Ce jeudi matin, à Montpellier, le centre d’entraînement Bernard Gasset baigne dans une humeur badine. Le temps printanier et la victoire héroïque arrachée contre Monaco dimanche aident à détendre l’atmosphère. Au milieu de l’effectif professionnel qui travaille devant le but, Téji Savanier est comme un poisson dans l’eau. Il s’amuse parmi ses coéquipiers, ajuste les gardiens de frappes croisées et de lobs au millimètre. Et surtout chambre, chambre et chambre encore. Tout le monde y passe de la frappe dans les nuages de Jordan Ferri (“oh ! attention aux voitures quand même”) au contrôle hésitant de Mamadou Sakho.
Pour clore la séance, "Couille", comme le surnomment ses coéquipiers, finit dans le but. "Je vous préviens, il n’y a rien qui passe. Même si je dois y laisser une épaule, j’ai ma fierté de gitan." A 30 ans, le capitaine du MHSC rayonne sur le terrain et vit son rêve de gosse dans son club de coeur. Entretien avec un homme épanoui, élu meilleur joueur de L1 en décembre, que rien ne peut contrarier. Pas même sa suspension ce samedi pour le 8e de finale de la Coupe de France face à l'OM.
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15/05/2022 À 18:26
Vous venez d’être élu meilleur joueur du mois de décembre en Ligue 1, êtes-vous au sommet de votre art ?
T.S. : Au sommet, je ne sais pas. Ce que je sais, en revanche, c’est que je me sens bien sur le terrain. Ce trophée acquis, en plus devant Kylian Mbappé, me fait énormément plaisir. C’est très important et j’en suis fier.
Vous êtes-vous déjà senti aussi fort ?
T.S. : J’ai aussi des passes moins bonnes mais je joue à un poste que j’adore, en numéro 10. Je suis fier d’apporter à Montpellier comme je le fais aujourd’hui. Mon changement de position sur le terrain m’a fait franchir un cap cette saison, je suis plus vite vers l’avant et plus proche du but. Ça me permet de mettre des frappes et des passes décisives.
On a l’impression que les départs de Delort ou Laborde, qui auraient pu vous affaiblir car on connaît vos liens avec eux, vous ont quasiment rendu plus fort.
T.S. : On a été tristes de perdre Gaëtan et Andy. Ce sont deux très bons attaquants mais surtout deux très bons amis. Ils ont décidé de partir, je ne vais pas leur faire la tête pendant 50 ans non plus. C’est comme ça. On a recruté des joueurs qui font très bien le boulot. Ça permet aussi à d’autres de se montrer comme Stephy (ndlr : Mavididi) qui fait un super début de saison. On est fier de ce qu’on fait, de montrer les valeurs du club et de la Paillade.

Téji Savanier (Montpellier) prend la pose devant Jordan Ferri

Crédit: Getty Images

Comment vivez-vous cette saison ? Tous ces éloges à chacune de vos prestations ? Vous êtes, à 30 ans, le joueur à la mode.
T.S. : Je le vis très bien. Vous savez, je ne suis pas le genre de joueur qui se prend la tête avec ce genre de choses. C’est moi. Je ne changerai pas à cause de la médiatisation ou parce que je fais de bons matches. Je suis simple, je reste qui je suis. Beaucoup de gens me disent que j'ai la pression parce que je fais des bons matches, parce que je suis capitaine. Mais non, je joue mon football et je prends du plaisir.
Il y a cinq ans, j’étais en L2 et aujourd’hui, je suis meilleur joueur du mois en L1
Est ce qu’on savoure encore plus quand on a galéré et qu’on s’est révélé sur le tard ?
T.S. : Ça me rend fier. Il y a cinq ans, j’étais en Ligue 2 et aujourd’hui, je suis meilleur joueur du mois en Ligue 1. Alors oui, je suis fier. C’est une belle ascension. J’espère que ça ne va pas s’arrêter là. Me croire arrivé, ce n’est pas du tout ma mentalité. La confiance que j’ai en moi et celle du club ou du coach, ça fait de grosses différences. Je me sens bien avec mon club, mes coéquipiers. Il n’y a rien de plus important.
Quand est-ce que votre carrière a basculé selon vous ?
T.S. : Avec Nîmes, la montée en Ligue 1 a été décisive pour moi. J’ai connu le haut niveau il n’y a pas si longtemps finalement. Quand j’ai affronté des joueurs qui avaient un nom en L1, j’ai commencé à me dire pourquoi eux et pas moi. Ça m’a donné des ailes. J’ai su à ce moment-là que c’était à moi de me faire mon petit nom en Ligue 1.
Est-ce que vous avez douté à un moment, notamment quand le haut niveau se refusait à vous ?
T.S. : Je n’ai jamais vraiment douté. J’ai signé à Nîmes deux jours après la liquidation judiciaire d’Arles. Je ne pensais pas à la L1 à ce moment-là. J’avais des kilos en trop, j’étais crevé à la fin des matches. Avec le temps, quand on est monté en L1, je me suis dit : c’est jouable. C’était un rêve, aujourd’hui, j’y suis arrivé. J’espère que ça va continuer.

Téji Savanier (Montpellier)

Crédit: Getty Images

Si je ne prends pas de plaisir ici, je le prends quand ?
J’ai envie de comprendre ce qu’il se passe dans votre tête quand vous jouez. Qu’est-ce qui vous guide : le plaisir pur ?
T.S. : Il faut prendre du plaisir, c’est la base. Mon régal, c’est me lever chaque matin et me dire que je vais venir jouer au foot ici. Jouer à La Mosson, être capitaine, au milieu de tout ça… franchement… Si je ne prends pas de plaisir ici, je le prends quand ?
Quelle est la part d’instinct et de travail dans le jeu ?
T.S. : Je joue à l’instinct, sans réfléchir. Comme dernièrement, contre Troyes, je n’ai pas réfléchi et j’ai pris un rouge. C’est moi… Je suis comme ça, faut faire avec.
D’où vient cet amour du beau geste ?
T.S. : Ça vient de mon quartier. Quand j’étais jeune, j’aimais faire râler les grands. Quand je réussissais mon dribble, les plus vieux essayaient de m’attraper pour me frapper. Aujourd’hui, sur le terrain, j’essaie de retranscrire ça. En fait, j’essaie de faire péter les plombs à l’adversaire comme quand j’étais petit au quartier. Après, en Ligue 1, il y a beaucoup de joueurs d’expérience, c’est plus difficile mais j’essaie (rires)... Quand ça passe, c’est joli.
Montpellier affronte Marseille en Coupe de France samedi. Dimitri Payet est peut-être le joueur qui vous ressemble le plus en Ligue 1. Que pensez-vous de lui ?
T.S. : Je vais être honnête, je ne regarde jamais de foot à la maison mais je regarde ses vidéos. C’est un super joueur. On sait ce qu’il a fait avec l’équipe de France. C’est un joueur de foot, à l’instinct. C’est un régal de le voir.

Teji Savanier : "Verratti était mon idole"

Vous appartenez à la même famille de joueurs…
T.S. : (il coupe) Oui mais je ne vais pas dire que je me vois en lui… C’est Payet, il a joué en équipe de France, dans de grands clubs... Il a son personnage, j’ai le mien. C’est un très très bon joueur.
Qui sont vos modèles, vos inspirations ?
T.S. : Le joueur qui m’a inspiré, c’est Zidane. C’est un 10, le meilleur joueur au monde, un Français en plus. C’était mon modèle.
Verratti, c'était un peu mon idole
Et parmi les joueurs créatifs aujourd’hui les De Bruyne, Messi, Neymar…
T.S. : Non… Je n’ai pas d’autres modèles. Ou alors Marco Verratti quand je jouais plus bas. Il a cette capacité à garder le ballon et se régaler. C’était un peu mon idole.
Umut Bozok, Andy Delort, Gaëtan Laborde : ils ont tous connu le meilleur moment de leur carrière avec vous. Aujourd’hui, Mavididi explose, Wahi aussi… C’est ça aussi votre plaisir, votre but dans ce jeu : faire exploser vos attaquants.
T.S. : J’ai toujours joué pour faire briller mes coéquipiers. C’est une fierté de faire marquer un collègue. Je préfère ça que marquer moi-même, je trouve ça plus classe, plus joli.
Laurent Nicollin, dimanche, a déclaré : "Téji Savanier a envie de rester, et j'ai aussi envie qu'il reste". Votre prolongation est donc réglée ?
T.S. : Ce n’est pas réglé. On va discuter de tout ça dans les jours qui viennent et on verra ce qu’il se passera. Il me reste un an et demi de contrat…
Si je peux être capitaine le jour de l’inauguration du stade Louis-Nicollin, je ne vous explique pas les frissons…
Ça vous plairait d’incarner le futur de Montpellier, d’être le premier capitaine du MHSC dans le stade Louis-Nicollin en 2024 ?
T.S. : Oui, ce serait une grande fierté. On est en train de voir les différents projets avec le président. Celui-ci me tient à coeur. Si je peux être capitaine le jour de l’inauguration du stade Louis-Nicollin, je ne vous explique pas les frissons…
Vous avez 30 ans, vous n’avez jamais joué la Ligue des champions. A Montpellier, ça risque d’être difficile. Est-ce que ça reste un objectif ?
T.S. : C’est un rêve pour tous les joueurs. Ressentir la sensation, cette musique… Je l’ai vécu en tant que supporter à La Mosson. Rien que dans les tribunes, j’avais des frissons partout. J’espère le vivre un jour. Avec Montpellier, ce serait le mieux.
Bernard Blaquart, votre ancien entraîneur à Nîmes, nous racontait : “Je me souviens d'une discussion que j'avais eue avec Téji avant qu'il parte de Nîmes. Je lui ai dit : tu n'as pas d'autres ambitions ? Avec tout le respect que j'ai pour Montpellier, je le voyais plus haut."
T.S. : (il coupe) Je me souviens de cette discussion. Je lui ai dit que mon rêve, c’était de jouer à Montpellier. Si je pouvais y aller, pourquoi m’en priver ? C’était le premier à le savoir parce qu’il était mon coach, je me devais d’être transparent.

Prolongera ? Prolongera pas ? Téji Savanier se confie sur son avenir au micro d'Eurosport

Qu’est que vous répondez à Mamadou Sakho quand il dit que votre carrière est un gâchis et que vous auriez pu jouer dans de très grands clubs ?
T.S. : Il me l’a déjà dit. C’est agréable d’entendre ça de la bouche d’un tel joueur. Mais je ne me pose pas ce genre de questions. Aujourd’hui, je suis à Montpellier. Demain, je ne sais pas où je serai. Il me reste un an et demi de contrat. On verra.
Quand vous voyez Guendouzi, Tolisso ou Rabiot, vous ne vous dites pas qu’il y a de la place pour Savanier, le meilleur joueur du mois en L1, en équipe de France ?
T.S. : Je n’aime pas me comparer. Après, on va dire que Téji se croit plus fort qu’un tel ou un autre. S’ils sont sélectionnés, c’est qu’ils le méritent. Je bosse de mon côté. Si ça doit venir, ça viendra. Je ne me prends pas la tête avec Guendouzi, Tolisso… Tant mieux pour eux. Je ne vais pas m’arrêter de rêver.
La Coupe du monde ? Un rêve d'y participer
Est-ce que la Coupe du monde au Qatar en novembre est un objectif ?
T.S. : Ça reste un rêve d’y participer. J’ai 30 ans, après, ce sera trop tard. Si je suis bon avec mon club, je laisserai faire le sélectionneur. Je ne me prends pas la tête.
Avez-vous déjà discuté avec Didier Deschamps ?
T.S. : Non je n’ai jamais discuté avec lui.
Si vous aviez un message à lui faire passer…
T.S. : Bonjour et bonne chance (rires).
Aucun joueur n’a connu sa première sélection à plus de 30 ans depuis 2008 et Steve Savidan. Mais vous avez un parcours singulier donc…
T.J. : Ça reste un rêve. Mais ce n’est pas ma priorité. Ma priorité, c’est de faire de bons matches avec mon club. Si je suis bon avec Montpellier, Deschamps me regardera.
Quel est votre plus grand rêve aujourd’hui ?
T.J. : Être européen avec Montpellier. Si ça arrive, je serai le joueur le plus heureux du monde.

Teji Savanier (Montpellier) face à FC Metz

Crédit: Imago

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