas facile de s'adresser à ses coéquipiers, même si on avait une équipe jeune. Je pense qu'il va prendre petit à petit en maturité là-dessus", cible Aurélien Paret-Peintre. Parmi les axes d'amélioration, il faut notamment gérer son tempérament de feu-follet et aussi son envie de sauter sur tout ce qui bouge.
Il ne faut pas énerver trop les autres équipes
"Il faut arriver à trouver le juste milieu, à ne pas énerver trop les autres équipes, parce qu'il y a des situations de course où il vaut mieux ne pas avoir tout le monde à dos. Sur les échappées, des fois, on avait tendance à être un peu trop exigeants. Il faut savoir accepter de laisser partir des gars qui ont des noms très connus", souligne Nicolas Prodhomme. En dehors du vélo, "le groupe vit bien", comme on peut le dire dans le monde du ballon rond. "On arrive bien à déconner, à se détendre le soir pour se détendre parce qu'il y a beaucoup de pression sur le vélo", continue celui qui est passé pro sur le tard, à 24 ans, en 2021.
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Seixas sera-t-il sur le Tour de France ? "On verra après la Flèche et Liège"
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Ce qui a bluffé les observateurs, c'est la maturité d'un gamin de 19 ans, qui n'en est qu'à sa deuxième saison en professionnel. Que ce soit sur le vélo, au micro après les courses et dans la vie, la pression ne semble pas atteindre le Lyonnais, qui n'a jamais paniqué de la semaine. "On sent qu'il n'y a pas vraiment de choses pour l'instant qui viennent le perturber, il y a très peu de stress. Il est très détaché de tout ça", corrobore Aurélien Paret-Peintre.
En interne non plus, on ne met pas la pression à la jeune pépite qui continue de franchir les étapes à vitesse grand-V. "C'est agréable d'avoir été la semaine dernière à ses côtés. On ne sait pas jusqu'où Paul va aller, mais dans 10, 15 ans, on pourra dire que quand on a cassé la disette des 20 ans sans victoire en World Tour, on était avec lui. (...) Les équipiers, je pense qu'on est de plus en plus forts à ses côtés. On a envie de se surpasser pour l'accompagner le plus loin possible", conclut-il. Réussir à fédérer à 19 ans et faire l'unanimité dans son équipe, encore un exploit que Paul Seixas peut ajouter à son tableau de chasse.
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