Comment Lewandowski a mangé, dormi et travaillé pour devenir le meilleur numéro 9 du monde
Eurosport sur GoogleBUNDESLIGA - En 2020, Robert Lewandowski a tout raflé, tant sur le plan collectif qu’individuel. Triplé avec le Bayern, joueur FIFA de l’année, les rédactions d’Eurosport l’ont élu Eurosport Star Of The Year. Une ascension que Florian Bogner, journaliste pour Eurosport Allemagne a cherché à comprendre avec Hasan Salihamidzic, Karl-Heinz Rummenigge et le joueur lui-même.
Robert Lewandowski - STAR OF THE YEAR - EUROSPORT
Crédit: Eurosport
Cette année, Robert Lewandowski a vraiment mangé à la table des grands. En 2020, il n’a jamais été aussi évident de citer le Polonais dans la même discussion que Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Une juste logique après une année gigantesque.
Pourtant, quand vous vous tenez en face de Lewandowski, vous remarquez que c'est un gars plutôt normal : taille normale, normalement habillé, personnage normal. Échanger avec lui, c’est, avant tout, quelque chose de très agréable. Il parle plutôt doucement, choisit bien ses mots. Ses réponses sont succinctes et polies, mais parfois aussi un peu fades. Le buteur ne veut offenser personne.
C’est pourtant tout le contraire une fois sur le terrain. Depuis son arrivée en Bundesliga en 2010, il a surtout laissé parler les buts. Il en compte déjà 262 dans le championnat allemand. "Il est tout simplement fantastique pour ce qui est des buts", déclare Hasan Salihamidzic, le directeur sportif du Bayern. "C’est ce qui fait la marque de fabrique de tous les attaquants."
Lorsqu'il est sur le pré, Lewandowski passe du statut d'homme à celui de machine. Il fait tout ce qu’il faut pour réussir, avec des moyens plus ou moins équitables, bien entendu. En plus de 600 matchs chez les professionnels, il n’a été expulsé que deux fois. Son dernier carton rouge remonte à février 2013.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2020/12/14/2955670-60669328-2560-1440.jpg)
Eurosport Star of the Year : Robert Lewandowski et Pernille Harder consacrées
Video credit: Eurosport
Sur le terrain, comme en dehors, pas de place au hasard
Pour obtenir le maximum de succès, Lewandowski a surtout continué à développer son professionnalisme. Dans sa vie, tout tourne autour de son métier. Il est devenu plus costaud et son corps en dit long sur tous ces sacrifices. “Quand vous regardez dans le vestiaire, personne n'a un corps comme Lewandowski", m'a d’ailleurs dit le PDG du Bayern Karl-Heinz Rummenigge, l'année dernière. “Ce qui m'impressionne le plus chez lui, c'est son professionnalisme, son ambition, sa passion, sa faim et sa forme physique”, a confié un jour le grand Jupp Heynckes.
Sa femme Anna, ancienne championne du monde de karaté, joue un grand rôle dans tout ça. “J'ai de la chance que ma femme soit nutritionniste. Elle sait ce que je mange et quelles vitamines je dois prendre”, raconte Lewandowski. Rien de surprenant donc si l’attaquant de 32 ans mange un dessert avant le plat principal car il permet de brûler plus facilement les graisses.
Même la nuit, rien n'est laissé au hasard chez les Lewandowski. L'attaquant a suivi les conseils d'un thérapeute du sommeil, qui lui a notamment dit qu'il était important d'éliminer toute source de lumière dans la chambre. “Nous avons même discuté de la position dans laquelle je devais dormir”, a confié l’ancien joueur du Lech Poznan. "Je suis droitier et mon pied fort avec lequel je frappe est le droit aussi, c'est pourquoi il vaut mieux que je dorme sur le côté gauche."
Quand il se détend, Lewandowski avoue que “ça l’aide de ne plus jouer à la PlayStation”, une révélation que le joueur avait faite il y a quelques mois. Au lieu de ça, le Polonais préfère lire, notamment des biographies d’autres athlètes. “Michael Jordan, Tiger Woods, Usain Bolt, ce sont des superstars qui ont marqué l’histoire de leur sport. Je veux voir si je peux en apprendre quelque chose quand je lis ça.”
Comme le bon vin
Lewandowski s’appuie également sur une routine professionnelle millimétrée dans la préparation du match. De nombreux footballeurs se sont habitués à certaines actions récurrentes par superstition. Le natif de Varsovie n’y échappe pas et pense qu'elles le rendent meilleur. “Tout ce que nous faisons avant le match joue un rôle important”, dit-il. “Le cerveau est alors préparé pour un événement important à venir.” Une fois qu’il en a pris pleinement conscience, Lewy s’est concentré sur ces rituels avant les matches. Par exemple, il “mettra toujours la chaussure gauche en premier.”
Inutile de dire que Lewandowski, peu importe où il a joué, a toujours été l’un des “chouchous” des préparateurs physiques. Ses 32 printemps ne lui font pas peur, loin de là. “J'ai l’impression d’avoir 29 ans, voire moins”, lançait-il l'année dernière. Lewandowski prévoit donc de faire trembler les filets pendant plusieurs années encore. “J'aimerais garder cette forme pendant encore cinq, six voire sept ans”, déclarait-il la saison dernière.
En fait, Lewandowski s'améliore depuis qu’il a entamé la trentaine. Sa saison la plus prolifique était certes 2019-2020, mais 2020 était vraiment “son” année. Auteur du triplé avec le Bayern, il a scoré à 34 reprises en Bundesliga, 6 en coupe d’Allemagne et 15 en Ligue des Champions. Cette année, personne n'a marqué plus que lui.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2020/12/14/2955636.jpg)
Robert Lewandowski
Crédit: Getty Images
"Il est juste le nec plus ultra du football mondial", avance l'ancien international allemand Lothar Matthaus. Depuis le début de la saison 2020-2021, il a déjà marqué 13 buts en 11 matches de Bundesliga. Il a remporté le titre de footballeur de l'année en Allemagne, de meilleur joueur de Bundesliga, meilleur attaquant européen et meilleur joueur d’Europe par l’UEFA. Et d'autres trophées individuels devraient suivre. Point d'orgue de son année stratosphérique, le Polonais a été nommé Joueur mondial de l'année de la FIFA et meilleur footballeur de Pologne pour la neuvième fois.
Une prolongation aux saveurs de libération
Un point non négligeable dans le rayonnement de Lewandowski est sa récente prolongation de quatre saisons avec le Bayern, signée en 2019. Ce nouveau contrat mettait ainsi un terme aux rumeurs de départ envoyant le Polonais au Real Madrid. Depuis, tout va bien, et c’est peu dire. Lewandowski est en paix avec lui-même, pour le plus grand bonheur du club allemand. "Je suis convaincu que le FC Bayern est exactement le bon endroit pour moi", avait-il justifié à l'époque. Il a marqué 71 buts depuis.
La trentaine entamée, Lewandowski a réalisé qu’un départ hors de Bavière n’était pas la meilleure idée pour sa carrière. Bien au contraire. Aujourd’hui, le Bayern est sur le toit de l’Europe et Lewandowski a grandement contribué à ramener le FCB sur le trône grâce à son travail acharné.
Écarté pour mieux exploser
Dans les catégories de jeunes, il était talentueux, mais plutôt frêle. "L'entraîneur de l'équipe nationale des moins de 15 ans m'a dit: ‘je suis désolé, mais tu es trop maigre pour jouer en équipe nationale’", se rappelle Lewandowski.
À 17 ans, il est libéré par le Legia Varsovie, l’un des plus grands clubs du pays. Un revers aux allures de réveil pour l’avant-centre. “J'ai commencé à travailler davantage à la salle et à développer mes muscles. Cela a beaucoup aidé”, explique-t-il.
Il a débuté par en bas, en troisième division, avec le Znicz Pruszkow. Son sens du but était déjà reconnaissable à l'époque. En 2007-2008, il a grandement contribué à la promotion du club de la banlieue de Varsovie avec 15 buts, le couronnant meilleur buteur de D3 polonaise. Lors de la saison 2008-2009, il a également terminé meilleur buteur du championnat avec 21 buts. Il a ensuite été transféré au Lech Poznan où il a encore fini meilleur buteur de la ligue, cette fois en Ekstraklasa (D1 polonaise).
/origin-imgresizer.eurosport.com/2020/12/09/2952174.jpg)
Robert Lewandowski
Crédit: Imago
Ceux qui l'ont connu chez les jeunes n’en reviennent toujours pas. A l’époque, Lewandowski n’était pas l’attaquant qui sortait du lot en Pologne. "Si c’était le cas, il aurait marqué 40 buts par saison en troisième division", a déclaré son entraîneur de l'époque, Leszek Ojrzynski, à Eurosport. A la place, Lewandowski a progressivement appris les exigences et les ressorts du football professionnel.
Une mentalité hors-norme pour briller
C'est avec cette mentalité qu'il a vraiment explosé sous les ordres de Jürgen Klopp, au Borussia Dortmund. C’est du côté du Westfalenstadion que Lewy va progressivement gagner l’étiquette d’attaquant de classe mondiale. “ll s'est développé dans ce sens. Il n'est pas arrivé et n'a pas joué comme ça dès le début”, précise Klopp. “La différence entre le joueur du début des années 2010 et le joueur d'aujourd'hui est juste phénoménale.”
À Dortmund, Klopp a plusieurs fois pris Lewandowski à part pour une des longues discussions sur le travail sur son langage corporel, qu'il trouvait difficile à interpréter de l'extérieur. C'était quelque chose auquel l'attaquant devait réfléchir. "Je savais que je devais progresser là-dessus pour devenir un meilleur joueur”, confirme Lewandowski aujourd'hui. Avec du recul, le temps passé à Dortmund a eu un impact considérable sur lui. "Jürgen Klopp a fait de moi un footballeur de haut niveau."
À partir de 2014, Pep Guardiola a récolté les fruits de nombreuses années de travail acharné. Lewandowski est arrivé à Munich dans le cadre d’un transfert gratuit au Bayern Munich et a tout de suite marqué les esprits. "C'est l'un des footballeurs les plus professionnels avec lesquels j'ai travaillé", a confié Guardiola, qui attribue au style de vie de Lewandowski la principale raison de ses objectifs. "Il mange, dort et s'entraîne bien donc cela profite au maximum au footballeur. Il n'est jamais blessé et ça tout ça grâce à la prise en compte d'une bonne nutrition et d'une bonne préparation pour les matches.”
Lewandowski ou l’archétype de l’attaquant idéal
Entre 2010 et 2020, Lewandowski a disputé au moins 31 des 34 matchs de Bundesliga. Aucun autre joueur n’a atteint un tel ratio, pas même un gardien de but. Il a également appris quelque chose de chacun de ses entraîneurs. Même sous Niko Kovac, il a continué à se développer. Depuis le départ de Kovac, le Polonais décroche vers le milieu de terrain pour s'impliquer davantage dans le jeu et sa construction.
"Je ne veux pas être un attaquant qui attend le ballon pendant 90 minutes dans la surface de réparation”, explique-t-il. “Je veux faire partie de l'équipe, faire partie du jeu. Je veux bouger et me mettre en forme, je ne veux pas seulement attendre.”
C'est quelque chose qu'il a appris quand il était plus jeune, quand il jouait au milieu de terrain ou sur l'aile. Sa tâche principale était “d'aider l'équipe et non de tout faire soi-même.” Son coéquipier Philippe Coutinho dit qu'il est faux de penser qu'il délaisse son jeu d’attaquant et de machine à marquer. Avec cette participation proche de l’entrejeu, Lewandowski laisse moins de liberté à la défense adverse, le pressing commence avec lui et s'ouvre constamment aux passes, laissant beaucoup d’espaces à ses coéquipiers.
L’un des facteurs X de Flick
Lewandowski a également contribué à la renaissance de Thomas Müller. Le champion du monde 2014 a, lui aussi, plus de 30 ans et a retrouvé de sa superbe avec Lewandowski. "C'est plus facile de jouer avec Thomas. Cela m'aide beaucoup, nous nous complétons parfaitement”, esquisse Lewandowski. “Nous avons toujours un joueur de plus dans la surface de réparation lorsque Thomas est sur le terrain et j'ai plus d'espace.”
Sous la houlette de Hansi Flick, il est également flagrant que plus l'équipe a la possession, plus Lewandowski est dangereux. Avec son pressing et sa position plus haute sur le terrain, Lewandowski bouge encore plus. “La philosophie de Flick me convient”, déclare l'attaquant. “En tant qu'attaquant, vous devez avoir toutes les qualités et être toujours préparé psychologiquement. Je n'aime pas attendre éternellement le ballon, personne n’aime ça d’ailleurs. Mais vous devez rester concentré pour être prêt lorsque vous l’obtenez. C'est extrêmement important.”
Lewandowski a marqué 262 buts en 305 matchs de Bundesliga pour Dortmund et le Bayern. Seuls Gerd Müller (365) et Klaus Fischer (268) le devancent. En Ligue des Champions, il est à égalité avec Raul à 71 buts derrière Cristiano Ronaldo (134) et Lionel Messi (118).
Et cet été, le joueur de 32 ans a finalement effacé le dernier de ses défauts : marquer suffisamment de buts en phase à élimination directe de la Ligue des Champions.
Maintenant, il est vraiment arrivé chez les grands. "Robert Lewandowski est un peu comme moi, mais dix fois meilleur", lâche Miroslav Klose, assistant de Hansi Flick au Bayern et meilleur buteur de la Coupe du monde de tous les temps. “C'est un avant-centre parfaitement complet.” Un attaquant parfait et une star qui semble en fait assez normale en dehors du terrain, c’est ça la recette du succès Lewandowski.
Traduit de l'Allemand par Fabien ESVAN
Sur le même sujet
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/12/18/image-ec453673-a7e8-4c9b-a566-6689a5fb6276-68-310-310.jpeg)