Huit buts en deux rencontres, une première phase de poules bouclée à la première place, l’équipe de France aborde les huitièmes de finale avec de nombreux voyants au vert. Au-delà des résultats, l'efficacité de son jeu a marqué les esprits. Analyse.

Valbuena, l'indispensable

Pour leur entrée en lice dans le tournoi face au Honduras, les Bleus s'attendaient à une opposition rugueuse et ils n'ont pas été déçus. Les joueurs d'Amérique Centrale ont abandonné le ballon, préférant attendre les Français dans leur moitié de terrain. Forcés de faire le jeu, ces derniers se sont appuyés sur le trio Varane-Cabaye-Sakho pour effectuer la relance, et les relais de Mathieu Valbuena dans l'entrejeu. Le Marseillais suppléait ainsi Matuidi et Pogba, bloqués par l'organisation hondurienne, et permettait à Benzema et surtout Griezmann de focaliser leur attention et leurs déplacements sur le dernier tiers du terrain. 
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S'il n'a pas marqué ce jour-là, l'influence de Valbuena sur le jeu s'est confirmée par sa non-présence sur le terrain face à l'Equateur. Laissé sur le banc mercredi, il a pu constater que sans lui, les Français manquaient de liant au milieu. Au lieu de peser sur les défenses, les autres attaquants doivent décrocher pour pallier à son absence entre les lignes adverses. Résultat, beaucoup moins de projections vers l'avant et d'appels en profondeur, et un jeu latéral qui finissait par des centres de Digne ou Sagna sur les ailes. 
Offensivement, le style de jeu des Bleus est à l'image de leur nouveau meneur de jeu : les "contrôle-passe" s'enchaînent et, surtout, les joueurs se déplacent dans les espaces sitôt le ballon donné. Celui-ci circule plus vite que les hommes et les tentatives de dribbles se font rares, à moins que le porteur de balle ait le champ libre pour faire parler sa puissance (Pogba, Matuidi). La liberté de déplacements des trois attaquants peut parfois rappeler l'Allemagne, avec son trio Muller-Özil-Götze, avec toutefois une plus grande participation offensive des latéraux. Dans l'entrejeu aussi, les projections de Matuidi peuvent être comparées à  celles effectuées par Khedira face au Portugal. 

Blaise Matuidi, lors de France-Equateur - Coupe du monde 2014

Crédit: Panoramic

Une grande variété tactique 

Mais comme l'Allemagne, les Bleus peuvent avoir du mal sur attaque placée comme face à l'Equateur. Une constante pour quasiment toutes les "grandes nations" dans ce tournoi. De la Mannschaft à la Belgique, du Brésil aux Pays-Bas, les principaux favoris de ce premier tour ont eu du mal à prendre à défaut des blocs regroupés dans leur moitié de terrain. Après leur victoire aisée face au Honduras, les Bleus avaient un test très attendu à ce niveau face à la Suisse, mais la rapide sortie sur blessure de Von Bergen leur a facilité la tâche, tout comme la présence de Giroud aux avants-postes.
Face à un bloc resserré et un milieu efficace porté par l'activité du duo napolitain Inler - Behrami, Didier Deschamps avait bien préparé son coup. En faisant entrer l'attaquant des Gunners pour aller "au combat" avec la défense adverse, il a offert à ses trois relanceurs (toujours Varane-Cabaye-Sakho) la possibilité de jouer long pour mettre le jeu dans le camp adverse, et éviter ainsi de perdre des ballons dans l'axe où ses hommes étaient attendus. Le poids de Giroud sur la défense, les solutions offertes par Benzema et Valbuena et la présence de Sissoko et Matuidi au pressing sur les seconds ballons ont rapidement eu raison des ambitions suisses, refroidies après les deux buts en deux minutes inscrits au sortir du premier quart d'heure. Ce match face à la Suisse est la preuve de la richesse du groupe France, qui peut s'appuyer sur des profils différents selon les situations.

Matuidi et le pressing

Défensivement aussi, les Français ont abordé ce second match en procédant quelques ajustements. Face au Honduras et à l'Equateur, l'équipe se replaçait au niveau de la ligne médiane à la perte de balle, déclenchant le pressing depuis l'entrejeu et les sorties de Matuidi. Contre la Suisse en revanche, les Bleus ont laissé venir leurs adversaires sur les côtés afin de les contrer ensuite. Coulissant sur la largeur avec Cabaye, Matuidi et Sissoko bloquaient les couloirs et lançaient le pressing, puis les ballons ressortaient rapidement sur Benzema, Valbuena ou Giroud, qui menaient les contres en exploitant les espaces dans le dos des latéraux adverses. Bref, une petite adaptation tactique pour prendre la Nati à son propre jeu, elle qui comptait notamment sur les montées de Lichtsteiner pour faire la différence. 

Evra, Giroud et Cabaye se voient-ils déjà en finale ?

Crédit: Panoramic

Sans le ballon aussi, les Bleus sont "à la mode" dans ce Mondial. Excepté le Chili de Sampaoli, rares sont les équipes qui effectuent un pressing "total" sur la relance. Comme quasiment toutes les autres sélections, la France se replie dans sa moitié de terrain et cherche à bloquer la transition de son adversaire grâce à l'activité de ses milieux. Un choix qui renvoie au comportement de l'équipe lorsqu'elle est en possession du ballon. A quoi bon vouloir absolument le récupérer si les attaques sont difficiles à placer ? Attendre l'adversaire, jaillir au bon moment et développer du jeu rapide sitôt le ballon gagné semble être la recette pour réussir dans ce tournoi, jusque-là en tout cas. A ce niveau, c'est Cabaye qui sort du lot côté français par sa capacité à prendre la bonne décision rapidement pour lancer les contres (vu face au Honduras et à la Suisse). 
Si les Français sont efficaces à la récupération au milieu de terrain, c'est aussi parce qu'ils peuvent s'appuyer sur une défense qui n'a pas concédé grand-chose sur les longs ballons adverses. Sakho et Varane ont régné en maître sur les deux premières sorties des Bleus, dominant dans les airs et facilitant ainsi le travail de récupération de leurs partenaires. Un luxe pour la sélection de Didier Deschamps dans une compétition où les défenseurs centraux ne sont pas forcément à la fête. Toutefois, la faiblesse des attaquants honduriens et suisses oblige à relativiser, surtout au sortir d'un match face à l'Equateur où le seul Enner Valencia a posé beaucoup de problèmes à l'ancien défenseur du PSG. 
Face au Nigéria en huitième de finale, les Bleus vont, en plus, retrouver des attaquants en bonne forme depuis le début du Mondial. Seul en pointe, Emmanuel Emenike a normalement les qualités pour répondre au défi physique proposé par l'arrière-garde des Bleus. Face à l'Argentine, son entente avec Musa a fait beaucoup de dégâts dans la défense de l'Albiceleste. Capable de peser sur la défense, le premier est un relais très efficace pour les percées du second, qui part de l'aile pour finir l'axe. Jusqu'ici épargné par leurs adversaires, les latéraux français vont eux aussi passer un vrai test lors de ce huitième de finale. Et, en attendant un adversaire direct de renom, Cabaye aura certainement du travail supplémentaire pour leur venir en aide.

Benzema, Koscielny et encore Varane arrivent à l'échauffement

Crédit: Panoramic

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