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Coupe du monde 2026 | 32 ans après la tragédie, la Colombie veut chasser le fantôme d'Andrés Escobar
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Publié 27/06/2026 à 14:42 GMT+2
Trente-deux ans après un été 1994 marqué par une terrible désillusion sportive, mais surtout par l’assassinat du défenseur, Andrés Escobar, la Colombie revient aux Etats-Unis pour disputer un match de Coupe du Monde. Ce sera samedi, à Miami, pour le choc du groupe K face au Portugal. Mais plutôt que de ressasser, la Colombie veut surtout écrire un nouveau chapitre, plus heureux, de son histoire.
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Video credit: Eurosport
Par Thomas Goubin
Pour bien saisir ce qu’il s’est joué lors de l’été 1994 cafetero, il faut se rappeler quel était le rang de la sélection colombienne à son arrivée sur le sol américain. Moins d’un an auparavant, le 5 septembre 1993, elle avait subjugué le monde en écrasant l’Argentine, vice-championne du monde en titre, 5-0, à Buenos Aires. Quatre-vingt-dix minutes de toque et de vertige, avec Carlos Valderrama en chef d’orchestre, et les flèches "Tino" Asprilla, Freddy Rincon, et "El Tren" Valencia, pour transpercer une arrière-garde argentine aux abois.
La Colombie avait terminé première de son groupe, invaincue, après avoir également battu l’Albiceleste au match aller (2-1). Après une telle démonstration de force, la sélection dirigée par Pacho Maturana était considérée comme une des grandes favorites de la Coupe du Monde. C’est l’étiquette que leur avait mis le roi Pelé, en même temps sans doute qu’une sacrée pression. "On s’est laissé porter aux nues, même si dans le fond on savait qu’on n’était pas aussi forts qu’on voulait le dire", se souvient Oscar Munévar, journaliste d’El Nuevo Siglo, qui a couvert la World Cup 94.
Dès la phase de poule, la Colombie est pourtant éliminée. D’abord victime de la Roumanie d’Hagi (1-3), l’une des belles surprises du tournoi. Puis, elle semble maîtriser son sujet face aux États-Unis, avant de perdre totalement le fil quand Andrés Escobar, pourtant pas vraiment sous pression, coupe un centre dans ses propres buts, à la 35e. La Colombie s’incline faxe au pays hôte (1-2). Le dernier match, remporté face à la Suisse (2-0), le 26 juin, n’empêchera pas l’élimination.
On se souvient de lui à chaque Coupe du Monde avec beaucoup de tristesse
Le retour au pays se fait dans une ambiance pesante. Le 2 juillet, elle deviendra tragique, quand Andrés Escobar est tué sur le parking d’une boîte de nuit de Medellin. Pour la Colombie, ses supporters, revenir aux États-Unis ravive forcément ces noirs souvenirs. "On se souvient de lui à chaque Coupe du Monde avec beaucoup de tristesse, confie ainsi Buanerges Rosero Peña, expert-comptable rencontré le soir de Colombie-Congo, à Guadalajara, et c’est encore davantage le cas avec ce retour aux Etats-Unis". "Son souvenir est forcément présent, abonde le journaliste Oscar Munévar, mais on ne lui a pas dressé une statue non plus, et le temps de l’idéalisation est passée".
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Andres Escobar
Crédit: Getty Images
L’histoire contée était digne d’un film de mafia. Promis au Milan AC, alors la meilleure équipe du monde, le défenseur de 27 ans avait été abattu par des narcos, qui à chaque coup de feu auraient crié "gol". On évoquait alors des sommes conséquentes pariées par les trafiquants de drogue, réduites à pure perte par le csc d’Escobar. "J’étais justement en France à ce moment-là, se rappelle Alan, un Bogotano qui préfère ne pas donner son nom devant le stade de Guadalajara. On disait que sa mort était liée à son csc, mais la réalité est qu’il a commencé à importuner un mafieux, et que son garde du corps a pensé que son chef était en danger et l’a tué".
En réalité, on ne parle plus d’Escobar... Sauf quand un journaliste étranger nous le rappelle
Selon la version donnée par le ministère public lors du procès d’Humberto Muñoz, porte-flingue et chauffeur des frères Gallón, en 1995, ce sont en réalité les narcos qui ont commencé à provoquer le joueur à propos de son infortuné but contre son camp. "Moi, sincèrement, je ne crois pas qu’un Colombien ait manigancé un plan machiavélique pour tuer un gars qui a marqué un csc, a pour sa part considéré, en 2020, Pacho Maturana, dans un entretien à Infobae. L’époque tragique que vivait mon pays se prêtait pour qu’arrive ce genre de choses. J’aimerais qu’on enquête pour savoir combien de médecins, avocats et policiers sont morts le jour où Escobar a été tué."
Avec le recul, l’ex-défenseur est ainsi perçu avant tout comme une victime de plus d’une décennie noire, où le taux d’homicide s’était envolé en Colombie.
Ce retour aux États-Unis résonne donc chez les Colombiens, mais aujourd’hui on se projette, plutôt qu’on ne ressasse. Sauf un souvenir beaucoup plus récent "On se rappelle davantage ce qui s’est passé en finale Copa América 2024, assure ainsi Oscar Munévar, de cet arbitrage partial qui a favorisé l’Argentine." C’était à Miami, comme le match de samedi face au Portugal. Une finale qui a aussi prouvé que la Colombie de Luis Diaz est à nouveau de taille à ferrailler comme les meilleurs. "En réalité, on ne parle plus d’Escobar, conclut Alan, le supporter de Bogota, sauf quand un journaliste étranger nous le rappelle."
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