Ce sont des noms peu connus voire inconnus du public français. Ce sont pourtant eux qui bataillent actuellement avec André-Pierre Gignac. Ils s'appellent José Saturnino Cardozo, Cabinho, et Carlos Reinoso. L'enjeu : la postérité, avec un titre honorifique de meilleur étranger de l'histoire du championnat mexicain. Faisons les présentations, par ordre chronologique.
Tout d'abord, le Chilien, Reinoso, qui a régné sur les années 70 comme meneur de jeu de l'América, le club le plus puissant du pays. Surnommé El Maestro, il a remporté deux titres de champion du Mexique à une époque où les tournois s'étiraient sur une année - ils sont aujourd'hui semestriels - et inscrit 88 buts en 297 matches. Mais c'est surtout sa justesse technique, ses qualités créatives, qui en font un mythe.
Cabinho est, lui, Brésilien, et a les chiffres de son côté. Avec 312 buts en 427 matches entre 1974 et 1987, l'ex-joueur de Pumas, Atlante, León, et Tigres, est tout simplement le meilleur buteur de l'histoire du football mexicain. Huit fois meilleur réalisateur du championnat, là aussi à l'époque des tournois annuels, sa moyenne de 0,73 but par match parle d'un avant-centre d'exception.
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Enfin, référence plus contemporaine, le Paraguayen José Saturnino Cardozo a inscrit 249 buts en 326 matches (0,76 de moyenne) entre 1994 et 2005. Arrivé à 24 ans au Mexique, quatre fois meilleur buteur, il a aussi réalisé la saison la plus prolifique de l'histoire du championnat avec 29 buts en 19 matches, lors du tournoi d'ouverture 2002. "Gignac est un joueur extraordinaire, le meilleur attaquant de la LigaMX, nous dit l'idole paraguayenne, mais même s'il est difficile de comparer les époques je crois que pour être à notre hauteur, il faudrait qu'il atteigne au moins la barre des 200 buts. Car, au final, les numéros ne mentent pas."

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Gignac est toujours là quand ça compte

Autrement dit, Gignac, avec ses 143 buts en 238 matches (ratio de 0,6 but par match) a encore du chemin à parcourir pour être considéré comme le plus éminent représentant des joueurs nés hors des frontières mexicaines. "C'est sans aucun doute le meilleur footballeur actuel, et qu'il soit français rend son histoire plus pittoresque, relève Luis García, ex-attaquant de l'Atlético Madrid et d'El Tri, mais le Mexique a accueilli nombre de grand joueurs sud-américains au cours de son histoire et je ne crois donc pas que Gignac puisse être considéré comme le plus grand."
Au Mexique, la question anime pourtant régulièrement les tables de talk-show. Car si quantitativement, le Français ne peut pas rivaliser avec Cardozo ou Cabinho, il aurait son mot à dire si l'approche devenait qualitative. En cinq ans et demi sur le territoire mexicain, APG n'a ainsi été sacré que deux fois meilleur buteur de la saison (tournoi fermeture 2016, tournoi ouverture 2018), mais il a souvent fait la différence lors des phases finales.
Lundi dernier, son penalty inscrit en demi-finale de Coupe du Monde des clubs face à Palmeiras (1-0) a ainsi permis à Tigres de devenir le premier club mexicain à atteindre la finale de la compétition, après quinze tentatives infructueuses depuis 2000, de la part des Chivas, de l'América, ou des Rayados, l'autre club de Monterrey. Au Qatar, APG est d'ailleurs pour le moment l'unique buteur auriazul puisqu'il avait aussi été l'auteur des deux réalisations des siens en quart de finale face à Ulsan Hyundai (2-1).
Dans les quatre titres de champion des Tigres remportés depuis 2015 (tournoi ouverture 2015, 2016, 2017, et tournoi de fermeture 2019), le goleador français a aussi tenu un rôle central. Il est ainsi un habitué des buts inscrits en Liguilla, ces play-offs qui concluent les tournois au Mexique : 23 réalisations au total, dont six buts en finale (en dix matches). "Tigres a gagné ses titres grâce à Gignac, considère Cardozo, car quitte à paraître simpliste, pour gagner des titres, il faut des buts. En plus, Gignac est un leader, un joueur de tempérament, qui tire ses coéquipiers vers le haut."
Il ne faut pas oublier qu'il est aussi très bien entouré
"Grâce à ses buts, mais aussi sa personnalité, son rôle est primordial dans les succès de Tigres, abonde Luis García, mais il ne faut pas oublier qu'il est aussi très bien entouré." André-Pierre Gignac est, en effet, arrivé à un moment de l'histoire où Tigres, ce club riche mais rarement inspiré dans ses choix de joueurs, a commencé à mieux recruter. Et pour durer, l'employeur d'APG sait aussi bien utiliser son portefeuille pour retenir ses meilleurs éléments.

Gignac au Mondial des clubs lors de Palmeiras - Tigres

Crédit: Getty Images

On pense aux internationaux argentin, Nahuel Guzmán et Guido Pizarro, même si ce dernier a fait un court crochet par le FC Séville (2017-2018), ou aux internationaux mexicains, Javier Aquino, Jesus Dueñas, ou Hugo Ayala. On pense aussi évidemment au volcanique entraîneur brésilien, Ricardo El Tuca Ferretti, sur le banc depuis 2010. Un très long bail lors duquel il a amorcé le redressement du club, avec un premier tire en 2011, avant que l'apport de Gignac ne fasse entrer le club dans un âge d'or.
Avant APG, Tigres n'avait ainsi remporté que trois titres nationaux, et en compte désormais sept. Le meilleur buteur de l’histoire du club est d'ailleurs aussi largement reconnu comme le meilleur joueur de l’histoire des universitarios. Au Mexique, les succès à répétition des Tigres, un club mineur au plan national jusqu'au début des années 2010, peuvent toutefois agacer. La presse de Mexico s'obstine ainsi à refuser d'en faire un "grand" du football mexicain, et chaque revers auriazul, qui a notamment échoué trois fois en finale de la Ligue des champions de la Concacaf (2016, 2017, 2019), est utilisé pour rappeler au club qu'il n'est pas un historique du championnat.

Gignac, plus qu'un buteur

Idole absolue des supporters auriazules - un projet de statue du Français devant le stade universitario est même en cours - Gignac peut aussi agacer le supporter mexicain moyen. "Beaucoup estiment qu'il se permet tout sur le terrain, que les arbitres sont trop cléments avec lui, indique ainsi Fredi Figueroa journaliste d'El Economista, mais même ceux qui le trouvent arrogant le respectent comme joueur, personne ne remet en cause son niveau."

Andre-Pierre Gignac nez à nez avec Alexander Callens lors de Tigres - New York City, le 15 décembre 2020

Crédit: Getty Images

Ces dernières années, l'ex-buteur de l'OM a même enrichi sa panoplie. Toujours obsédé par le but, il participe désormais davantage au jeu, et décroche même parfois en position de n°10 pour amorcer les offensives et plus seulement se retrouver à leurs conclusions. "Gignac dicte le rythme de son équipe" a même considéré le Brésilien Kaka, invité au Qatar par la FIFA. Sans doute moins rapide qu'en 2015, Gignac est, en effet, devenu un attaquant plus complet mais toujours aussi efficace. "A un moment il va bien finir par décliner, prévient Cardozo, mais aujourd'hui on sent que sa passion est intacte."
"D'ailleurs, pour moi, une clé de sa réussite au Mexique, dans un football très dynamique, c'est qu'ici il faut aimer courir, poursuit l'ex-buteur paraguayen, et lui a compris cela." A 35 ans, c'est toutefois le temps qui court maintenant contre l'ex-Marseillais, même si une prolongation de contrat est en vue, alors que son engagement avec Tigres arrive à son terme au mois de juin. D'ici là, il a l'occasion ce jeudi (19h), de marquer encore davantage l'histoire de son club mais aussi du football mexicain, dont les seuls succès à l'international sont de multiples Gold Cup et Ligue des champions de la Concacaf. "Mais quoiqu'il arrive, son nom perdurera dans l'histoire du football mexicain" conclut Cardozo.
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