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La reprise réussie en Bundesliga, reflet du modèle allemand

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Yussuf Poulsen of RB Leipzig celebrates with team mates after scoring their second goal during the Bundesliga match between 1. FSV Mainz 05 and RB Leipzig at Opel Arena on May 24, 2020 in Mainz, Germany.

Crédit: Getty Images

ParDavid Lortholary
25/05/2020 à 19:35 | Mis à jour 25/05/2020 à 20:02

Le monde entier a salué, quasiment à l'unisson, la reprise de l'activité menée à bien par le championnat de football professionnel allemand mi-mai et va pouvoir se réjouir, ce mardi, du duel au sommet entre le Borussia Dortmund et le Bayern Munich. Les multiples mérites n'en reviennent pas tous aux instances concernées mais, plus largement, au contexte national.

Granit Xhaka n'en a pas manqué un. Le week-end de reprise de la Bundesliga, l'ancien milieu de Mönchengladbach (2012-2016) a regardé tous les matches du championnat allemand. "Si le concept de la ligue allemande (DFL) tient, c'est un formidable signal aux autres ligues et nous donne à tous l'espoir de pouvoir rejouer bientôt", estime l'international suisse de 27 ans. "C'est un signal positif pour le sport en général."

Ce doux parfum a enrobé la planète du football professionnel, jusqu'au Brésil, très touché par la pandémie et où la popularité du championnat allemand a bondi d'un seul coup. "Tout le monde, au Brésil, regarde à présent la Bundesliga, tout le monde veut voit du football en direct !", s'est écrié Grafite, champion d'Allemagne 2009 avec Wolfsburg, à l'occasion d'un show sur la chaîne du club.

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Cette reprise a fait beaucoup de bien à l'image du pays

À l'image du joueur d'Arsenal et de l'avant-centre Brésilien, la presse internationale, respectueuse, s'est montrée laudative à propos de la reprise en question et reconnaissante à la Bundesliga allemande d'avoir montré que rejouer au football était possible. Et cette dernière profite forcément de ce rôle d'exemple qu'elle endosse de fait. "Que cela ait fonctionné fait beaucoup de bien à l'image de la Bundesliga et du pays", estime justement Martin Schneider, journaliste de l'influent quotidien Süddeutsche Zeitung. "Cela a fonctionné au moins techniquement", décortique-t-il factuellement.

"Sur le plan de la dramaturgie, c'est aux observateurs d'en décider. Bien sûr que c'est une publicité pour la Bundesliga et pour la République fédérale, qui a permis cette reprise. Mais la Bundesliga a toujours été bien considérée, même si elle se situait un peu en dessous de la Premier League ou de la Primera Division. C'est à coup sûr l'une des ligues de pointe dans le monde, alors ce n'est pas si surprenant qu'elle ait résolu ce problème. Mais les opinions venues de l'étranger ont surpris par leurs louanges. Et la plus marquante d'entre elles n'est pas forcément celle d'un média – encore qu'il soit, en fait, une sorte de média d'un genre divin – mais celle de Zlatan Ibrahimovic. 'Ils le disent. Ils le font. Merci, Bundesliga.' Cette formule, ce slogan de Zlatan, c'est en fait la meilleure publicité que la DFL aurait pu imaginer", rigole le chroniqueur bavarois en essayant d'imiter la voix d'un viking indestructible pour singer l'inimitable Suédois.

Une performance du pays tout entier

Son confrère Philipp Selldorf a bien conscience que la réussite du plan de reprise dépendait d'un bon vouloir qui dépassait le simple football. "La DFL ne doit jamais oublier que cela a été rendu possible par le fait que la pandémie, pour diverses raisons, n'a pas trop affecté le pays", souligne le reporter du SZ. "Nous avions sans doute l'avantage du timing – l'Italie a été touchée plus tôt, plus fort –, nous avions un temps d'avance en matière d'information, qui a permis de prendre des décisions plus rapides, nous avions un système de santé sur lequel nous pouvions mieux nous reposer que d'autres États. Il y a beaucoup de facteurs, originellement, qui ne sont pas à mettre au crédit de la DFL. Christian Seifert (le patron de la ligue) le dit dans ses conférences de presse : la DFL profite des infrastructures du pays et d'une providence qui la dépasse. Il ne faut jamais l'oublier."

Les remplaçants de Berlin lors du match Union Berlin - Bayern Munich en Bundesliga Le film du match

Crédit: Getty Images

Martin Schneider abonde : "Seifert l'a toujours dit. La DFL et la Bundesliga ne sont pas les grands maîtres de l'impossible ; il s'agit d'une performance du pays tout entier et d'une structure organisée. Mais, d'un point de vue personnel, ça rend un peu fier que ce soient les Allemands qui aient réussi cela et que le monde entier cherche à comprendre pourquoi il en est ainsi. Pour moi, nous avons eu de la chance, mais c'est quand même fascinant. Ici, les stéréotypes des équipes allemandes se vérifient : les Allemands sont organisés, disciplinés, ambitieux, se serrent les coudes, ont l'objectif d'atteindre leurs buts. On peut le dire, cela a été bien conduit."

Le retour du "Made in Germany"

Le football professionnel allemand comme étendard des qualités nationales ? Karl-Heinz Rummenigge, le président du directoire du Bayern, ne disait pas autre chose le 13 mai dans les colonnes de l'hebdomadaire Sport Bild. "La reprise de la Bundesliga devant les téléspectateurs du monde entier n'est pas seulement une publicité pour notre football, pour le championnat, mais aussi pour le pays tout entier et en particulier pour la politique allemande, qui l'a rendue possible par sa très bonne manière d'agir", expose le vice-champion du monde 1982 et 1986. "Quand j'étais gamin, le “Made in Germany” était une marque de fabrique. Ces dernières années, ça s'était un peu perdu. Le redémarrage de la Bundesliga montre aussi que le “Made in Germany” est à nouveau un label de qualité absolu."

Au point de donner au football allemand une attractivité nouvelle auprès des joueurs européens, c'est plausible. Et un avantage concurrentiel accru avec la baisse des prix probable sur le marché des transferts ? "Je ne crois pas que Neymar ou Mbappé viennent en Bundesliga", taquine le président bavarois, par ailleurs échaudé par les 80 M€ dépensés pour la venue de Lucas Hernandez mais qui lorgne de manière intéressée sur le phénomène Leroy Sané.

En fin de semaine dernière, dans les colonnes du Süddeutsche Zeitung, Christian Seifert s'est en tout cas défendu contre la critique d'un prétendu favoritisme. "Le football ne bénéficie d'aucun privilège", a-t-il expliqué. "Mais il a une particularité : sa pratique ne permet pas d'y maintenir la distanciation ni de porter de masque. Si le football était réellement privilégié, les stades seraient pleins. Ce qui n'est pas le cas. Nous l'avons simplement remis et marche et ainsi donné l'exemple."

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Crédit: Eurosport

Dans le bon sens, d'un avis partagé. "Globalement, le retour sur scène de la Bundesliga s'est mieux passé que beaucoup ne s'y attendaient", constate Christian Kamp, journaliste au très sérieux Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Ce qui fait qu'elle croule à présent de tous les côtés sous les louanges. Ce succès, cette mise en lumière, elle peut les déguster sur le moment, les considérer comme siens, parce qu'elle a réussi quelque chose dont les autres championnats et les autres pays ne peuvent encore que rêver. Le “Made in Germany” est aujourd'hui quelque chose de l'ordre de la valeur étalon du monde du sport, et ce pour la planète entière."

Ce qui ne signifie pas que les supporters daignent signer séance tenante un chèque en blanc à ce football d'un nouveau genre. "Que le football ait pu le premier profiter des circonstances et reprendre sur le rectangle vert ne dit encore rien sur son retour dans les cœurs", tempère effectivement Christian Kamp. "Les dernières semaines l'ont montré : de la même façon que les buts ne se valident pas sous prétexte qu'on a rempli une attestation pour cela, comme l'a formulé Vedad Ibisevic d'une question ironique et faussement naïve, ce serait une erreur de penser devoir soigner et ménager un pays en proie aux souffrances dues à des privations simplement en prescrivant la Bundesliga sur ordonnance."

Les gens n'oublient pas ceux qui ont pensé à eux dans la galère

Dans un contexte lourd de mauvaises nouvelles, le retour du football n'en est pas moins un médicament. "Depuis des semaines, la vie publique est remplie d'informations sur le nombre croissant de victimes, le taux d'infection, les mesures pour lutter contre la pandémie. C'est important et légitime. Mais il est important aussi, dans un souci d'équilibre que, dans cette situation difficile et nimbée d'incertitude, les gens aient droit à un peu de calme, fassent une pause, reprennent leur souffle", estime ainsi le journaliste David Digili. Joachim Pawlik, membre du directoire de Saint-Pauli – qu'on ne pourra guère soupçonner de libéralisme débridé tant le club a toujours baigné dans la culture sociale et supportériste – va même plus loin : "Ce que tu investis maintenant, tu le récupéreras au centuple. Les gens n'oublient pas ceux qui ont pensé à eux dans la galère."

Pour David Digili, "il n'y a pas que l'élite du football allemand qui va ainsi profiter de cette remise en marche de la Bundesliga, mais aussi le cercle des sympathisants de ce sport tout autour du monde". Les arguments en ce sens sont multiples. Concrètement, les matches sont gratuits pour tous à la télévision pendant deux semaines – mesure qui participe à éviter des rassemblements publics. De nouveaux spectateurs potentiels s'offrent tout autour de la planète – Karl-Heinz Rummenigge a évoqué le chiffre symbolique du milliard, tant les amateurs de sport en général sont, en ce printemps, sevrés de spectacle, tous sports confondus.

"Avec l'arrêt du monde du sport, tout passionné de football va regarder la Bundesliga. Et si ce public, en dépit des stades vides et du manque d'émotion et d'ambiance qui en découle, voit un football attractif et plein de buts, l'opportunité est bien présente de capturer ces fans à long terme, de quoi mener à de nouveaux contrats télé lucratifs et, en conséquence, les clubs en profiteront énormément. C'est de l'ordre de la conjecture, mais cette occasion est trop belle pour ne pas essayer d'en profiter", juge David Digili.

C'est une chance pour les champions du monde de l'entraînement

Sans compter que, sur le plan télévisuel et télégénique, l'expérience du téléspectateur peut être d'un intérêt inédit. "Atmosphère d'entraînement, sensation d'être à un match de canton, pas d'ambiance, pas d'émotions... les arguments critiques ont été suffisamment exposés en amont de la reprise. Mais à l'inverse, on peut dire aussi que les téléspectateurs n'auront jamais été aussi proches du terrain : la communication entre les joueurs, les consignes des entraîneurs en bord de touche, les décisions de l'arbitre... on n'en aura jamais autant entendu !", constate David Digili.

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Crédit: Eurosport

Les circonstances de jeu inédites et particulières sont en outre susceptibles de favoriser les surprises, et donc d'entretenir le suspense sur le plan sportif, argument supplémentaire pour une Bundesliga attractive. "C'est une chance pour les champions du monde de l'entraînement", a prophétisé Franz Beckenbauer dans les colonnes du quotidien Bild. "J'ai moi-même connu beaucoup de joueurs qui brillaient sur les terrains d'entraînement et dont les nerfs ne supportaient pas un stade plein le samedi", poursuit le Kaiser. "Ceux-là vont profiter des stades vides et vont pouvoir, dans ce cadre, reproduire leur savoir-faire de l'entraînement. Ça pourra donner lieu à quelques surprises."

Moins d'émotions, plus de football

Une très sérieuse analyse de l'Institut für Spielanalyse de Potsdam menée à l'issue du premier week-end de reprise contredit tout argument estimant que, sur le terrain, la reprise ne serait pas du football ou que les joueurs ne pouvaient pas être prêts physiquement. Les distances parcourues sont égales à la moyenne (116 km), les courses à haute intensité supérieures à celle-ci (702 contre 686), comme les sprints (220 contre 219), ce qui peut aussi s'expliquer par la possibilité désormais offerte de changer cinq joueurs au lieu de trois au cours d'un match. Le temps de jeu effectif a augmenté (57,7 minutes contre 55,6 habituellement), les mauvaises passes ont diminué (15,6% contre 17%), les fautes et la théâtralité des lamentations auprès de l'arbitre aussi.

Moins d'émotions, plus de football... "Tout ce qu'il y a autour du terrain est vraiment bizarre, mais pas le jeu", abonde l'entraîneur de Fribourg Christian Streich. "Je n'ai jamais pensé que la qualité du jeu souffrirait de l'absence de spectateurs." D'ailleurs, la grande majorité des entraîneurs (12 sur 18) a pris la chose très au sérieux, alignant les onze de départ les plus expérimentés possibles, tout particulièrement le nouvel entraîneur du Hertha Bruno Labbadia. Ce qui, globalement, n'a pas profité au spectacle dans un premier temps, avec moins d'offensives et moins de buts, en moyenne, que lors des 25 journées précédentes de l'exercice 2019-2020 (219 tirs au but contre 240). Un bémol vite gommé par la prolifique 27e journée marquée, notamment, par le 5-2 du Bayern à Francfort ou la démonstration du Bayer chez le candidat au titre Mönchengladbach. Mais qui pouvait douter du prompt retour de cette profusion, véritable signature marketing du football allemand ?

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