Coupe du monde 2026 | Avant Espagne - Belgique, par sa gestion de ses cadres Rudi Garcia fait ce que Roberto Martinez n'a jamais osé faire
Par Loris Belin
Mis à jour 10/07/2026 à 13:00 GMT+2
La Belgique est de retour en quarts de finale de la Coupe du monde, et Rudi Garcia n'y est pas étranger. Le sélectionneur français a su relancer ses Diables Rouges par des choix forts lors des dernières rencontres. Moribonde, la sélection belge semble avoir passé un cap tant technique que mental. Et la gestion de ses cadres y a beaucoup à voir avant d'affronter l'Espagne.
"Deux Coupes du monde à au moins huit buts : ni Pelé, ni Maradona n’ont fait ça !"
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Rudi Garcia est décidément parfois bien insondable. Il fallait quelque peu se frotter les yeux à la lecture de sa feuille de match ce lundi pour le huitième de finale contre les Etats-Unis. Pas de Kevin De Bruyne, ni de Jérémy Doku au coup d'envoi. Nathan Ngoy au frigo depuis deux matchs était titulaire, comme Nicolas Raskin qui n'avait débuté que lors du piteux 0-0 contre l'Iran. Dodi Lukebakio (96 minutes) et Amadou Onana (85 minutes depuis le début du Mondial) étaient eux aussi dans le onze. Pour un peu, on aurait pu croire les Belges en train de faire tourner après avoir déjà assuré leur qualification après deux journées de phase de groupe. C'était pourtant bien un match couperet, consécutif à un petit miracle contre le Sénégal. Et ce coup de poker s'est transformé en coup de génie.
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Les Diables Rouges ont surclassé Team USA (4-1) dans un match où ils ont autant impressionné que leur adversaire a été décevant. Ce succès porte la patte de la méthode Rudi Garcia, qui n'a pas hésité à bouleverser son groupe et surtout ses cadres pour les besoins de la performance collective. La Coupe du monde de Garcia ne s'était pourtant pas lancée sous les meilleurs auspices avec deux matches nuls pour débuter la compétition malgré un groupe largement abordable sur le papier. La fameuse génération dorée qui n'a encore jamais rien gagné et glisse vers le déclin semblait comme promise à une nouvelle frustration. Puis le sélectionneur français est entré en scène.
Le déclic du Sénégal
La Belgique n'était pourtant nulle part après 85 minutes de jeu contre le Sénégal au tour précédent. Rudi Garcia s'était trompé dans ses choix au coup d'envoi. Mais il a eu le mérite de taper du poing sur la table, verbalement lors de la pause fraîcheur, comme tactiquement. Charles De Ketelaere était en souffrance absolue au cœur de la défense sénégalaise ? Garcia n'a pas hésité à la sortir dès la mi-temps pour faire rentrer Romelu Lukaku, point de fixation dont les Diables Rouges manquaient cruellement. L'étincelle Jérémy Doku et le cerveau Kevin De Bruyne trop neutres ? Ils cèdèrent leur place dès la 56e minute à Dodi Lukebakio, dévoreur d'espaces en fin de match, et Nicolas Raskin, plus ratisseur et dans le combat que De Bruyne.
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Kevin De Bruyne, critiqué après le nul de la Belgique contre l'Iran à la Coupe du monde 2026
Crédit: Getty Images
Leandro Trossard et Youri Tielemans s'accrochent et ont besoin d'être séparés physiquement ? "Ça me plaît" lâche Garcia. "Mes joueurs ont le droit de s’invectiver, de ne pas être d’accord. Je ne sais pas pourquoi ils se disputaient mais j’ai envie de voir des joueurs qui ont envie de retourner la table quand ça ne va pas parce que sur le terrain, on a besoin de cette grinta."
Autrefois sélection du "seum", la Belgique devient progressivement celle du cran. Et Rudi Garcia montre l'exemple question caractère. Il fait fi des statuts, des étiquettes dont les Belges n'ont jamais franchement su se départir. Exactement ce que l'un de ses prédécesseurs, Roberto Martinez, n'avait pas su faire lors de son passage sur le banc belge, et pas plus avec le Portugal embourbé dans le souvenir de la gloire de Cristiano Ronaldo quel que soit son niveau de performance. Avant ces 8es de finale contre les Etats-Unis, Kevin De Bruyne avait été titulaire lors de ses 37 précédentes capes, avec un dernier match débuté sur le banc lors d'un match pour la 3e place sans grand enjeu en Ligue des nations en octobre 2021.
Débuter sans De Bruyne ou Doku, même Garcia "n'y aurait pas cru"
L'inamovible "KDB" n'était pas au sommet depuis le début de ce Mondial. Alors, il n'était pas sur le pré au coup d'envoi, ni même la première rotation dans le coeur du jeu, alors qu'Onana a dû quitter ses partenaires, sérieusement blessé après seulement 21 minutes. Hans Vanaken l'a suppléé, avec brio : un but et une passe décisive. "Le plan était de faire entrer Kevin si nous en avions besoin, a expliqué Rudi Garcia après la rencontre. Mais nous menions au score et nous avons donc pu faire entrer d’autres joueurs. Après la blessure d’Amadou Onana, nous avons fait entrer Hans, en raison de ses qualités offensives et défensives. Je suis très heureux pour lui qu’il ait marqué son premier but en Coupe du monde. A son poste, il y a toujours eu beaucoup de concurrence."
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Trop forts ces Bleus : "C'est délirant, tous leurs matches sont simples jusqu'ici !"
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Même constat pour un Jérémy Doku toujours pas pleinement remis de son infection pulmonaire qui lui gâche le Mondial. Débuter un match à élimination directe sans le feu follet de Manchester City, ni Kevin De Bruyne, "si on m’avait dit que je ferais ça avant le début du tournoi, même moi, je n’y aurais pas cru, je pense" a reconnu Garcia lundi. "Mais c’est l’histoire du tournoi. C’est l’évolution de l’état de forme des uns et des autres, les petits pépins, et puis surtout ceux qui émergent. J’ai bâti une équipe avec les joueurs les plus en forme, une équipe complémentaire, où on sait ce qu’on veut faire."
En misant sur l'expression de tout un effectif, les Diables Rouges ont retrouvé des couleurs. 15 joueurs ont joué au moins l'équivalent de deux matches complets (180 minutes), le plus gros total des qualifiés pour les quarts de final. "La force de ce groupe, c'est aussi ceux qui sortent du banc parce qu'on ne peut pas faire les résultats à 11", assumait Garcia au micro de M6 après la qualification contre le Sénégal. Depuis le début de la compétition, les remplaçants belges sont les plus prolifiques de la compétition avec un but par match (ex aequo avec le Sénégal). Ils sont même déjà dans l'histoire, avec neuf contributions à des réalisations (5 buts, 4 passes décisives), du jamais-vu en Coupe du monde ! Pouvoir compter sur Romelu Lukaku comme "supersub" est un luxe. Le conserver sur le banc était un choix. Et il est le bon.
Lukaku, remplaçant idéal
"Big Rom" n'avait pas la forme physique pour tenir 90 minutes en début de compétition. Mais sa dynamique remarquable avec trois buts lors de ses trois dernières apparitions (à chaque fois en ne tentant qu'une seule frappe !) aurait pu pousser Garcia à replacer son avant-centre dans le onze de départ, quitte à sacrifier Charles De Ketelaere pas franchement séduisant avant d'affronter les Etats-Unis. "Contre le Sénégal, nous avons joué 120 minutes. Hier (dimanche, ndlr), à l’entraînement, tout le monde n’était pas à 100 %. Avec Charles et Dodi (Lukebakio, titulaire pour la première fois de la Coupe du monde), je voulais de la vitesse à l’avant et ce plan a fonctionné."
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"Le Maroc a eu peur de l’équipe de France"
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Pas décisif une seule fois dans la compétition, Charles de Ketelaere a signé un doublé et distribué une passe décisive par son pressing décisif sur le gardien américain Matt Freese pour le but du 3-1 de Vanaken. Le joueur de l'Atalanta a ensuite cédé sa place à la 67e place pour la rentrée de Lukaku, qui a parachevé le spectacle dans les arrêts de jeu. "De Ketelaere a inscrit de véritables buts d’attaquant, s'est félicité Rudi Garcia. Lukaku, quant à lui, a marqué après son entrée en jeu. Il reste un joueur incroyable. Lui et moi savons très bien ce qu’il peut apporter à l’équipe."
La confiance maintenue en ses hommes tout en instaurant une concurrence saine dans son groupe offre au sélectionneur belge de multiples solutions. Cette émulation semble ne faire que des gagnants dernièrement, en particulier le suspense. "Ce n’est qu’une heure et demie avant le match que les joueurs ont su qui serait titulaire" a expliqué Rudi Garcia lundi. Maintenir sous pression tous ses hommes a visiblement du bon, avant d'affronter une Espagne plutôt ronronnante.
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