Coupe du monde - Un pas de plus vers un Mondial en Arabie Saoudite en 2030 ?

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A-t-on franchi une étape de plus vers une attribution de la Coupe du monde 2030 à l'Arabie Saoudite ? Après le Qatar en 2022, nous n'en sommes plus très loin puisque la puissance du Golfe s'est trouvée un allié de choix sous l'oeil protecteur du président de la FIFA, Gianni Infantino : l'Afrique. Philippe Auclair vous explique les dessous d'un accord qui pourrait changer beaucoup de choses.

Les fans de l'Arabie Saoudite lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar.

Crédit: Imago

En d'autres temps, et d'autres circonstances, l'annonce de la signature d'un Memorandum of Understanding (protocole d'accord) entre une fédération de football et une confédération ferait l'objet d'une dépêche d'agence et rien de plus. On baillerait à sa lecture et on passerait très vite à d'autres choses.
Mais les temps, les circonstances, et l'identité des signataires du protocole d'accord en question exigent que, cette fois, on fasse une pause et tâche de comprendre pourquoi l'événement n'avait rien n'anodin; qu'il s'agissait en fait d'un nouvel épisode, peut-être déterminant, dans l'histoire d'une quête : celle de la Coupe du monde, par l'Arabie Saoudite, co-signataire de ce protocole avec Patrice Motsepe, actuel président de la Confédération Africaine de football, ou CAF.
De cela, il n'est évidemment pas question dans le communiqué publié à l'occasion par l'instance africaine, rédigé dans le style de mise dans le monde diplomatique. "Le protocole d'accord entre la CAF et la SAFF (la fédération saoudienne) souligne la forte volonté des deux organisations de développer des initiatives innovantes et qui visent à long terme à élever le niveau de compétition du football et à développer les compétences des administrateurs du football".

Avant l'Afrique, la Chine, l'Inde ou la Croatie...

De plus, la fédération saoudienne a multiplié ce genre de protocoles d'accord depuis deux ans. La Chine avait ouvert le bal en octobre 2021, puis avaient suivi la Côte d'Ivoire, le Koweit, l'Inde, la Croatie - en marge du Mondial qatari -, Singapour, l'Equateur, le Népal et, il y a quelques jours seulement, le Vietnam et le Botswana. En quoi celui-ci serait-il plus significatif ?
Tout d'abord, en ce qu'il n'engage pas qu'un pays, mais tout un continent, un continent qui pèse 54 voix sur 211 à la FIFA et a souvent fait bloc quand il s'est agi de prendre les plus importantes de ses décisions, comme choisir le pays-hôte d'une Coupe du monde, par exemple.
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Video credit: Eurosport

Ensuite, parce que le football de ce continent est sous tutelle de la FIFA depuis la régence de sa Secrétaire Générale Fatma Samoura, qui fut imposée par Zurich en 2019, la mise à l'écart du président malgache de la CAF Ahmad Ahmad qui survint un an plus tard, et son remplacement en 2021 par un ami personnel et allié de Gianni Infantino, le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe.
Lequel Motsepe, aussitôt après son élection, "choisit" pour secrétaire-général le Suisse d'origine congolaise Véron Mosengo-Omba, ancien responsable des Associations Membres et la FIFA, lequel se trouve aussi avoir fréquenté la même université que le jeune Infantino. Lequel Motsepe donna son accord à un bouleversement presque total de l'organigramme de sa confédération et le remplacement de la plupart de ses administrateurs-clé, tous africains, par des nouveaux-venus recrutés via Zurich autant que le Caire, dont un nombre conséquent étaient européens, italiens en particulier.
Là est le paradoxe africain. C'est précisément parce que l'Afrique, forte de ses 54 voix, doit être une des assises du pouvoir du football global qu'elle se trouve affaiblie, parce son football n'a pas les moyens de faire autrement : l'argent qui le fait vivre ou survivre est viré de comptes suisses. Par conséquent, ce que Zurich veut de l'Afrique, Zurich l'aura.

La bénédiction d'Infantino

En 2023, qui fait affaire avec la CAF doit faire affaire avec la FIFA, et si la CAF s'est engagée à faire affaire avec les Saoudiens, c'est avec la bénédiction de l'organisation de Gianni Infantino, ce qui n'a d'ailleurs rien d'étonnant quand on sait - un exemple parmi bien d'autres - que c'est l'Arabie saoudite qui devait financer le projet pharaonique du Mondial des Clubs biennal auquel Gianni Infantino tenait tant avant qu'un tollé unanime le force à faire machine arrière.
De quelque angle qu'on le considère, ce rapprochement entre Afrique et Arabie saoudite, censé lier formellement les deux parties jusqu'en 2028, a un horizon à la fois plus lointain : 2030, et plus proche : 2024, lorsque les associations membres réunies pour le 74e Congrès de la FIFA choisiront les pays organisateurs de la "Coupe du monde du Centenaire".
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Gianni Infantino, presidente de la FIFA

Crédit: Getty Images

Le coeur penchait pour la candidature qui réunit le premier des pays-hôtes (et vainqueurs) d'un Mondial, l'Uruguay, et ses voisins argentin, chilien et paraguayen. La raison privilégiait un trio plus compact, qui avait l'avantage de réunir trois grands pays de football de deux continents - Espagne, Portugal et Maroc (*), dont l'infrastructure, footballistique ou autre, était largement déjà en place.
Et puis il y avait les Saoudiens, rejoints dans leur ambition par l'Egypte et, improbablement, la Grèce, ce qui leur permettait d'unir trois confédérations et d'éviter ainsi d'être mis hors-jeu par le principe de rotation des tournois de continent en continent, le Qatar, membre de l'AFC comme l'Arabie Saoudite, ayant pris soin de son édition de 2022.

L'Arabie Saoudite a un plan à long-terme

Certains observateurs ont pu croire que les Saoudiens avaient postulé pour le Mondial de 2030, non pas pour l'obtenir, mais comme un galop d'essai. Ils plaçaient un autre pion en songeant à une autre échéance, celle de 2027, quand l'actuel président de la Confédération Asiatique de Football Sheikh Salman devra céder la place, étant parvenu au terme de son dernier mandat.
Or les Saoudiens, qui accueilleront la Coupe d'Asie féminine de 2026 et la Coupe d'Asie messieurs en 2027, entendent placer l'un des leurs à la tête de l'organisation, et celui-là devrait être Yasser El-Misehal, homme de confiance du prince héritier Mohammed Ben Salmane, président de la fédération saoudienne et membre du Conseil de la FIFA depuis le 1er février. L'homme dont la signature apparait sur tous ces protocoles d'accord.
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Crédit: Getty Images

Avoir El-Misehal à la tête de la Confédération qui réunit 46 associations asiatiques - plus l'Australie - ne serait évidemment pas pour déplaire aux Saoudiens, mais s'imaginer qu'ils s'en satisferaient est se leurrer. C'est un élément de leur stratégie, pas son but ultime, qui n'est pas régional, mais global.
Patrice Motsepe lâcha d'ailleurs une petite phrase lourde de sous-entendus après la signature du protocole d'accord. "ll y a également des domaines spécifiques pour des partenariats mutuellement bénéfiques dont nous discutons et des annonces seront faites en temps opportun", dit-il.
Or, quelques heures plus tard, on apprenait via une indiscrétion communiquée par le site égyptien d'informations YallaKora que le tirage au sort de la première édition de la Super League de la CAF - la "grande idée" de Patrice Motsepe et de Gianni Infantino - se tiendrait au mois d'août en Tanzanie. On ignorait jusqu'alors absolument tout de ce nouveau tournoi, y compris qui y prendrait part, et quand, pour la simple raison qu'on ignorait aussi d'où viendraient les 200 millions de dollars nécessaires à son financement. Mais, d'un coup d'un seul, la situation venait de se débloquer.
Est-ce faire preuve de trop d'imagination que mettre en parallèle d'une part, la signature d'un accord de partenariat entre un football africain financièrement aux abois et l'un des pays les plus riches du monde et, de l'autre, le miraculeux débloquage d'une situation des plus embarrassantes pour la CAF...et la FIFA ?
Et est-ce trop s'avancer qu'affirmer que s'assurer de la reconnaissance d'un des blocs les plus puissants du football mondial à moins d'un an du choix du pays-hôte de la Coupe du Monde de 2030 ne peut être le seul fruit du hasard ?
(*) En cas de succès de cette candidature, l'Ukraine se verrait attribuer l'organisation de l'un des matches de la compétition.
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