Coupe du monde 2026 - Avant de défier le Portugal : La folle rédemption des Léopards de la RD Congo

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Pour son grand retour en phase finale de Coupe du Monde après cinquante-deux ans d’absence, la RD Congo sera opposée au Portugal mercredi, puis à la Colombie et à l’Ouzbékistan. Un challenge relevé, mais pas inabordable selon Sébastien Desabre, son sélectionneur français, qui détaille les étapes d'un redressement spectaculaire.

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Video credit: Eurosport

Par Alexis Billebault
Le 23 juin prochain, quand la RD Congo affrontera la Colombie à l’occasion de la deuxième journée du Groupe K, certains souvenirs récents reviendront à l’esprit des congolais, qu’ils soient joueurs, membres de staff technique ou tout simplement spectateurs. C’est là, à l’Estadio Akron, situé à Zapopan, dans la périphérie de Guadalajara, que les Léopards avaient obtenu leur ticket pour la phase finale, lors d’un barrage intercontinental remporté (1-0 après prolongation) face à la Jamaïque, grâce à un but d’Axel Tuanzebe, le défenseur de Burnley (Angleterre).
Un peu moins de trois mois après cette victoire qui avait mis fin à cinquante-deux ans de rupture avec le football mondial, la RDC évoluera de nouveau dans une enceinte dont le nom est à jamais inscrit dans la mémoire de sa riche histoire. Six jours plus tôt, les Léopards auront affronté le Portugal, un des favoris du Mondial, à Houston, pour leur grand retour en phase finale.
"Le pays attendait cela depuis cinquante-deux ans. L’attente était immense. La Coupe du Monde de 1974, on nous en a un peu parlé. Cela fait longtemps, et nous allons nous concentrer sur 2026, car il y a, j’en suis certain, quelque chose à faire, explique Sébastien Desabre, nommé en août 2022. Le groupe est difficile, mais on vise une qualification pour le second tour. Avec les huit meilleurs troisièmes qui vont y parvenir, je suis convaincu que nous avons toutes nos chances."

Une sélection redevenue attractive pour les binationaux

En 1974, en RFA, l’aventure avait tourné au cauchemar pour les Zaïrois. Trois défaites – 0-2 face à l’Ecosse, 0-3 contre le Brésil et une rouste mémorable infligée par la Yougoslavie (0-9) – qui avaient provoqué l’ire du maréchal Mobutu, le dictateur local, lequel poursuivit pendant des années les malheureux joueurs de sa rancune haineuse.
A priori, les Panthères de 2026 semblent à l’abri d’un tel scénario. Le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, a un profil nettement moins inquiétant que celui de Mobutu, et l’Etat met des moyens conséquents à la disposition de la sélection nationale, comme le confirme le sélectionneur : "Le soutien du gouvernement est très important, il permet de travailler dans d’excellentes conditions. Au niveau des voyages, des hébergements, des primes, des équipements, nous avons fait en sorte que tout soit fait pour que les joueurs évoluent dans un cadre professionnel. Quand ils sont en club, ils sont habitués à certains standards, de façon à ce qu’ils se concentrent uniquement sur le football."
Depuis qu’il est en poste, Desabre a permis à la sélection de sortir de la crise sportive dans laquelle elle s’enfonçait depuis plusieurs années. La qualification pour la CAN 2024, compromise après un départ marqué par deux défaites sous l’ère Hector Cuper, a accéléré la rédemption des Léopards. " Cela nous a fait gagner du temps, car lors de cette CAN, on termine à la quatrième place. Notre objectif, c’était de se qualifier pour la CAN 2025, mais aussi pour la Coupe du Monde." Les deux défis ont été relevés, grâce notamment à un renouvellement partiel de l'effectif et l'arrivée de plusieurs joueurs, pour la plupart nés en Europe.
Au niveau mental, elle est très forte
L’ancien coach passé par le Wydad Casablanca, l’Ouganda, Pyramids FC ou Niort a bâti son projet en s’appuyant sur des joueurs présents en sélection depuis des années, tels le capitaine Chancel Mbemba, Samuel Moutoussamy, Cédric Bakambu, Meschak Elia, Arthur Masuaku ou Edo Kayembe, et en intégrant progressivement d’autres éléments binationaux. La tanière a ainsi vu arriver Charles Pickel, Noah Sadiki, Axel Tuanzebe et Aaron Wan-Bissaka, nés respectivement en Suisse, en Belgique et en Angleterre, ou Simon Banza et Nathanaël Mbuku, qui ont vu le jour en France. Plusieurs d’entre eux, après avoir été internationaux dans leur pays de naissance dans les sélections de jeunes, ont fait le choix de finalement représenter la RD Congo.
Cet attrait pour les Léopards, Desabre l’explique par la cohérence du projet qu’il soumet à ceux éligible pour la sélection congolaise. "Une bonne organisation, des ambitions sportives, un cadre de travail précis. Évidemment, il faut que les joueurs aient cette envie de représenter la RDC", poursuit Desabre. Certains n’ont d’ailleurs pas vraiment répondu aux attentes d’un sélectionneur qui mise beaucoup sur la notion d’unité : "Nous n’avons sans doute pas la meilleure sélection africaine, mais je pense qu’au niveau mental, elle est très forte. Il n’y a qu’à regarder notre parcours qualificatif pour le comprendre."
La RDC, en terminant deuxième de son groupe derrière le Sénégal, et après avoir longtemps envisagé une qualification directe, s’était débarrassée du Cameroun (1-0), puis du Nigeria (1-1, 4-3 aux t.a.b) en play-offs, une double performance lui ayant donné le droit d’affronter la Jamaïque, avec l’issue qu’on connaît.

Meilleur ami de Sébastien Migné

Outsider de son groupe, la RDC est forcément prise au sérieux par le Portugal et la Colombie, davantage rôdés aux phases finales de Coupe du Monde. "Le Portugal est un des favoris du tournoi. Mais ce niveau, personne ne sous-estime personne. Nos adversaires savent que notre effectif est de qualité, que nos joueurs évoluent tous en Europe (sauf Fiston Mayele, sous contrat avec Pyramids FC en Egypte, ndlr). Ils savent aussi que les équipes africaines progressent, qu’elles sont plus fortes qu’il y a quatre ans au Qatar, et qu’elles seront plus fortes en 2030."
Malgré la charge de travail qu’impose une Coupe du Monde, Sébastien Desabre suivra de près les autres sélections africaines, l’Équipe de France, "capable d’aller loin, très loin", et Haïti. Les Grenadiers sont dirigés par Sébastien Migné, son meilleur ami. Et comme la RDC, les Caraïbéens retrouvent la Coupe du Monde après une absence de cinquante-deux ans : "On a disputé la même année notre première CAN en tant que sélectionneur, en 2019, lui avec le Kenya, moi avec l’Ouganda. Et là, on va vivre notre première Coupe du Monde, à la tête de deux formations présentes en 1974 et qui reviennent la même année. Avouez que c’est quand même une sacrée coïncidence…"
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