C'est un peu le remake de la fameuse série "Game of Thrones". Mais cette fois version italienne. Le casting ? Dans le rôle de la reine, aucun suspense : la Juventus Turin. Incontestée depuis maintenant presque une décennie, la "Vieille Dame" n'a jamais cédé son trône malgré les turbulences. Puis il y a ceux qui aimeraient bien lui (re)prendre, certains d'une manière totalement assumée (l'Inter Milan) et d'autres préférant jouer la carte de la discrétion (l'AC Milan, le Napoli, la Lazio, l'Atalanta, la Roma...). Mais l'objectif reste le même pour tout le monde : stopper le règne de la reine et lui chiper sa couronne. Pour l'instant, toujours en vain. Mais si cette fois, le putsch fonctionnait ?
Pour l'heure, une chose est sûre : cette nouvelle saison est réussie. Et à tout pile la moitié, le suspense est à son comble. Plus que jamais, la Juve est en danger. A mi-chemin, et même si elle compte un match en moins (face au Napoli, ndlr), l’équipe d’Andrea Pirlo est reléguée à sept points de l'AC Milan, leader du championnat, et cinq de l'Inter, désignée par beaucoup comme la favorite pour remporter le titre cette saison. Pour destituer la Vieille Dame, les deux clubs lombards ne feront certainement pas alliance. Sur le trône, il n'y a en effet qu'une place. Mais dans leur combat, chacun pousse inconsciemment l'autre à se surpasser. Résultat, la cadence se fait parfois infernale.

19e j. - Conte : "Sept équipes se disputeront le titre jusqu'à la fin de la saison"

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Milan 1er, l'Inter 2e, la Juve 5e : voilà une situation à laquelle la Botte ne s'attendait probablement pas après 19 journées. Même si, au final, aucune équipe n'est réellement distancée. Le Napoli de Gattuso est 6e (un match en moins), la Roma (3e) traverse une mini-crise mais reste à l'affût, l'Atalanta (4e) fait figure d'outsider et la Lazio (7e) commence à rattraper son retard. Bilan des courses : sept équipes en neuf points, une première depuis dix ans. Mais revoir les deux équipes milanaises tout là-haut fait un certain effet. Et peu importe l'issue de ce combat. C'était une habitude que le Calcio avait perdu depuis très (trop ?) longtemps.

Conte, "leader de guerre"

Pour les observateurs, l'Inter reste donc favorite à l'accession au trône. Tout d'abord pour une raison dont les Nerazzurri n'ont pas de quoi fanfaronner : ils ont terminé 4e de leur groupe de Ligue des champions et n'ont donc plus aucune compétition européenne à jouer. Résultat, les voilà avec uniquement le championnat et la Coupe d'Italie à disputer. Pendant que ses rivaux s'épuiseront en milieu de semaine sur la scène européenne (C1 ou C3), Romelu Lukaku et ses coéquipiers, eux, seront devant leur télé. Ils auraient probablement préféré qu'il en soit autrement. Mais dans l'optique du championnat, c'est un avantage.
Puis il y a lui, Antonio Conte. L'entraîneur nerazzurro est certainement celui qui désire le plus ce titre de champion d'Italie. Déjà pour étoffer son palmarès, évidemment. Ensuite (et surtout) pour stopper ce qu'il a lui-même lancé en 2011 : le cycle gagnant de la Juve. Une sorte de vengeance personnelle dont il rêve depuis son départ précipité à l'été 2014 et des incompréhensions avec le président Andrea Agnelli. L'Inter, qui a fait de Conte l'entraîneur le mieux payé du championnat italien avec un salaire net de 12 millions d'euros, n'en attend pas moins. Le 17 janvier dernier, l'ex-technicien de la Juve est d’ailleurs parvenu à battre son ancien club (2-0) pour la première fois de sa carrière d’entraîneur. Un bon début dans sa quête.

Antonio Conte

Crédit: Getty Images

Pour qu’elle soit triomphante, Conte ne compte pas changer de méthode. Le concept est plutôt simple : lui et ses joueurs sont en "mission commando", des ennemis se situent un peu partout (presse, arbitres...) et chaque match est une bataille à gagner. A l'Inter, la quiétude n’est que rarement de passage. Face à l’Udinese (0-0), samedi, l’ancien entraîneur de Chelsea a d’ailleurs de nouveau perdu ses nerfs en fin de rencontre, se faisant exclure par l’arbitre Maresca pour un désaccord sur la durée du temps additionnel. Avant d’en remettre une couche sur le chemin des vestiaires. "C’est un leader de guerre", résumait d’ailleurs très bien la grande plume du journalisme italien Paolo Condo la semaine passée.

Pioli,"leader de paix"

Dans l’autre partie de Milan, celle rouge et noire, Stefano Pioli est quant à lui aux antipodes de son homologue nerazzurro. L’entraîneur de l’AC Milan n’est pas vraiment du genre à lâcher des phrases "fracassantes" en conférence de presse. Ni contre ses adversaires, ni contre les arbitres. "C’est un leader de paix", contrastait Paolo Condo dans sa comparaison avec l’Inter. Celui qui est parfois surnommé "le Normal One", profondément marqué par le décès tragique de son capitaine Davide Astori lors de son passage sur le banc de la Fiorentina, ne devait initialement qu’assurer l’intérim la saison passée. Mais soutenu par tout son vestiaire et le binôme Maldini-Massara, il était parvenu à arracher sa confirmation auprès de l’administrateur délégué Ivan Gazidis, initialement plus favorable à lancer le projet Ralf Rangnick mais finalement convaincu par les prestations et les résultats post-confinement.

Pioli, Ibrahimovic - Milan-Torino - Serie A 2020/2021 - Getty Images

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13 victoires, 4 nuls et 2 défaites : Milan voyage à une moyenne de plus de deux points/match cette saison. Le club lombard, qui a remporté le titre honorifique de champion d’hiver, compte 43 points après la phase aller, mieux que la dernière fois qu’il a été couronné (40 points en 2010-2011). Après des années de galère, le revoilà de nouveau dans les hauteurs du classement. L’objectif initial ? Le top 4 pour connaître à nouveau les grandes soirées européennes de Ligue des champions. Mais aujourd’hui, les Rossoneri se prennent à rêver d’un scudetto encore impensable il y un an. Ils sont d’ailleurs les derniers à l’avoir emporté avant que l’hégémonie de la Vieille Dame ne commence.

La Juve n'a pas dit son dernier mot

A Milan, le groupe "vit bien" comme dirait l’autre. Chaque nouvelle recrue doit être validée par le vestiaire. "L’équilibre est très important, expliquait récemment Paolo Maldini. C’est normal qu’on consulte les joueurs. Les qualités techniques sont évidemment importantes, mais celles humaines aussi. Nous ne voulons pas gâcher ce que le vestiaire a su créer." La recette magique ? Un mélange de jeunes talents (Leao, Tonali, Bennacer etc…) et de joueurs plus expérimentés, comme le très solide Simon Kjaer, le nouvel arrivant Mario Mandzukic… et bien évidemment Zlatan Ibrahimovic.
Le quasi quadragénaire a changé la vie du club lombard depuis son arrivée en janvier 2020. Avec son caractère, sa mentalité, son leadership et ses buts. Sans lui, Milan n’en serait probablement pas là aujourd’hui. Le début de la chute milanaise avait commencé à son départ (et celui de Thiago Silva) pour le PSG à l’été 2012. Elle semble se terminer depuis son retour. Comme si la boucle avait décidé de se boucler. "On se retrouve mardi en Coupe d’Italie", lui a lancé Conte, samedi, en plaisantant sur les ondes de Sky Italia. Depuis son come-back, Zlatan a inscrit trois buts contre l’Inter : un la saison dernière (défaite 4-2) et deux en octobre dernier (victoire 2-1). Un derby dans le derby pour lui, passé de 2006 à 2009 du côté de la Beneamata.

Ibrahimovic, le roi du derby

Après ce derby de Coupe, il n'en restera plus qu'un en championnat d’ici un mois. Relégué à deux points, l’Inter rêve de dépasser Milan depuis plusieurs semaines. En vain. Alors, chaque week-end, l’un regarde le résultat de l’autre du coin de l’œil. En espérant recevoir la bonne nouvelle d’un faux pas. Samedi dernier, les deux meilleurs ennemis en ont commis un en même temps : une défaite cinglante (0-3) pour Milan face à l’Atalanta, un nul décevant de l’Inter à Udine (0-0). La grande gagnante ? La Juve, évidemment, facile face à Bologne le lendemain (2-0). Jusqu’à preuve du contraire, c’est toujours elle la reine. Et elle n’a pas dit son dernier mot.
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