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Le Bayern surfe sur la crise

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Hansi Flick und Leon Goretzka

Crédits Imago

ParDavid Lortholary
08/11/2019 à 19:12 | Mis à jour 09/11/2019 à 16:18

BUNDESLIGA - Qualifié pour le prochain tour en Coupe d'Allemagne et en Ligue des champions, toujours en course pour un 8e titre consécutif en Bundesliga, le Bayern n'est, sur le plan des résultats, en danger dans aucune compétition. Mais il ne s'en satisfait pas et veut retrouver son style, dans le jeu et dans l'état d'esprit.

La liste des maladresses, des passes directement en touche ou en sortie de but, des centres trop longs, des glissades, des ballons perdus inutilement, des duels manqués, des joueurs qui se dribblent tout seuls, des dégagements manqués, des mésententes dans les une-deux et autres incompréhensions remplirait de pleines pages de journal.

Contre Union Berlin (2-1), à Athènes (3-2) et à Bochum (2-1), les prestations des joueurs du Bayern n'ont cessé d'empirer ces dernières semaines, au point que le directeur sportif Hasan Salihamidzic maniait l'ironie à l'issue du match de Coupe péniblement gagné dans la Ruhr : "Une super soirée. Un match énorme", avait lâché l'ancien international bosnien, aussi souriant que cassant. Aucun plan clair, aucune filière offensive travaillée, aucun progrès dans le jeu, aucun esprit collectif, pourtant habituellement propre à ce club (le fameux "Mia san mia", "Nous sommes nous") : la réaction des dirigeants du Bayern était inéluctable.

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Sans signature nette, embourbé dans un discours de plus en plus maladroit oscillant entre manque d'engagement (la faute aux joueurs) et déni des lacunes tactiques (la faute aux joueurs, donc, encore, qui finissent par s'en rendre compte et n'apprécient guère), en passant par une déclaration d'amour aux supporters de Francfort mal vécue par les ultras munichois ; l'entraîneur croate Niko Kovac, victime d'un changement climatique ostensible, a dû céder sa place quelques heures après la claque reçue par le Bayern à Francfort (1-5), samedi dernier. C'est un paradoxe : ce ne sont pas les résultats qui sont en cause, le club étant en course dans toutes les compétitions dans lesquelles il est engagé. C'est pourtant le premier gros revers de la saison, dans la Hesse, qui a coûté son poste à l'ancien entraîneur de... Francfort.

Il n'y a plus d'alibi

Pour le champion du monde 1990 Andreas Brehme, "les joueurs ont clairement lâché" Kovac. Le fusible fondu, les voici désormais face à leurs responsabilités, comme l'a bien formulé Joshua Kimmich après Francfort. "Il n'y a plus d'alibi", a constaté le successeur de Philipp Lahm. Ses dirigeants, qui n'étaient pas unanimes au moment d'enrôler le Croate à l'été 2018 – Hoeness pour, Rummenigge circonspect –, avaient un coup d'avance : en intégrant Hansi Flick cet été comme entraîneur adjoint, ils disposaient d'une solution clés en main si Kovac ne faisait plus l'affaire.

L'ancien bras droit de Joachim Löw, champion du monde 2014 avec l'Allemagne, est l'homme idéal pour une transition. Son dévouement est total, ses fondamentaux sont solides – techniquement comme humainement – il est au service de l'institution comme il le serait d'une famille, concept qui lui est cher. À Munich, c'est tout sauf un inconnu : quadruple champion d'Allemagne comme joueur avec le Bayern dans les années 1980, il y a aussi remporté la Coupe.

Et il a surtout rempli sa première mission, contre l'Olympiakos mercredi soir (victoire 2-0), avec quelques cernes sous les yeux mais l'aisance d'un taulier. Retour à un jeu simple – pressing haut, intensité, défense en avançant, bridage des latéraux –, quelques choix forts dans le onze de départ – Coutinho et Thiago, incontournables sous Kovac mais rincés, envoyés sur le banc – et engagement flagrant de la part des joueurs ont largement suffi à dominer l'adversaire.

Hans-Dieter Flick et Thiago à l'entraînement du Bayern

Crédits Getty Images

Un état d'esprit plus conforme à l'identité bavaroise est donc réapparu. Pour un jeu spectaculaire, il faudra attendre un peu. Le Klassiker, ce samedi à 18h30 à l'Allianz Arena contre le Borussia Dortmund, constituera un vrai révélateur. Si Flick n'est pas le plan A pour le choix du futur coach, il n'est pas d'emblée écarté de la course.

Major de promotion en 2003 avec un certain Thomas Doll pour les diplômes d'entraîneur, il a eu, depuis, l'occasion de montrer des capacités d'anticipation et de management, faisant notamment monter Hoffenheim de 4e en 3e division, y préparant ainsi l'avènement de Ralf Rangnick. Cette semaine, il a su abattre trois cartes maîtresses : ramener le calme, stabiliser la défense – qui n'avait pas affiché de statistiques aussi mauvaises depuis dix ans, avec 17 buts encaissés sur les huit matches précédents – et gagner.

"Tel est réellement mon devoir pour les deux matches (avant la trève internationale)", a-t-il formulé mardi en conférence de presse. Inutile de formuler le souhait de poursuivre sa mission au-delà : ça ne changerait rien à la décision des dirigeants (Rummenigge et Salihamidzic, puisque Hoeness se retire officiellement mi-novembre et ne sera plus, ensuite, que décideur indirect en tant que membre du directoire), qui doit intervenir durant cette trève. "Hansi est, en ce moment, le bon entraîneur", a pointé le directeur sportif cette semaine, sans en dire davantage sur l'avenir. Quoique : "Ces derniers jours, il a agi avec confiance et une extrême concentration", a ajouté "Brazzo". "Il a beaucoup parlé avec l'équipe, c'est l'entraîneur jusqu'à nouvel ordre. La suite, on verra."

Neuer juge Flick "très professionnel"

Le succès obtenu contre l'Olympiakos serait bien du style à donner de l'appétit à l'ancien entraîneur d'Hoffenheim. "J'ai beaucoup apprécié ce match, parce que l'équipe a montré sa qualité", a-t-il estimé en conférence de presse après la rencontre. "Nous avons de la marge pour faire mieux, mais je suis très satisfait." La dernière fois que le Bayern avait préservé sa cage remonte tout de même au 21 septembre (4-0 contre Cologne)... De quoi se faire de Manuel Neuer, qui n'a pas eu un arrêt à effectuer, un allié : "Il a géré la situation avec expérience et pondération", a jugé le gardien de la Mannschaft. "Très professionnel."

La confluence du discours entre joueurs et entraîneur après la rencontre était d'ailleurs une différence flagrante avec les dernières semaines, au cours desquelles s'était installée une certaine cacophonie. Les analyses de Neuer auraient pu sortir de la bouche de Flick : "C'était important d'être bien en place et d'agir avec calme. Notre devoir était de défendre vers l'avant et de jouer haut. Nous avons récupéré de nombreux ballons dans la moitié de terrain adverse et ainsi mis en permanence l'adversaire sous pression. C'était extrêmement important." Et de conclure, confiant : "Nous avons là un entraîneur qui organise les choses de telle façon que gagner contre Dortmund est possible." Qui a parlé de crise ?

Robert Lewandowski, Leon Goretzka et Thomas Müller (Bayern Munich) en Ligue des champions

Crédits Getty Images

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