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Coupe du monde 2026 | Anthony Gordon, l’ailier atypique de l'Angleterre qui avait un plan clair pour atteindre le FC Barcelone
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Mis à jour 27/06/2026 à 20:40 GMT+2
Il a fait l'objet du premier gros transfert de ce mercato estival. Titulaire lors des deux premiers matchs de la Coupe du monde avec l'Angleterre, Anthony Gordon a été recruté par le FC Barcelone pour 80 millions d’euros. Une destination dont le natif de Liverpool, auteur de plusieurs saisons convaincantes avec Newcastle, a toujours rêvé. Voici comment il est arrivé au bout de son plan.
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Par Jérémy Docteur
Le quotidien The Guardian le décrivait comme un des transferts les plus surprenants de ces dernières années. Et c’est vrai, ce n’est pas tous les jours qu’un joueur de Newcastle, né à Liverpool, signe au FC Barcelone. C’est encore plus rare que celui-ci parle déjà couramment la langue. Lors de sa présentation, l’Anglais a surpris tout le monde en s’exprimant dans un espagnol impeccable, glissant même des bribes de catalan aux supporters : "Je le parle parce qu’enfant, je me disais que je jouerais pour le Barça. J’avais un kiné espagnol à Newcastle et on parlait tous les jours." A 25 ans, le "Scouser", passé d’abord par les Reds, puis formé à Everton, devenu "Geordie" à Newcastle, a accompli son rêve.
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La nouvelle recrue des Catalans - 80 millions d’euros tout de même - n’est pas vraiment le footballeur "cliché". "En réalité, il est assez impressionnant quand tu lui parles, démarre Chris Waugh, journaliste pour The Athletic. C’est quelqu’un de très franc. Il est intelligent, très réfléchi, il est curieux, avec une vraie envie d’apprendre. Il est extrêmement pro sur et en dehors du terrain, toujours très sérieux dans le travail." Plus jeune, il est gringalet, un peu frêle, et sans la pugnacité de ses formateurs, tout aurait pu s’arrêter. Alors il s’est mis à la boxe pour s’endurcir. Il adore les échecs et la "pensée profonde" nécessaire. Il lit beaucoup de livres sur la psychologie du sport, le développement personnel et les mécanismes de motivation. À la BBC, il citait "Winning" de Tim Grover, ex-entraîneur de Kobe Bryant et Michael Jordan, comme l’ouvrage qui l’a le plus influencé.
De l’amour au désamour à Everton
C’est aussi un adepte de la méditation et de la visualisation. Au Guardian, il expliquait qu’il se fixait souvent des objectifs de court-terme, griffonnant quelques notes tous les jours. Chris Waugh, spécialiste des Magpies, reprend : "Il est extrêmement déterminé et sûr de lui, avec un plan clair sur ce qu’il veut atteindre. C’est sa plus grande force : quand il se focalise sur quelque chose de précis, il est à fond. Le souci avec ce côté 'obsessionnel', c’est que quand ça vacille, comme à Everton où il a décidé qu’il voulait partir pour une nouvelle étape ou à Newcastle, quand il y a eu les problèmes avec le fair-play financier de la PL en 2024 et qu’il pensait aller à Liverpool, alors ça devient sa faiblesse. La tête a un peu tourné, il a fallu ensuite le réintégrer pleinement dans le projet."
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Anthony Gordon face au Costa Rica.
Crédit: Federation internationale d'escrime
Arrivé à 11 ans, il a gravi tous les échelons à Everton. Il a fait ses débuts en pro en 2017 en Ligue Europa et après un prêt de quelques mois à Preston début 2021, il s’est pleinement intégré en équipe première. En 2021-22, à 20 ans, il se révèle par de bonnes performances qui contribuent à éviter la descente de son équipe. L’idylle va prendre fin en janvier 2023, lorsqu’il fait le forcing pour quitter le club. Et si Chelsea et Tottenham ont exprimé un intérêt, Newcastle tente le pari à 50 millions d’euros. "Après le rachat (par le Saudi Public Investment Fund fin 2021), ils devaient presque surpayer tout le monde. Ils poussaient pour se qualifier en Ligue des champions, tout le monde les voyait venir. Et puis, il n’y avait pas tant d’options potentielles à la fois au niveau et qui accepteraient de venir, étant donné qu’ils ne pouvaient pas encore offrir des salaires élevés par crainte d’un échec."
À l’époque, côté Toffees (où il a joué 78 matches, pour sept buts et huit passes décisives), la réaction des fans est véhémente, ce que le principal intéressé a déploré : "Ça m’a fait mal. Je [ne dis pas] que je vais tout réussir à 22 ans, mais tout ce que j’ai donné l’année dernière a grandement aidé le club à se maintenir […] Ça a été toute ma vie, c’est un lieu spécial dans mon cœur, je ne l’oublierai jamais." Chris Waugh se rappelle : "Quand il est arrivé, il y avait de l’enthousiasme, mais aussi un peu d’appréhension du fait des circonstances assez acrimonieuses de son départ. Et ses stats ne correspondaient pas forcément à ce qui était idéalement attendu. Mais Newcastle a misé sur le potentiel."
Une relation solide avec Eddie Howe
L’adaptation est difficile, il peine à trouver sa place et des doutes émergent. Il y a même une "altercation" avec Eddie Howe, son coach, lorsqu’il est remplacé à Brentford en avril. "La première demi-saison n’a pas vraiment fonctionné pour lui. Il a admis que ça lui avait pris six mois pour comprendre réellement ce qu’attendait Eddie Howe, qui est très précis dans ses demandes aux joueurs." L’entraîneur ne le lâche pas : le profil de Gordon, sa capacité à presser et son intensité devant, conviennent parfaitement. Son abnégation va payer, et par la suite, le coach anglais parlera souvent de "sa connexion spéciale" avec les supporters, de l’activité qu’il génère à chaque match pour aider l’équipe. "On est parfaitement alignés en termes de style de jeu", avait expliqué le joueur.
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Video credit: Eurosport
Été 2023, aux côtés de Cole Palmer, Morgan Gibbs-White ou Emile Smith Rowe, il remporte l’Euro Espoirs et est nommé joueur du tournoi. "Après la compétition, où il avait joué dans l’axe, il a gagné en confiance. Il est revenu en pleine forme, motivé par l’idée de réussir à Newcastle." Un déclic, car son excellent exercice 2023-24 (11 buts, 15 passes décisives en PL) l’envoie en sélection A, convoqué pour la première fois par Gareth Southgate en mars 2024, avant de faire l’Euro (il ne joue qu’une minute). En 2024-25, il prolonge en octobre, encore grand artisan de la qualification de Newcastle en Ligue des champions (même avec des stats moindres, 6 buts et 6 passes décisives).
Injouable en Europe, décevant en Premier League
Et puis, la saison actuelle a été celle de tous les contrastes. Une réussite phénoménale en C1 (10 buts, dont un quadruplé contre Qarabag), et des performances irrégulières en Premier League, à l’instar de Newcastle qui a terminé douzième. "Ça a rendu les supporters perplexes, frustrés, nous confie le journaliste. Je pense que la Coupe d’Europe le stimulait psychologiquement, ça élevait son niveau. En championnat parfois, on avait l’impression qu’il était en pilote automatique, qu’il n’avait pas autant à prouver et qu’il se réservait pour les grands matchs. Il a mis beaucoup de penalties, mais dans le jeu, il ne marquait ou ne créait pas assez."
Plus l’année avançait, plus il était clair qu’une page se tournait. Il a passé les quatre derniers matches sur le banc et sa dernière apparition avec Newcastle remonte à avril, face à Crystal Palace. "Son langage corporel était terrible, son match n’était pas bon. Et comme Eddie Howe parlait déjà de planifier l’avenir, il avait la volonté de tester des choses. Le club savait aussi qu’ils allaient devoir vendre pour compenser la perte de revenus. Il n’a pas refusé de jouer, il n’a pas fait de caprices, mais il fallait d’une certaine manière le protéger et éviter qu’il ne se blesse."
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Anthony Gordon ist sich wohl mit dem FC Bayern München einig
Crédit: Getty Images
Droitier surtout utilisé à gauche, il s’est régulièrement distingué par sa capacité à rentrer sur son bon pied, à utiliser sa vitesse et ses dribbles pour passer l’adversaire. Sa qualité avec la balle lui permet aussi de marquer de différentes façons, et de faire marquer les autres. Eddie Howe l’a également utilisé dans l’axe, une polyvalence utile que décrypte Chris Waugh : "Ce n’est pas un finisseur naturel, mais il peut mener la ligne d’attaque et presser d’une manière plus efficace que les deux pointes achetées l’été dernier (Nick Woltemade et Yoane Wissa). William Osula n’était pas encore considéré prêt. Et c’était aussi une manière de le stimuler. Être ailier gauche en Premier League, il pouvait le faire sans effort, là, en tant qu’homme principal, ça jouait sur l’égo pour en tirer le maximum."
"Le profil idéal" pour le Barça ?
Autre différence notable, en Premier League, les blocs bas sont plus communs qu’en C1 face à des équipes agressives, qui jouent assez haut. Des schémas dans lesquels Gordon excelle : il aime avoir des espaces pour attaquer la profondeur et porter le cuir. Après la victoire (3-0) contre Benfica, José Mourinho est venu le féliciter pour, notamment, son jeu direct. Pour cette Coupe du monde, Thomas Tuchel l’a martelé depuis sa prise de poste début 2025, il compte sur lui. Une fois de plus, son travail sans ballon plait particulièrement.
Ironie de l’histoire, son concurrent à gauche s’appelle Marcus Rashford, qu’il va probablement remplacer au Barça. Pour Chris Waugh, aucun doute, l’Anglais va s’épanouir en Catalogne. "C’est le profil idéal pour Hansi Flick. Il avait été très impressionné en septembre (victoire 2-1 du Barça) par son agressivité, sa vitesse, son pressing, sa verticalité… Gordon a toujours voulu atteindre le haut niveau. Il sera entouré des meilleurs joueurs. Il ne pourra pas se relâcher, sinon, il ne jouera pas. Eddie Howe avait dit qu’il ne voulait pas être à droite : là-bas, si Lamine Yamal est blessé ou au repos, il ne dira rien."
Ce sont d’ailleurs les Espagnols qui ont éliminé les Magpies en huitièmes de finale (1-1, 7-2). Le Bayern Munich était sur les rangs, mais "dès [qu'il a] su que le Barça était une option sérieuse, il n’y avait plus de débat" a confirmé l’Anglais. Cet été pourrait être celui de tous les tournants, après avoir réalisé son rêve juste avant de filer aux Etats-Unis. Thomas Tuchel l’a titularisé lors des deux premières rencontres (contre la Croatie et le Ghana). Pour l’instant, il est resté muet, mais l’ailier demeure un élément clé pour l’Angleterre qui espère toujours décrocher le graal depuis 1966.
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