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Le Qatar ne fait plus rire

Le Qatar ne fait plus rire

Le 22/06/2019 à 22:04Mis à jour Le 22/06/2019 à 23:17

COPA AMERICA - Invité à participer à la Copa America au Brésil (14 juin-7 juillet), le Qatar, champion d’Asie l’hiver dernier, a changé. Autrefois adepte des naturalisations massives, il se tourne désormais vers des joueurs locaux.

La défaite concédée mercredi soir dans les dernières minutes face à la Colombie à Sao Paulo (0-1) trois jours après le match nul obtenu contre le Paraguay (2-2) n’a pas totalement compromis les chances des Qatariens d’accéder aux quarts de finale de la Copa America. Ils joueront leur avenir dimanche, à Porto Alegre, contre une Argentine toujours aussi navrante, que Lionel Messi soit là ou non, mais pour les champions d’Asie 2019, l’essentiel est peut-être ailleurs.

Le trophée ramené des Emirats Arabes Unis en février dernier a placé le pays sur la carte du football, et pour d’autres raisons que la très controversée Coupe du monde 2022 qu’il organisera. Longtemps considéré (au mieux) comme une nation de deuxième plan, le Qatar a surpris tout le monde, à commencer par ses propres supporters, en survolant la dernière Coupe d’Asie des Nations, remportée avec la manière (sept victoires, dix-neuf buts inscrits, un seul encaissé).

Felix Sanchez Bas

Felix Sanchez BasGetty Images

"Nous sommes davantage pris au sérieux"

Karim Boudiaf (28 ans), né en France, formé à Nancy mais qui a obtenu la nationalité qatarienne en 2013, confirme que les choses ne sont plus les mêmes depuis le triomphe d’Abu Dhabi face au Japon en finale (3-1). "Je constate que nous sommes davantage pris au sérieux. Lors de cette Copa America par nos adversaires, mais également quand nous avons affronté le Brésil en match amical (0-2, le 5 juin). Ce titre de champion d’Asie a changé l’image que les gens avaient du Qatar. Ils voient qu’on joue plutôt bien au football, qu’on pratique un jeu offensif. Contre le Paraguay, on est mené 0-2, mais on a su revenir au score, et je pense même qu’une victoire était envisageable. Ce résultat a un peu plus rendu le Qatar crédible (l’interview a été réalisée quelques heures avant le match Colombie-Qatar, ndlr). Il y a un certain intérêt autour de nous depuis que nous sommes arrivés au Brésil."

Pendant longtemps, la sélection nationale de ce petit émirat, un des pays les plus riches du monde, a été composée de joueurs locaux – et parfois d’origine étrangère, notamment soudanaise, comme Almoez Ali, meilleur buteur de la Coupe d’Asie (7 buts), algérienne ou égyptienne – et de naturalisés venant d’autres pays du Golfe, d’Afrique subsaharienne et même d’Amérique du Sud. Sebastian Soria, le joueur le plus capé (123 sélections entre 2007 et 2017) et le plus prolifique avec les Al-Annabi (40 buts) est né en Uruguay, et a obtenu la nationalité qatarienne en 2006, deux ans après son arrivée à Doha.

Boualem Khoukhi et Hassan Al-Haydos

Boualem Khoukhi et Hassan Al-HaydosGetty Images

Lors de la Coupe d’Asie, seuls quatre joueurs étaient des naturalisés. "La pratique existe toujours, mais la fédération se tourne davantage vers les joueurs nés au Qatar, et vers la formation", reprend Boudiaf. Le centre high-tech Academy Aspire, situé dans la capitale, est la pépinière du pays. Et Felix Sanchez Bas (43 ans), le sélectionneur espagnol, connaît la très bien la grande majorité des joueurs qui composent l’équipe. Car l’ancien formateur du FC Barcelone – il fût entraîneur des moins de 19 ans – a intégré Aspire en 2006, avant de devenir sélectionneur en 2017, après avoir dirigé les moins de 19 ans, moins de 20 ans et Olympiques qatariens.

"Il a coaché pas mal de joueurs dans les équipes de jeunes. Ceux-ci savent donc comment il veut jouer : possession et conservation du ballon, ce qui répond aux caractéristiques du footballeur local, technique, assez rapide, mais pas très physique", résume Boudiaf. Sanchez Baz semble bien parti pour conserver son poste jusqu’à la Coupe du monde 2022. D’ici là, le Qatar jouera essentiellement des matches amicaux, mais participera à la Coupe du Golfe, aux qualifications pour la Coupe d’Asie 2023, et reviendra en Amérique du Sud dans un an pour la Copa America, organisée en Colombie et en Argentine.

Une équipe jeune, mais sans expatriés

L’équipe qui tentera face à l’Albiceleste de se qualifier pour les quarts de finale ressemblera sans doute à celle qui disputera la Coupe du monde, dans un peu plus de trois ans. Vingt-et-un des vingt-trois joueurs présents au Brésil ont en effet moins de 30 ans. Mais aucun n’évolue à l’étranger. "Je pense que les Qatariens ont envie de s’expatrier, d’aller en Europe. Mais peut-être que les clubs européens hésitent encore à en recruter. Et puis, partir, c’est une chose, mais il faut jouer. Car si c’est pour être remplaçant…" Les prochaines sorties internationale du champion d’Asie 2019 attireront peut-être un peu plus les recruteurs du Vieux Continent…

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