Jürgen Klopp n’aura même pas à se précipiter pour rentrer chez lui, s’installer tranquillement dans un canapé qu’on imagine spacieux et regarder la finale de la CAN, cette compétition qu’il avait qualifiée maladroitement de « petit championnat » quelques semaines avant le coup d’envoi de la compétition. Dimanche, Liverpool recevra à Anfield Road Cardiff City en Coupe d’Angleterre à un horaire – 13 heures – largement compatible avec les promesses d’une soirée africaine enflamée.
Le sympathique entraîneur allemand des Red, un peu grognon au moment de libérer ses internationaux africains au cœur de l’hiver (Salah, Mané et le Guinéen Naby Keita, ndlr), n’a pas encore dit s’il avait une préférence pour l’Egypte ou le Sénégal lors de cette finale, ce qu’il se gardera probablement de faire, au moins publiquement, puisque cela reviendrait à choisir entre ses deux fils.
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Il sait aussi que mardi, le temps que ses deux stars fassent leurs bagages et rentrent en Angleterre, il lui faudra consoler une des deux. "Dire qu’il devait prier pour qu’ils reviennent le plus vite possible à Liverpool… Il va les récupérer au dernier moment, à quelques jours d’un huitième de finale de Ligue des champions (le 16 février face à l’Inter Milan en Italie, ndlr). Un sera heureux, l’autre abattu, et tous les deux fatigués. Je ne pense pas que Klopp soit fou de joie à l’heure qu’il est", se marre Ferdinand Coly, l’ancien défenseur des Lions de la Teranga, et membre historique de la génération 2002, finaliste de la AN et quart de finaliste de la Coupe du Monde. Depuis le début du mois de janvier, date à laquelle les internationaux africains évoluant en Angleterre ont rejoint leurs sélection nationale, les Reds ont dû se passer de Mané et Salah, qui pèsent à eux deux 33 buts et 10 passes décisives toutes compétitions confondues depuis le début de la saison, pour le plus grand plaisir d’Aliou Cissé et Sarlos Queiroz, les sélectionneurs respectifs du Sénégal et de l’Egypte.

Mohamed Salah et Sadio Mané (Liverpool)

Crédit: Getty Images

"Mané encore plus décisif que Salah"

Car depuis le début de la CAN, les deux attaquants ont joué un rôle primordial dans les parcours parallèles des deux finalistes. "Je trouve que Mané est encore plus décisif que Salah. Il a inscrit le penalty qui a permis au Sénégal de battre à la dernière minute le Zimbabwe (1-0) au premier tour, et sans ce but, il ne se serait sans doute pas qualifié. Il a marqué face au cap Vert (2-0) en 8e de finale, a été passeur décisif face à la Guinée Equatoriale (3-1) et a fait les deux contre le Burkina Faso en demi-finale, où il a sans doute réalisé une des meilleures prestations de sa carrière avec la sélection. Il est vraiment au niveau auquel on l’attendait", poursuit Coly.
Auteur de trois buts et deux passes décisives, Mané ne déçoit pas. L’ancien Messin se montre influent et impliqué, une attitude perçue comme un atout supplémentaire par les Sénégalais avant le choc de dimanche. "On a souvent dit que si le Sénégal veut devenir champion d’Afrique, c’est avec Mané au top niveau. Sur ce qu’il montre depuis un mois, il y a de quoi être optimiste, mais les Egyptiens s’appuient sur une défense de fer (2 buts encaissés), et sont réputés pour savoir parfaitement disséquer le jeu de leurs adversaire", intervient l’ancien gardien international Omar Diallo.

Sadio Mane

Crédit: Getty Images

Retrouvailles en mars

Dans le camp d’en face, le rayonnement de Salah est moins flamboyant, mais le capitaine des Pharaons a su se montrer décisif quand il le fallait. Plutôt discret au premier tour, sauf face à la Guinée-Bissau (1-0) contre qui il a inscrit le seul but du match, le deuxième meilleur buteur de l’histoire de la sélection (47 buts) a transformé le penalty qui a précipité l’élimination de la Côte d’Ivoire en huitième de finale (0-0, 5-4 aux t.a.b), avant de réussir le match presque parfait en quart face au Maroc (2-1), en égalisant puis en offrant le deuxième but à Trezeguet lors de la prolongation.
"Il est capable de réaliser le geste décisif à n’importe quel moment, même s’il a pu être discret lors des minutes précédentes, intervient Patrice Neveu, le sélectionneur français du Gabon. On a affronté les Egyptiens et Salah lors du deuxième tour des qualifications pour la Coupe du Monde (1-1, 1-2). A chaque fois, nous n’avions pas l’impression d’être inférieurs à eux, mais au final, ils ont pris quatre points et ce sont eux qui vont disputer le dernier tour. L’erreur à ne pas faire, avec un joueur comme Salah, c’est de se focaliser sur lui. Oui, il faut le surveiller de très près, comme c’est une équipe qui peut se montrer à la fois joueuse et truqueuse, sans jamais dépasser les limites, le danger peut venir de partout, mais souvent de Salah."
Et si Jürgen Klopp se découvre dimanche une passion subite pour le football africain, il pourra se bloquer deux nouvelles soirées, au mois de mars prochain, avec la perspective de regarder ses deux joueurs se croiser deux fois en l’espace de quelques jours. Le 22 janvier dernier, le tirage au sort du troisième tour des qualifications pour la Coupe du Monde 2022 a accouché notamment d’Egypte-Sénégal. "Et le vainqueur de la finale dimanche prendra forcément un avantage psychologique", suppose Diallo. Klopp n’a pas fini de prêter son mouchoir…
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