Super Bowl LX - "Il déteste perdre, plus qu'il n'aime gagner" : Drake Maye ou la haine de la défaite
Par Laurent Vergne
Publié 08/02/2026 à 00:17 GMT+1
Il peut devenir dimanche soir le plus jeune quarterback vainqueur de l'histoire du Super Bowl. Drake Maye, 23 ans, a porté New England aux portes du sacre dès sa deuxième saison en NFL. Des cieux que les Patriots n'avaient plus tutoyés depuis l'ère Tom Brady. Doué, le numéro 3 de la draft 2024 est surtout porté par sa détestation de l'échec. Mais il aura fort à faire contre la défense de Seattle.
Drake Maye (New England Patriots)
Crédit: Getty Images
Cette semaine, Drake Maye a perdu. Jeudi soir, Matthew Stafford a été désigné MVP de la saison en NFL. Le quarterback des Rams a devancé d'un souffle et de cinq points celui des Patriots. Un des plus faibles écarts de l'histoire. À choisir, Maye préfèrerait sans doute remporter une autre bataille, dimanche soir, lors du Super Bowl, face à Seattle. Il deviendrait alors, à 23 ans et 5 mois, le plus jeune QB à glaner le trophée Vince Lombardi. La cerise individuelle sur le gâteau collectif. Il faut le lui souhaiter. Car Drake Maye ne supporte pas l'idée de perdre. Plus encore que celle de ne pas gagner.
C'est ainsi qu'il a résumé voilà quelques mois sa vision de la compétition à Ashton Grant, le coach en charge des quarterbacks à New England. "Je me souviens de lui me disant qu'il déteste perdre, plus qu'il n'aime gagner", évoque Grant dans le Boston Globe. Elle génère en lui une douleur insupportable. C'est ce rejet constant et absolu qui le porte depuis ses débuts, depuis le lycée. Cela tombe bien. New England a peu perdu cette saison. Après une entame chaotique, avec deux défaites lors de ses trois premières rencontres, la franchise de Boston a gagné 16 de ses 17 derniers matches, playoffs compris.
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Une saison digne d'un MVP
Lorsque Drake Maye a été drafté en troisième position lors de la draft 2024, les fans des Patriots ont voulu croire à nouveau en un avenir radieux, mais ils n'osaient sans doute pas imaginer un retour aussi rapide au Super Bowl, sept ans après le dernier sacre de la franchise, alors que Tom Brady était encore aux manettes de l'attaque de New England. Même si son année de rookie s'était avérée prometteuse, l'équipe de Mike Vrabel, arrivé au poste de head coach en lieu et place de Jerod Mayo, ne semblait pas destinée à jouer les premiers rôles. 8 ou 9 victoires, tel était le pronostic des plus optimistes dans les principaux médias nationaux. Les playoffs ? Peu probable. Le Super Bowl ? Restons sérieux.
"Parfois, il est nécessaire de croire très fort en quelque chose avant que ce quelque chose ne se soit produit, sinon rien n'est possible". Tel est le crédo de Mike Vrabel qui, lui, était convaincu depuis le début du potentiel de son équipe. "Il nous a inculqué le goût de la victoire et la culture de la foi en nous-mêmes", disait Drake Maye au sujet de son entraîneur à l’entame des playoffs. Mais rien n'aurait été possible sans la montée en puissance spectaculaire du jeune quarterback venu de Caroline du Nord.
"Je savais que nous avions un jeune gars doué, avec un énorme potentiel, mais à ce point ? Honnêtement, avant le début de la saison, je n'aurais probablement pas imaginé que Drake allait nous amener au Super Bowl", rigole Stefon Diggs, le receveur des Patriots. Avec près de 4400 yards, 72% de passes complétées, 31 touchdowns et seulement 8 interceptions, Maye a vraiment livré une saison digne du calibre d'un MVP. Pourtant, après des playoffs nettement plus erratiques, qu'il s'agisse de lui ou de son équipe, pas grand-monde n'imagine les Patriots triompher dimanche soir au Levi's Stadium.
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Drake Maye après la victoire des Patriots à Denver lors de la finale de conférence.
Crédit: Getty Images
Rien ne peut le déstabiliser, rien ne semble l'intimider
Cette équipe s'est construite sur le doute d'autrui. Elle va devoir une fois de plus s'en nourrir, et c'est exactement ainsi que fonctionne Drake Maye. Il est un compétiteur né. Quatrième garçon d'une fratrie de sportifs de haut niveau (deux de ses frères ont été membres des Tar Heels de North Carolina en basket et le troisième a joué au baseball à Florida, alors que le paternel a été brièvement quarterback en NFL), il a dû se battre, tout petit, pour se faire sa place, d'abord auprès des siens. À quatre, les rivalités sont inévitables, et les matches à deux contre deux, quel que soit le sport, promettaient toujours d'être intenses dans la maison familiale à Charlotte. Le jeune Drake s’y est aguerri. "Aujourd’hui, rien ne peut le déstabiliser, rien ne semble l'intimider", assure Ashton Grant.
Son attrait pour la compétition, sa volonté de toujours contredire ceux qui ne croient pas en lui, tout cela vient de son enfance et de son adolescence. Comme s'il devait sans cesse faire ses preuves. Prouver quelque chose. "Si vous lui dites qu'il n'est pas bon dans quelque chose, ça va le vexer, ajoute Grant. Si vous lui dites qu'il est incapable de faire quelque chose, ça va le contrarier aussi. Mais je pense que c'est une bonne chose. Je lui ai dit l'autre jour qu'il y avait 58 personnes à ESPN qui prédisaient la victoire des Seahawks au Super Bowl, et ça lui a plutôt plu. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi compétiteur. Il déteste perdre."
Nous y revoilà. Encore et toujours. Pourtant, pas grand-monde ne voit les Patriots gagner à Santa Clara, c'est vrai. Ils ne sont guère plus nombreux à se bousculer pour imaginer Drake Maye prendre la mesure de la redoutable défense des Seahawks, même si son épaule endolorie va mieux, affirme-t-il. Une septième bague de New England, la première sans Brady ou Belichick, relèverait de la sensation. Sauf, peut-être, pour Drake Maye : "En début de saison, quand on me demandait, dans l'équipe ou en dehors, quel était mon rêve pour cette saison, je répondais 'le Super Bowl'. Mais ce n'était pas un rêve, c'était un objectif." CQFD. CQFDrake.
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Drake Maye.
Crédit: Getty Images
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