Van Looy a-t-il ou non été trahi lors du Championnat du monde 1963 ?

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Rik Van Looy, roi du monde au début des années 60, avait notamment conquis deux maillots arc-en-ciel en 1960 et 1961. Le Belge aurait pu, et aurait peut-être même dû conquérir un troisième titre de champion du monde, chez lui, en 1963. Mais c'est finalement son coéquipier Benoni Beheyt qui avait raflé la mise. Une histoire trouble et encore mystérieuse, six décennies plus tard.

Rik Van Looy.

Crédit: Getty Images

Trahison ou non? Le championnat du monde 1963 à Renaix (Belgique), que Rik Van Looy, décédé à 90 ans, termina à la deuxième place derrière son coéquipier Benoni Beheyt, reste sujet à controverse. À l'époque, Van Looy, déjà titré à deux reprises, est le leader de la sélection belge, qui court à domicile. Mais des grains de sable vont contrarier le scénario, que Beheyt a évoqué une seule fois publiquement.
Une histoire d'argent serait-elle en cause? "On s'est un peu disputés la veille du Mondial pendant la réunion d'équipe", avait expliqué le champion du monde 1963. "Van Looy avait promis 50 000 francs à chaque équipier mais rien en cas de défaite, alors qu'on sacrifiait nos chances. Gilbert Desmet a posé la question : 'Quid si Rik perd?' On n'a pas eu de réponse. Ce soir-là, j'avais compris qu'avec un peu de chance, je pouvais devenir champion du monde."
Mais d'autres motifs que cette simple querelle ont été avancés. Albert De Kimpe, le directeur sportif habituel de Desmet et Beheyt, a été soupçonné d'avoir parié sur la défaite de Van Looy (29 ans) et le succès de Beheyt (22 ans). Quelques semaines plus tôt, il avait interdit à son coureur de devancer Van Looy dans les sprints du Tour de France, même pour une place d'honneur. Rien de tel le 11 août 1963 à Renaix.
Ce jour-là, la sélection belge contrôle la course jusqu'au sprint final, confus, lors duquel les changements de ligne de Van Looy vont contraindre Beheyt à s'appuyer d'un bras sur son leader. L'outsider l'emporte, et ne sera pas déclassé. Piégé par un autre de ses compatriotes, Gilbert Desmet, qui lui lança le sprint de très loin, Van Looy fut donc débordé par Beheyt, qui était censé travailler pour lui. Ses supporters crièrent à la trahison et Beheyt, ostracisé, dut arrêter prématurément sa carrière deux ans plus tard.
Pour Beheyt, il était simplement le plus fort lors de ce sprint : l'Anglais Tom "Simpson a attaqué et Gilbert (Desmet) a encore bouché le trou mais, déjà, Van Looy a eu toutes les peines du monde pour tenir sa roue. Il n'a ensuite tout simplement pas pu conclure, il n'avait plus la force". "Je n'ai pas pu sprinter dans les 100 derniers mètres, j'ai juste repoussé Van Looy, sinon nous tombions tous les deux, il s'était retrouvé trop tôt devant. J'étais simplement le meilleur", a-t-il insisté. Sans évoquer l'accélération préalable de Desmet, qui contraignit Van Looy à un effort soutenu.
Dans le journal Le Monde, en 1963, au lendemain de la course, le compte-rendu de ce Championnat du monde rapporte un échange qui, après coup, prend un sens particulier : "Rik Van Looy, à trois kilomètres de l'arrivée, durant le dernier tour s'en allait trouver Beheyt qui était en queue de peloton pour lui demander de venir en tête : 'Viens avec moi, tu vas emmener le sprint', lui dit Rik. Mais Beheyt grimaçait et répliquait : 'Je ne peux pas, j'ai des crampes.'"
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Benoni Beheyt endosse le maillot de champion du monde en 1963. Fin de la course, début de la polémique.

Crédit: Getty Images

Il faudra l'intervention de trois gendarmes pour empêcher Rik Van Looy, qui avait jeté son vélo de rage, de se ruer sur Benoni Beheyt pour s'en prendre à lui. Finalement, c'est... le beau-frère de Van Looy qui se chargea de la besogne en assénant un coup de poing dans le ventre au nouveau champion du monde, encore confus et secoué quand il viendra sur le podium pour endosser son maillot irisé un quart d'heure plus tard.
Depuis, le temps a adouci la polémique, mais sans jamais apporter de réponses définitives. Le Mondial 63 garde sa part de mystères. Le journal belge La Dernière Heure, lui, avancera une ultime explication, celle d'une vengeance : quatre ans plus tôt, au Tour des Flandres, Van Looy avait fait perdre la course à Desmet, alors son équipier, qui était échappé. Desmet, a assuré le quotidien, avait juré de se venger.
(Avec AFP)
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