Wout Van Aert sur Christophe Laporte : "Je lui répète souvent qu'il est fort, mais il ne veut pas me croire"

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TOUR DE FRANCE 2022 - A 29 ans, Christophe Laporte a décroché le succès de grande envergure qui lui manquait. Celui qu'il a attendu en vain chez Cofidis pendant des années, et que son statut d'équipier de luxe chez Jumbo Visma rendait, sinon impossible, en tout cas difficile à atteindre. Mais vendredi, c'était le jour du Varois, peut-être pas toujours conscient de son potentiel.

Le sacré numéro de Laporte à Cahors : revivez son dernier kilomètre incroyable

Video credit: Eurosport

Voilà une bonne chose de faite. Plus personne ne parlera aux coureurs français de l'absence de victoire tricolore sur ce Tour. Ils pourront tous remercier Christophe Laporte. Et son équipe. La Jumbo Visma est tellement forte que le succès français ne pouvait sans doute venir que de là. Pour l'intéressé, l'essentiel n'est d'ailleurs pas là. "Ça compte aussi de ne pas laisser la patrie bredouille, mais même s'il y avait déjà eu des victoires françaises, j'aurais été très content de gagner aussi, sourit le héros du jour. Si cela a pu faire plaisir à de nombreux téléspectateurs devant leurs écrans, c'est encore mieux."
Faire partie d'un tel rouleau-compresseur, c'est à la fois un avantage et une limite. Pas simple d'exister aux côtés de Jonas Vingegaard, Primoz Roglic et peut-être plus encore dans son cas, Wout van Aert. "Il ne faut pas oublier aussi que tous les coureurs de cette équipe sont des top mondial", rappelle le Varois. Mais à Cahors, c'était son moment. Même si tout n'était pas écrit dès le matin. "Le briefing était clair, précise le Français. La priorité était de se préoccuper de Jonas (Vingegaard) jusqu'aux trois derniers kilomètres, cela pouvait être une journée très nerveuse. Si Jonas était sain et sauf, on pouvait faire le sprint."
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Laporte : "Wout m'a dit : 'C'est pour toi aujourd'hui', ça m'a porté chance"

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Ce sprint, c'était le sien. "À 100 kilomètres de l'arrivée, raconte Laporte, Wout m'a dit qu'il ne se sentait pas assez en jambes pour sprinter, et que c'était à moi de jouer. C'est Wout qui s'est occupé de tout pour protéger Jonas jusqu'aux trois kilomètres. La dernière fois qu'il m'avait dit que c'était à moi de jouer, c'était sur Paris-Nice où j'avais gagné. A 3 km de l’arrivée, j’ai entendu dans l'oreillette que j’avais carte blanche."
Il lui restait donc à ne pas laisser passer sa chance. Compte tenu de son statut chez Jumbo, elles sont relativement rares. Mais Laporte a tout bien fait vendredi. "Il y a eu une petite chicane sur laquelle une petite cassure s'est faite, j'en ai profité pour faire le jump avec les trois coureurs devant, reprend le Français. Ensuite, j'ai accéléré aux 500 mètres, je me suis retourné et j'avais fait un trou sur eux. Je me suis un peu écrasé sur la fin, mais ça a quand même suffi, j'ai même pu savourer les 200 derniers mètres et le passage de la ligne."
Souvent placé, rarement gagnant, Christophe Laporte tient à l'évidence la plus grande victoire de sa carrière. "C'est énorme pour moi, remporter une étape du Tour de France c’est le rêve de tout coureur, dit-il encore. C'est que du bonheur, je suis vraiment très content. C'est un rêve d'enfant. Tout le monde en rêve et je l'ai fait." Pour l'équipier de luxe qu'il est chez Jumbo, c'est une forme de juste récompense, même s'il assure n'avoir aucune frustration dans ce rôle : "Je n'étais pas venu avec cet objectif, j'étais déjà très heureux de tout ce que j'ai pu faire pour l'équipe sur ce Tour. Et si j'avais dû travailler pour Wout aujourd'hui, ça m'allait très bien aussi. Je m'étais dit que j’aurais peut-être une opportunité en troisième semaine, et elle s'est présentée."

Deloeil : "Une arrivée pour lui"

Sa victoire fait plaisir à beaucoup de monde. "Il mérite cette victoire et il a fait ça en finisseur. Je suis content pour lui, c'est un super coureur", souffle Florian Sénéchal (Quick Step). "Ça me fait plaisir pour lui parce que c'est un Français et j'ai roulé avec lui chez Cofidis", ajoute Hugo Hofstetter. Au sein de son ancienne équipe (il a passé huit saisons chez Cofidis avant de signer chez Jumbo-Visma l'hiver dernier), on est effectivement heureux pour lui. Heureux, mais pas plus surpris que ça.
Alain Deloeil est l'un des directeurs sportifs de l'équipe nordiste et il était chez Cofidis le référent de Christophe Laporte. "On connaît Christophe, on l'a en quelque sorte formé, rappelait-il au micro d'Eurosport après l'arrivée. Pour moi, c'est quelqu'un de très, très talentueux. Je ne suis pas du tout étonné de sa victoire, surtout sur ce type d'arrivées. C'était une arrivée qui lui convenait parfaitement bien. Il a fait tilt, c'est bien pour lui. Je suis vraiment content. Je pense qu'il a eu carte blanche aujourd'hui justement parce que c'est une arrivée qui lui convenait bien. Il a probablement levé la main pour dire 'Je fais l'arrivée'. Ils lui ont donné toute latitude pour faire ce sprint."
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Deloeil : "Christophe, c'est quelqu'un de très talentueux, je ne suis pas étonné de sa victoire"

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Chez Jumbo Visma aussi, on est heureux pour Christophe Laporte. A commencer par Jonas Vingegaard. "Je suis très heureux qu'on ait pu faire gagner Christophe, il le mérite tellement, juge le maillot jaune. Il a été là pendant trois semaines, le fait qu'il puisse avoir son étape montre aussi quel type d’équipe nous sommes." Mais personne n'éprouve plus de satisfaction que Wout van Aert : "On ne peut pas parler de récompense parce que le cyclisme ne marche pas comme ça. Mais avec tout ce qu’il a fait pour moi, en particulier au printemps, ça compte beaucoup de le voir gagner aussi."
Mais au-delà des notions de mérite, de récompense ou de juste retour des choses, pour le Flamand, c'est d'abord une affaire de compétence. A écouter le maillot vert, Christophe Laporte est un plus grand coureur qu'il ne veut bien l'admettre. "Il a montré au monde à quel point il est fort. Je lui répète souvent qu'il est fort, mais il ne veut pas me croire, sourit le maillot vert. Je le connais depuis des années, bien avant qu'on soit coéquipiers. J'ai beaucoup couru avec lui cette année, j'ai d’abord vu qu'il était fort sur le plat et pour emmener les sprints, mais il est aussi très bon en montagne, en particulier sur les petites ascensions."
Cette victoire, ce Tour, et plus globalement ce qu'il vit chez Jumbo Visma, tout ceci sera-t-il de nature à encourager une forme de prise de conscience dans la tête de Laporte ? Pour Alain Deloeil, c'est en tout cas pour explorer ce genre de contrées et savoir où se situent ses limites qu'il a franchi le pas : "On savait qu'il avait les qualités pour gagner en World Tour. Cette année, étant dans la meilleure équipe du monde, c'est certain que ça devait arriver. Il nous a quittés parce qu'il avait envie de voir autre chose. Il s'est dit 'pendant deux ans, je vais faire le métier à fond et puis je vais voir ce que ça va donner'. Le résultat est là. Mais il n'y a pas de surprise. C'est quand même un gros moteur, donc je ne suis pas étonné."
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Van Aert : "J'ai dit à Laporte de faire le sprint mais il a carrément attaqué, c'est fou"

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