"C’est une blague" : pourquoi la possible arrivée d'Andrea Pirlo sur le banc de l'Italie fait polémique

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Pendant que le monde entier a eu les yeux rivés sur une Coupe du monde qui connaîtra son épilogue, dimanche soir, lors de la grande finale entre l'Espagne et l'Argentine, l'Italie, une nouvelle fois spectatrice, en a profité pour entamer sa reconstruction. Et si les noms de Giovanni Malagò et Paolo Maldini ont fait l'unanimité, celui du futur sélectionneur, lui, suscite bien des crispations.

"On nous a vendu une équipe de méchants mais on s'est fait marcher dessus par l'Espagne"

Video credit: Eurosport

Il faut dire qu'à force, ils en ont pris l'habitude. Depuis maintenant douze ans, les Italiens traversent les Coupes du monde comme si de rien n'était. Sans vibrer, sans célébrer, sans rien. Les bars sont vides, les rues aussi, et tous se posent la même question avant le début de la compétition : à qui se rallier en l'absence de la Nazionale ? Pour cette édition 2026, il semblait que les préférences allaient en grande partie vers le Brésil de Carlo Ancelotti, sans que cela porte vraiment bonheur à l'un des plus grands entraîneurs de l'histoire du football transalpin, puisque son équipe a pris la porte dès les 8es de finale face à la Norvège (2-1).
Si les tifosi ont quand même suivi, pour la plupart, la compétition, en fêtant au passage les vingt ans de la victoire de 2006 le 9 juillet dernier, tous se demandent quand leur sélection daignera y revenir. 2030 ? C'est l'objectif, mais autant dire que plus personne n'ose se projeter après les trois barrages perdus de suite : face à la Suède en 2017, puis la Macédoine du Nord en 2022 et enfin la Bosnie-Herzégovine cette année. Pour briser le tabou, la Fédération italienne de football (FIGC) a depuis décidé de lancer les grandes manœuvres, du moins en apparence.
Gabriele Gravina parti, il a fallu nommer un nouveau président à la tête de l'instance. Et c'est Giovanni Malagò, ancien président du comité olympique italien et du comité d'organisation des JO 2026 d'hiver de Milan Cortina, qui a été élu à la majorité. Lors d'une assemblée extraordinaire élective de la FIGC, dans un grand hôtel de Rome, le dirigeant de 67 ans a recueilli 68,58% des suffrages, contre 29,17% pour Giancarlo Abete, représentant du football amateur qui avait déjà présidé la FIGC entre 2007 et 2014. Pas vraiment des bons souvenirs, avec deux éliminations lors des phases de groupes en 2010 et 2014.

Maldini s'est laissé convaincre, non sans mal

Une fois intronisé, Malagò, soutenu par l'ensemble du football italien, dont les présidents de clubs de Serie A, s'est mis en tête de trouver une grande figure à caser dans l'organigramme de la Fédé italienne. Un nom lui est rapidement venu à l'esprit : Paolo Maldini. L'ancien capitaine légendaire de l'AC Milan, débarqué de son rôle de dirigeant du club à l'été 2023 par le propriétaire américain Gerry Cardinale, a le mérite de faire l'unanimité au sein du football italien.
Tout le monde l'apprécie et le respecte. Mais l'ex-international transalpin, sélectionné à 126 reprises et avec qui il a disputé quatre phases finales de la Coupe du monde et trois éditions de l'Euro, avec pour meilleurs résultats deux finales perdues au Mondial 1994 et à l'Euro 2000, est du genre à se laisser désirer. Maldini, qui a refusé de nombreuses offres de reconversions depuis 2009, année de sa retraite sportive, réclame toujours de l'autonomie et un grand champ d'action, sans la moindre interférence. Comprenez mieux : il veut pouvoir décider. Ce qui peut parfois réfréner certains. Mais certainement pas Malagò, qui a fini par obtenir gain de cause. Après de longues semaines de discussions et négociations, le fils de Cesare a fini par dire oui.
"C'est avec satisfaction que le président de la FIGC, Giovanni Malagò, annonce que Paolo Maldini a accepté le poste de directeur technique de la Fédération", se félicitait dans la Fédération dans un court communiqué. Dans ses valises, Maldini a ramené Leonardo, ancien directeur sportif du PSG et de l'AC Milan, avec qui il a déjà travaillé au sein du club lombard.
Maldini, 58 ans, assumera également la fonction de président de Club Italia, l'instance qui chapeaute toutes les sélections de toutes les catégories d'âge, féminines et masculines, un cumul inédit dans l'histoire de la FIGC. Pas les pleins pouvoirs, mais presque. Maldini, qui devra également superviser la réforme de la formation des jeunes joueurs, est l'homme sur qui l'Italie veut reconstruire.

Pirlo, le nom qui crispe

Depuis sa nomination, l'ex-numéro 3 milanais a un dossier prioritaire : celui du sélectionneur. Ces dernières semaines, deux noms semblaient ressortir du lot, Celui de Roberto Mancini, qui souhaite se faire pardonner son départ en catimini il y a trois ans. Et celui d'Antonio Conte, parti du Napoli et qui rêve de devenir l'homme capable de ramener l'Italie à la Coupe du monde. Tous les quotidiens évoquaient ainsi un duel final avec, comme dernier mot, celui de Maldini. Sauf que lui a pris ses fonctions avec une toute autre idée pour le moins surprenante.
En début de semaine, La Gazzetta dello Sport révélait qu'un certain Andrea Pirlo était désormais le favori pour le poste. Ancien coéquipier de Maldini à Milan, l'ex-milieu de terrain a conservé un lien très fort avec son capitaine d'alors. Au point qu'il avait même tenté de le ramener sur le banc du club lombard en 2023 après des discussions à Dubaï. Pour l'heure, la carrière d'entraineur du champion du monde 2006 se résume à de brefs passages sur les bancs de la Juventus Turin, Karagümrük (Turquie), la Sampdoria et plus récemment le United FC (Émirats arabes unis). De l'autre côté des Alpes, on s'interroge ainsi sur la bonté de ce choix. Au point que le plus grand quotidien généraliste du pays, le Corriere della Sera, n'a pas hésité à se positionner publiquement contre ce choix. Surprenant mais révélateur.
"C'est une blague ? De qui est-il ami ?, pouvait-on lire dans l'article en question. Et que nous nous sommes fait avoir. En effet, quels idiots : nous nous sommes fait avoir. Andrea Pirlo, le nouveau sélectionneur. Mais bien sûr : cela ne pouvait pas être vrai. Nous aurions dû le comprendre. Et pourtant, en lisant les gros titres des journaux et quelques indiscrétions, il faut bien l'avouer : entre la stupéfaction et l'inquiétude, nous nous sommes vraiment demandés : Pirlo, excusez-nous, dans quel sens ? Y a-t-il vraiment quelqu'un qui envisage de lui confier le banc de la Nazionale ? De qui est-il proche ?"
Le Corriere della Sera dénonçait encore du ”copinage” pour faire atterrir Pirlo sur le banc de la Nazionale : ”Rien de personnel contre lui (…) mais il n’a pas la carrure pour devenir le sélectionneur de l’Italie (…) Pour sa reconstruction, l’Allemagne a tout mis entre les mains de Klopp”.
Le lendemain, le quotidien indiquait que cette possible nomination crispait également du côté des présidents de Serie A, qui voyaient plus en Antonio Conte l'entraîneur idoine pour lancer cette grande reconstruction italienne. Pep Guardiola ? Il s'agit pour l'heure plus d'un rêve que d'une piste concrète. Didier Deschamps ? Son nom n'a jamais été cité dans la presse transalpine.
"L’annonce du nouveau sélectionneur pourrait-elle intervenir la semaine prochaine ? Je ne peux pas l’exclure. Pirlo figure-t-il également sur la liste restreinte ? Je préfère ne pas m’avancer sur les noms : si je dis oui, je me trompe ; si je dis non, je me trompe aussi", annonçait Malagò il y a deux jours. L'important demeure surtout de ne pas se tromper sur le choix final. Car après douze ans sans Coupe du monde, l'Italie ne peut plus se permettre de passer ses étés à regarder les autres.
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