Coupe du monde 2026 - Demi-finale Angleterre - Argentine - "Main de Dieu", conflit géopolitique... L’histoire du seul vrai clasico intercontinental

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Un match de Coupe du Monde entre l'Argentine et l'Angleterre ramène toujours au souvenir du quart de finale de 1986, où Maradona avait "vengé" un pays humilié militairement. La seule véritable rivalité intercontinentale puise toutefois sa source encore plus loin. Et à la veille de la demi-finale entre Three Lions et Albiceleste, les souvenirs continuent de hanter ce match pas comme les autres.

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Le jour où il est devenu certain que l'Angleterre et l'Argentine allaient voir leur route se croiser pour la première fois depuis 2002 en Coupe du Monde, l’homme avec lequel s’est amorcée la seule grande rivalité historique intercontinentale est mort, le 11 juillet, à 89 ans. Peu connu en France, il s’appelle Antonio Rattin. Vingt ans avant le quart de finale mythique de 1986, en 1966, c’est à ce même stade de la compétition qu’Albiceleste et Three Lions s’étaient affrontés, à Wembley.
Des débats tendus, comme presque toujours. A la 34e minute, l’arbitre allemand, Rudolf Kreitlein, expulse celui qui fait alors office de capitaine argentin. L’homme en noir ne parle pas espagnol, mais est convaincu d’avoir été insulté. "Tout a été fait lors de ce Mondial pour que les Anglais le gagne, a dit Rattín à El Gráfico en 2013. Ce qui nous est arrivé a été très perfide. Notre entraîneur m'avait dit de demander un interprète si l'arbitre se trompait, parce que j'étais le capitaine et que le règlement me le permettait. Je l'ai demandé parce que ce fils de p… d'arbitre -sifflait tout en leur faveur, et le type m'a expulsé."
La légende entretenue par Rattin veut ensuite que le capitaine se soit assis sur un tapis rouge destiné à la reine Elisabeth II, avant d’écraser entre ses mains le bandeau du drapeau de corner qui portait les couleurs de l’Angleterre. Finalement, les locaux l’emportent grâce à un unique but inscrit à la 80e minute, et le sélectionneur anglais Alf Ramsay qualifie les joueurs argentins d'"animaux".
Il y a dans la naissance de cette rivalité, un peu tout ce qui a commencé à faire le sel des duels entre Three Lions et Albiceleste : un match disputé, rugueux, une injustice (vu d’un côté, tout du moins), et une charge symbolique. Au-delà de la naissance d’une rivalité, ce match comptera aussi dans l’histoire du jeu, puisque la polémique générée est telle qu’elle a conduit à l’invention des cartons jaune et rouge pour incarner les avertissements, seulement verbaux jusqu’à là.

Angleterre-Argentine 86 : "la guerre des Malouines en version footballistique"

Vingt ans plus tard, quand les deux ennemis se retrouvent au même stade de la compétition, la souvenir de Rattin reste présent côté argentin. Mais surtout, la relation entre les deux pays s’est considérablement dégradée depuis que la dictature des généraux a tenté, en 1982, de reprendre les îles Malouines (îles Falklands, en anglais), détenues par le Royaume anglais depuis 1933. Près de 900 hommes perdent la vie, les deux tiers argentins. Pour l’Argentine, l’Angleterre est depuis longtemps une puissance coloniale, les sujets de sa Majesté des "pirates", mais la blessure est là vivace.
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Margaret Thatcher "coupable" en une d'un journal argentin pendant la Guerre de Malouines

Crédit: Getty Images

Des joueurs de l’Albiceleste, comme Jorge Burruchaga, ont vu des proches être mobilisés. Avant la rencontre, la quasi-totalité des questions tourne autour du conflit, de la revanche sur le terrain qu’elle pourrait constituer pour une Argentine battue militairement. : "Angleterre-Argentine : la guerre des Malouines en version footballistique", titre ainsi le modéré El Pais. Alors, imaginez la teneur des articles des tabloïds ! Ce duel sous le soleil du stade Azteca ne peut pas un être un simple match de football. Avant et pendant le match, les combattants des stades, hooligans et barras bravas, s’en donnent d’ailleurs à cœur joie. La dramaturgie de la rencontre lui donnera ensuite une aura politique. La main de Maradona - celle avec laquelle l’Argentine ouvre le score - devient un geste de malicieuse vengeance, comme un poing levé face à l’impérialisme. Pour les Anglais, c’est une nouvelle preuve que les joueurs albiceleste seraient d’incorrigibles tricheurs.

40 ans que Maradona hante l'Angleterre

Et quand Diego inscrit le but dont rêve chaque enfant en passant en revue toute la défense anglaise, dans un slalom vertigineux, c’est qu’il ne s’était pas seulement sublimé pour un maillot, mais pour tout un pays. La veille de la rencontre, les joueurs avaient d’ailleurs reçu des télégrammes d’encouragement envoyés par des ex-soldats. Les Anglais aussi, de la part de la Reine et de la Première ministre, Margareth Thatcher, comme le conte Andrés Burgo, dans son ouvrage "El Partido del siglo" traduit en français aux éditions Lucarne Opposée, et dont l’adaptation sur écran ("The Match") a fait l’objet d’une avant-première au dernier festival de Cannes.
Plus encore que la conquête de la Coupe du Monde dix jours plus tard contre la RFA (3-2), cette victoire sur l’Angleterre est le match le plus marquant de l’histoire du foot argentin. "En théorie, un match ne pas être l’équivalent d’une guerre, mais en termes symbolique il l’a été, estime Jorge Valdano, champion du monde 1986 et écrivain. Pour l’Argentine, il aurait été insupportable de perdre ce match".
Pour l’Angleterre, il constitue un affront impossible à laver, alors que les buts de Maradona tournent en boucle depuis quarante ans, comme du sel qui ne cesse de raviver une plaie ouverte. Ce souvenir est aussi ravivé lors de chaque match de l’Argentine, où les supporters ciel et blanc se lèvent pour se payer les sujets de la Reine, peu importe qu’ils rencontrent la Bolivie ou la Suisse : "et tu le vois, et tu le vois, celui qui ne saute pas est un Anglais."

L'exclusion de Beckham a renforcé le duel

C’est en France que l’épisode suivant de la rivalité s’est écrit. Au Stadium de Toulouse le 30 juin 1998. Alors que les deux ennemis n’ont été qu’à une séance de tirs aux buts de se retrouver dès la Coupe du Monde 1990, en finale (l’Angleterre de Gascoigne avait été éliminée par l’Allemagne, en demi-finale), c’est en huitième de finale qu’ils s’affrontent en Occitanie. Encore une fois, le match est accroché. Mais plus que les quatre buts (2-2) et la victoire de l’Argentine aux tirs aux buts, le souvenir reste lié à un moment incendiaire, quand David Bekham répond bêtement à une poussette de Diego Simeone, en lui assénant un coup de pied. Non seulement le Spice Boy est exclu, mais avoir précipité la chute des siens face à l’ennemi sud-américain lui vaudra d’être traité en paria par tout un pays.
Beckham se vengera quatre ans plus tard. Taquin, le tirage au sort du Mondial 2002 a fait cohabiter Three Lions et Albiceleste dans le même groupe. Cette fois, c’est l’Angleterre qui l’emporte (1-0), sur un pénalty de la pop-star de Manchester United consécutif à un très léger accrochage de Mauricio Pochettino sur Michael Owen, comme si la dramaturgie et la polémique ne pouvaient être absentes de ce clasico intercontinental. Cette défaite lors du deuxième match de poule précipite la chute de l’Abiceleste, arrivée en favorite mais sortie dès le premier tour.
Vingt-quatre ans plus tard, "pirates" et "animaux" se retrouvent. Jude Bellingham, Bukayo Saka, Julian Alvarez ou Enzo Fernandez n’ont jamais vu les deux sélections s’affronter en match officiel, tout du moins pas de manière consciente. Pourtant, ils savent, eux aussi, qu’un Argentine - Angleterre ne peut jamais être un simple match de football. D’autant plus quand une place en finale est en jeu.
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"Flamboyant au 1er tour avant de s’éteindre : le tournoi d’Olise c’est celui de Payet à l'Euro 2016"

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