Des tonnes de messages et des appels en rafale. Pour Hamza Rafia, la vie a quelque peu changé depuis cette folle soirée du 13 janvier. "Je m’échauffais et, d’un coup, l’entraîneur adjoint me fait signe. Je comprends que je vais rentrer. J’étais prêt mais on se fait égaliser au même moment, de 2-0 à 2-2… Je pensais que j’allais me rasseoir sur le banc. Mais quand l’adjoint demande à Pirlo si ‘le jeune rentre quand même’, le Mister répond ‘oui évidemment’. Là, j’ai vu qu’il me faisait confiance et j’ai voulu lui rendre. La suite, vous la connaissez…".
Formé à l’OL, le jeune milieu offensif de 21 ans rentre, marque peu avant la mi-temps des prolongations et permet à la Juventus de se défaire du Genoa (3-2) pour filer en quarts de finale de la Coupe d’Italie. Un rêve éveillé pour celui qui a quitté son cocon lyonnais à l’été 2019. Le voilà aujourd’hui à 300 kilomètres de ses proches, qu’il part retrouver dès qu’il en a l’occasion. En attendant, l’international tunisien, actuellement blessé, continue son ascension dans la Botte. Et il commence sérieusement à s’y faire un nom. Entretien.
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Hamza Rafia : J’ai passé neuf ans à Lyon. J’y avais signé un contrat stagiaire de deux ans qui me permettait, ensuite, de signer un contrat professionnel. Mais j’ai senti que l’OL ne comptait pas vraiment sur moi. Quand tu as 20 ans et que tu n’as pas encore fait grand-chose avec l’équipe première… J’aurais aimé m’imposer à l’OL, comme beaucoup de jeunes l’ont fait. Après, l’opportunité des U23 de la Juve s’est présentée. J’ai signé à Lyon et je suis parti, les deux présidents voulaient faire les choses correctement pour qu’une indemnité de transfert soit possible. Moi, ça me permettait d’être dans un grand club et de jouer. L’OL m’a toujours bien traité et cette indemnité était aussi une façon de les remercier. Tout s’est fait à l’amiable, c’était juste la fin d’une relation. Il n’y avait aucun désaccord.
Est-ce que des trajectoires à la Lacazette ou Benzema ont pu vous influencer dans votre choix de partir à l’étranger ?
H.R : Eux avaient d’abord réussi à l’OL. J’aurais aimé faire de même pour ensuite, pourquoi pas, rejoindre d’autres clubs européens. Je ne me cache pas, ça aurait été un rêve. Mais un autre s’est ensuite présenté à moi. C’est comme ça, c’est le football.

Hamza Rafia avec Lyon en 2016

Crédit: Getty Images

Comment la Juve vous a convaincu ?
H.R : Ils avaient étudié mon profil et me suivaient en Youth League. Leur projet me permettait de jouer directement et de pouvoir côtoyer les plus grands. En plus, je ne suis pas loin de la maison et je me suis parfaitement adapté. Cela me faisait prendre une autre dimension. Aujourd’hui, je parle la langue et je suis très bien intégré ici.
Beaucoup de joueurs français, également partis en Italie, parlent d’un niveau d’exigence beaucoup plus élevé. Êtes-vous d’accord ?
H.R : Je me souviens, encore aujourd’hui, de l’une des premières choses marquantes à mon arrivée à la Juve. Fabio Pecchia, mon premier entraîneur, organisait des séances tactiques les jours de match. On se levait le matin, on se mettait en tenue pour aller sur le terrain. D’un côté, les titulaires accompagnés de toutes les doublures. En face, l’entraîneur, un seul ballon et des piquets. Ensuite, il fallait se mettre en mouvement pendant 15-20 minutes. Après, tu sais parfaitement ce que tu dois faire en match. Ici, l’exigence est différente. Pour des joueurs comme moi, c’était marquant. Par exemple, tu dois venir tous les jours une heure avant l’entraînement. Et trente minutes avant, on doit tous être en salle de gym. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est simplement la normalité pour tout le monde. On travaille plus qu’en France.
Comment un club comme la Juve accompagne ses nouveaux joueurs venus de l’étranger ?
H.R : C’est un club qui t’accompagne dans toutes les démarches administratives, même pour trouver ton appartement. Toutes les choses du quotidien sont gérées. Cela permet de se focaliser sur le terrain. Ici, les gens vivent pour le football, ça respire le football, c’est quelque chose d’incroyable. Je ne m’attendais pas à ça. La Juve, qui gagne un trophée chaque année, est respectée de tous. Même des U23, comme nous, sont déjà sollicités.
A quel niveau français pourrait se comparer la Lega Pro, où évolue les U23 de la Juve ?
H.R : C’est la troisième division, on pourrait la comparer au niveau du National en France. C’est un très bon tremplin. Cela permet à de jeunes talents de s’exprimer et se montrer. Il n’y a rien à envier au niveau des U23 du Barça ou du Real. Nous sommes la seule en Italie. En plus, on a gagné la Coupe d’Italie de ce niveau la saison dernière. Notre objectif est la Serie B. Ensuite, il y a également l’opportunité d’intégrer le groupe professionnel. Andrea Pirlo observe d’ailleurs beaucoup notre équipe.

Hamza Rafia - Juventus Under 23-Ternana - Finale Coppa Italia Serie C 2019-2020 - Getty Images

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Après quelques mois, vous avez commencé à vous entraîner avec l’équipe professionnelle…
H.R : L’espace de cinq minutes, tu réfléchis un peu. Et puis quand commence l’entraînement, tu ne penses plus à rien. Je jouais au football comme je l’ai toujours fait, sans réfléchir à qui a gagné quoi, qui a joué dans telle équipe… C’est comme ça que tu t’intègres plus facilement.
Quels joueurs vous-ont le plus aidé dans votre intégration ?
H.R : Cette équipe est exceptionnelle. Ce sont tous des champions, et ils sont tous aux petits soins. Ce sont des gens normaux et simples. Giorgio (Chiellini) est très investi, il vient souvent nous voir, son frère est aussi dans le staff du club. Ce sont tous de très belles personnes en plus d’être de grands footballeurs.
Comment est Cristiano Ronaldo au quotidien ?
H.R : Pouvoir s’entraîner avec un tel joueur, ça te confirme que tu es sur la bonne voie. C’est un exemple, un stimulant pour la suite. C’est très motivant d’être à ses côtés. Pour moi, ce n’est pas une finalité. Mais juste un début. Il s’entraîne toujours à fond. C’est la définition du mot travail.

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Andrea Pirlo semble faire de plus en plus confiance aux jeunes joueurs. Quel entraîneur est-il ?
H.R : C’est un coach avec beaucoup de proximité. Il est très proche de ses joueurs, tout en gardant toutefois la distance entraîneur/joueurs. Tout le monde a beaucoup de respect pour lui. Il ne parle pas beaucoup, mais quand il le fait, il est très écouté. Il n’a pas besoin de crier haut et fort. Il donne vraiment de très bons conseils.
Ce but face au Genoa, pour votre première apparition avec l’équipe première, marque-t-il un tournant dans votre carrière ?
H.R : C’était très important pour moi. Sur le coup, j’ai pensé bien évidemment à mes parents et ma famille. Avec l’adrénaline, je ne m’étais même pas rendu compte que je m’étais blessé juste avant. J’ai marqué mon premier but en étant blessé. J’ai reçu énormément de messages après…
Karim Benzema, lui, vous a rendu hommage sur Instagram peu après le coup de sifflet final…
H.R : On habitait dans la même rue. J’étais très ami avec son petit frère. C’est un exemple, on a commencé tous les deux au SC Bron Terraillon. On a eu les mêmes coachs à l’OL, on a joué sur les mêmes terrains… J’ai eu envie de devenir comme lui, en espérant que c’est simplement le début. Karim est passé par là aussi. Il me conseille, il me fait passer des petits mots par ses frères. Quand il rentre à Lyon, on essaie de se voir.
Votre ambition, c’est de vous imposer à la Juve ?
H.R : Ce but a changé beaucoup de choses. Avant, j’étais un joueur des U23 qui pouvait prétendre à jouer avec l’équipe professionnelle. Maintenant, je me suis montré, j’ai marqué… Je me remets de ma blessure puis on verra les objectifs. Le groupe est conséquent en équipe première. Pour les six prochains mois, j’ai la tête à la Juve. J’y suis très heureux et je veux continuer à progresser. C’est vraiment un club qui respire le football. A Turin, tu sens la Juve partout. Et ça ne peut que donner envie de cravacher.
Pourquoi avoir opté pour la sélection tunisienne (il compte une sélection avec l’équipe de France U16 et une en U17, ndlr) ?
H.R : C’est très simple. La Tunisie m’a contacté, la CAN arrive et la Coupe du monde aussi. J’ai participé aux qualifications pour la CAN. La sélection tunisienne m’a donné cette opportunité et j’avais envie de l’accepter, je compte sept sélections aujourd’hui. Il faut redescendre sur terre, je ne suis qu’en U23 pour l’instant. Je joue à la Juve mais je ne suis pas encore en équipe première. Je continue de grandir tranquillement.
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