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Coupe du monde | Barrages | Graham Arnold, sélectionneur de l'Irak : "J'ai entendu la première bombe, l'explosion qui a tué le leader iranien"
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Mis à jour 31/03/2026 à 09:29 GMT+2
Face à la Bolivie, ce mercredi, l'Irak vise un exploit historique : une première qualification pour la Coupe du monde depuis 1986. Une opportunité passée par un défi préalable, sécuritaire et logistique : rejoindre le Mexique en pleine guerre au Moyen-Orient. Graham Arnold, le sélectionneur australien des Irakiens, nous parle de ce contexte d'avant match.
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Video credit: Eurosport
Par Jérémy Docteur
Les joueurs basés en Irak représentent une grande partie de votre effectif. Ils ont finalement pu vous rejoindre à Monterrey, le 22 mars. On vous voit dans une vidéo de la fédération les attendre devant l'hôtel, dans la nuit, pour les saluer un par un. Ce geste était important ?
Graham Arnold : Il était une heure du matin passée à leur arrivée. J'ai simplement voulu les accueillir dignement après leurs trois jours de voyage et au vu des sacrifices nécessaires. Il leur a fallu 20 heures de bus depuis Bagdad jusqu'en Jordanie, puis ils ont été bloqués 24 heures à cause des missiles. Ensuite, de nouveau 20 heures de vol, de la Jordanie à Lisbonne, puis de Lisbonne à Monterrey. C'était super de les retrouver. Ils étaient évidemment assez fatigués, mais depuis qu'ils sont là, l'état d'esprit au sein du groupe est vraiment excellent.
Graham Arnold : Il était une heure du matin passée à leur arrivée. J'ai simplement voulu les accueillir dignement après leurs trois jours de voyage et au vu des sacrifices nécessaires. Il leur a fallu 20 heures de bus depuis Bagdad jusqu'en Jordanie, puis ils ont été bloqués 24 heures à cause des missiles. Ensuite, de nouveau 20 heures de vol, de la Jordanie à Lisbonne, puis de Lisbonne à Monterrey. C'était super de les retrouver. Ils étaient évidemment assez fatigués, mais depuis qu'ils sont là, l'état d'esprit au sein du groupe est vraiment excellent.
De votre côté, avant de pouvoir voyager au Mexique, vous étiez coincé à Dubaï…
G.A. : J'étais allé suivre deux de mes joueurs aux Émirats arabes unis. Le jour où je devais retourner à Bagdad, j'ai retrouvé ma femme qui était partie voir sa famille en Angleterre et c'est à ce moment-là que tout a commencé. Je n'ai pas pu retourner en Irak depuis le début de la guerre parce que l'espace aérien est complètement fermé (jusqu'au 1er avril). Donc, je suis resté bloqué à Dubaï pendant huit jours à essayer de partir. Finalement, j'ai réussi à sortir et j'ai demandé à tout mon staff de me rejoindre à Zagreb, en Croatie, pour qu'on puisse travailler. Il fallait absolument s'assurer qu'on soit prêts quand les joueurs arriveraient.
Vous avez été confronté au réel de très près. Comment avez-vous vécu toutes ces épreuves ?
G.A. : Les Irakiens ont déjà traversé ce genre d'événements plusieurs fois, alors pour un Australien, c'est probablement très différent de ce qu'ils vivent. En dix mois en poste, j'ai déjà vécu deux guerres. Même si l'Irak n'était pas l'épicentre du conflit (de la guerre entre l'Iran et Israël de juin 2025), les missiles passaient au-dessus de Bagdad. Ça a été une première expérience... J'ai dû quitter le pays en étant conduit jusqu'au Koweït, pour traverser les frontières et prendre un vol jusqu'en Australie. Cette fois-ci, je me trouvais à Fujairah, juste en face de l'Iran et du Golfe, quand j'ai entendu la première bombe, l'explosion qui a tué le leader iranien (le Guide suprême Ali Khamenei, dans une frappe israélo-américaine le 28 février). Ça a fait trembler presque tout l'hôtel. Ensuite, je suis allé à Jebel Ali, puis à Dubaï. Là-bas, il y avait tellement de gens en panique, certains essayaient de quitter les Emirats arabes unis, mais la situation était très tendue.
Il y avait énormément de craintes sur la tenue de ce match au Mexique. A un moment, vous aviez même suggéré l'idée d'un report en juin. Beaucoup souhaitaient que la FIFA intervienne.
G.A. : Je dois dire que la FIFA a été à la hauteur et nous a aidés. Avec d'Adnan Dirjal, le président de la Fédération irakienne, ils ont fait le nécessaire pour acheminer les joueurs. D'abord, sur la logistique, pour qu'ils puissent prendre le bus en sécurité tout au long du trajet jusqu'en Jordanie, puis ils nous ont trouvé un avion privé. Si ça n'était pas arrivé, je ne sais pas comment on aurait fait pour tous se réunir, parce qu'il n'y avait absolument aucune chance de sortir d'Irak. Tout ce que je veux désormais, c'est me concentrer sur le match. Pour le reste, on verra plus tard.
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Video credit: Eurosport
Comment les joueurs ont-ils géré la situation ?
G.A. : Le plus important, c'est qu'on puisse se focaliser sur l'échéance. J'échangeais avec eux depuis Dubaï, je leur disais : "Continuez à travailler dur, vous devez être en forme pour être sélectionnés. Et quand vous arriverez ici, j'ai besoin que tout le monde soit à 100%". On a besoin d'adopter une "mentalité d'assiégé'" Je crois vraiment que c'est quand la situation est la pire que les Irakiens sont les meilleurs et les plus forts. Évidemment, ils ont déjà vécu ce genre de choses, moi non. Les derniers sont arrivés mardi soir (24 mars), donc on a enfin un groupe complet et on a pu faire la première séance tous ensemble. Le point crucial pour moi, c'est la dimension mentale et j'ai une énorme confiance en ces garçons.
Vous touchez du doigt un exploit historique pour l'Irak… Comment l'appréhendez-vous ?
G.A. : Ça a été six mois difficiles pour eux. Ils auraient vraiment dû se qualifier directement avant que je ne prenne l'équipe (en mai 2025). Ils ont fait un nul contre le Koweït et perdu contre la Palestine. S'ils en avaient gagné un, ils étaient qualifiés. Après, on a dû affronter l'Indonésie et l'Arabie saoudite chez elles. On a fini avec la même différence de buts, mais les Saoudiens ont inscrit plus de buts. Du coup, il y a eu le barrage contre les Émirats arabes unis. Donc considérant tout ça, je suis extrêmement content et fier de nous. Pour être honnête, j'ai l'impression qu'il y a un bon présage : la dernière fois que l'Irak a été en Coupe du monde, il y a 40 ans, c'était déjà au Mexique.
Pour cette Coupe du monde, l'Irak a joué son premier match qualificatif en novembre 2023. C'est un véritable marathon.
G.A. : C'est difficile pour moi de comprendre comment on peut avoir 21 matchs de qualification. 21 ! Alors qu'en Europe ou ailleurs, ça peut être 6 ou 8. C'est énorme, sans parler des difficultés financières pour divers pays. Je pense que l'AFC (la Confédération asiatique) doit vraiment se pencher dessus. Les joueurs ont connu des déceptions, des moments rudes dans cette campagne, mais ils seront prêts.
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Graham Arnold et Aymen Hussein après Irak - Emirats Arabes Unis, le 18 novembre 2025 à Basra
Crédit: Getty Images
En dépit d'une préparation tronquée, pensez-vous qu'ils seront parfaitement aptes ?
G.A. : On a eu plusieurs jours pour bien se préparer, que ce soit physiquement ou tactiquement. Si on avait dû jouer jeudi soir (le 26) comme la Bolivie et le Suriname, alors aucun doute, j'aurais été le premier à dire qu'il n'y avait aucune chance de l'être. Ils ont pu avoir deux jours pour récupérer. Techniquement aussi, ils le seront, car ils ont de la qualité. Il y aura la récompense au bout, à condition d'être mentalement forts, parce que tout dépend de cet aspect dans ce type de rencontre, alors on travaille énormément le côté psychologique.
Quelle sera votre approche pour ce barrage contre la Bolivie ?
G.A. : Gagner, tout simplement. "Allez sur le terrain et donnez tout pour votre nation. Le plus important, c'est de le faire pour vous-mêmes et vos familles." Que quand on pénètre sur le terrain, on s'attende à l'emporter. Parce que sur ces matchs simples, il n'y a pas de seconde chance. J'attends d'eux qu'ils jouent à fond.
Pour vous aussi, ce serait un formidable aboutissement…
G.A. : Je dois avouer que ces sept-huit dernières années ont été assez folles pour moi. Avec l'Australie, j'ai dû faire face au Covid, certains joueurs ne pouvaient pas voyager, d'autres étaient malades ou restaient en quarantaine deux semaines. C'était dingue. Maintenant, il y a ce nouveau défi avec ce qui se passe au Moyen-Orient. En fait, je crois que je ne sais que choisir la difficulté (il rigole). Je ne peux pas prendre ma retraite, j'aime trop entraîner, être aux côtés des joueurs. Je n'aurais jamais accepté ce poste si l'Irak s'était qualifié plus récemment, mais ça a été un parcours génial jusqu'ici et sera
bientôt encore mieux.
bientôt encore mieux.
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L'équipe d'Irak après sa victoire contre la Jordanie en quart de finale de la Coupe Arabe, le 12 décembre 2025 à Doha
Crédit: Getty Images
Comment analysez-vous la sélection depuis votre prise de fonction en juin 2025 ?
G.A. : Ces dix mois ont été aussi éprouvants qu'agréables, car j'adore travailler avec ces joueurs. Quand je coachais l'Australie contre l'Irak ou les nations arabes, je trouvais qu'elles pouvaient être un peu désorganisées sur le terrain. Même si ce côté "imprévisible" les rendait dur à affronter. Depuis que je suis en poste, j'ai beaucoup insisté sur la discipline, la structure. Ils se sont très bien adaptés.
Vous avez en plus l'expérience de ces rencontres sous pression…
G.A. : C'est vrai, en 2005, j'étais adjoint de Guus Hiddink, l'Australie ne s'était pas qualifiée depuis 32 ans et on a battu l'Uruguay aux tirs au but. En 2022, on a dû passer un premier barrage contre les Émirats arabes unis, puis une nouvelle séance de penalties face au Pérou. J'avais décidé de changer de gardien juste avant (il sourit). Tout ça pour dire que sur ces matchs couperets, il y a tellement de phases possibles, il faut savoir anticiper.
En cas de qualification, vous serez dans le groupe de la France, que vous avez déjà affrontée au Qatar avec l'Australie. Qu'est-ce que cela vous évoque ?
G.A. : J'ai hâte. Didier Deschamps est un sélectionneur phénoménal. Avec l'Australie, j'avais dit aux joueurs : "Vous allez jouer contre des footballeurs incroyables. C'est un honneur, un privilège. On va sur le terrain à fond. On n'a rien à perdre. Eux, si." C'est ce qu'on a fait. On a battu le Danemark et la Tunisie, on est allés en huitièmes de finale alors que personne, même en Australie, ne pensait qu'on ne gagnerait un seul match. Il faut jouer libérés, avec l'intention de choquer le monde. Personne ne s'attend à ce qu'on gagne ou qu'on n'ait la moindre chance.
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