Coupe du monde 2026 - Equipe de France - Départ de Deschamps : Merci Didier

Eurosport sur Google

Pendant quatorze ans, Didier Deschamps a changé le destin des Bleus. Arrivé dans une équipe de France rejetée par son propre public après Knysna et un Euro raté, il la laisse au sommet du football mondial, avec un titre, deux finales de Coupe du monde et une exigence devenue presque déraisonnable. Plus qu'un palmarès, il lègue une culture de la victoire. Merci Didier.

"Deschamps ne méritait pas cette bouillie de football en première période"

Video credit: Eurosport

  • De notre envoyé spécial à Miami,
On juge les entraîneurs à leur sortie. Il faut toujours mesurer le chemin depuis le point de départ. Celui de Didier Deschamps ressemblait à un champ de ruines. Son aventure à la tête de l’équipe de France s’est achevée dans la lumière douce et chaude de Miami et avait débuté dans les locaux grisâtres d’une FFF en pleine déconfiture. Au sortir d’un Euro où Samir Nasri disait aux journalistes de se taire, pour rester poli, et deux ans après le plus grand scandale de l’histoire des Bleus, le chantier de Didier Deschamps s’annonçait gigantesque. Dans un livre où il revient sur son aventure de sélectionneur, Laurent Blanc, le prédécesseur de DD, avait parfaitement établi le point de départ : "Le début a été compliqué avec une sélection que plus personne n'avait envie d'encourager mais sur laquelle tout le monde voulait taper. Et la fin, pareil."
En août 2012, quand le Basque reprend le bébé, la France n’aime plus ses Bleus. Pourtant, déjà, le talent est là (Ribéry, Benzema, Lloris, Nasri etc.) mais leur image reste trouble. Le premier chantier du nouveau sélectionneur : réconcilier le pays avec sa sélection. Le deuxième : se qualifier pour la Coupe du monde. Le troisième, faire émerger des leaders générationnels (Varane, Pogba, Griezmann). En moins de deux ans, il remplira tous ses objectifs. Le barrage retour face à l’Ukraine et la qualification pour la Coupe du monde au Brésil au terme d’une "remontada fantastique" (0-2, 3-0) restera pour toujours l’acte de naissance de la génération Deschamps.
Ce match a été un tournant
Ce jour-là, un souffle s’empare de l’équipe et balaie tout. Cette soirée restera comme l’une des plus fondamentales de son mandat. Tout aurait pu s’arrêter brutalement ici. "Ce match a été un tournant, surtout après le match aller complètement raté, pouvoir aller au Brésil, c’était décisif, a confié Deschamps lors de sa dernière intervention médiatique samedi à Miami. Probablement que si ça s’était passé différemment, ça se serait peut-être arrêté pour moi."
Au contraire, cela lance Deschamps pour de bon et l’installe aux commandes. Trois mois plus tard, lors des matches de préparation, la FFF distribue des autocollants I love DD qui s’arrachent. Les Bleus partent au Brésil le cœur léger, malgré le forfait de Ribéry. Il n’était alors pas question de demi-finale ou de titre. Deschamps veille à maintenir les grandes ambitions sous cloche et reprend Bacary Sagna quand il ose évoquer en conférence de presse l’envie d’aller au bout.
Le quart de finale, même perdu, face à l’Allemagne donnera du temps et de la latitude au sélectionneur. Ce Mondial pose les bases de la suite en lançant les Pogba, Varane et Griezmann. On a souvent dit, pour minimiser les accomplissements de Deschamps, qu’il avait sous la main des générations exceptionnelles. C’est vrai. Mais son grand mérite est d’avoir installé un bon nombre de cadres dont le rendement était meilleur, et parfois même nettement, en sélection qu’en club (Giroud, Pogba, Griezmann, Lloris). A l’exception de Dembélé, les cas contraires n’existent pas. Il a donc su créer un environnement propice à l’épanouissement de ses meilleurs joueurs notamment entre 2016 et 2018. Ces deux ans restent son chef d’œuvre.
picture

Deschamps aurait-il vraiment pu mieux faire ?

Video credit: Eurosport

Le décollage d'une génération

La victoire face à l’Allemagne en demi-finale de l’Euro au Vélodrome, dans la plus chaude ambiance des 14 dernières années, marque un tournant et symbolise l’avènement de la nouvelle puissance européenne. Une sorte de passation de pouvoir. La France a de nouveaux héros, ils s’appellent N’Golo Kanté, Paul Pogba et surtout Antoine Griezmann. Deschamps fait décoller une génération. Il a dû gérer la retraite du plus grand joueur français de la décennie (Franck Ribéry) et le retrait du meilleur attaquant du moment (Karim Benzema). En quelques ajustements, un passage en 4-2-3-1 avec Antoine Griezmann en soutien de Giroud en 2016 et un repositionnement de Blaise Matuidi en ailier gauche en 2018, il est passé à un poteau d’un doublé monumental.
2018 sera son apogée parce que ces 23-là n’étaient sans doute pas les plus talentueux de son mandat mais Deschamps a lu la compétition comme personne. Il trouve la formule magique lors du deuxième match face au Pérou et renversera tout ce qu’il se présentera à lui. En cinq semaines, il est touché par la grâce. Ses choix d’homme et de système sont les bons. Et quand une difficulté se présente, il rappelle qu’il reste l’un des meilleurs managers du monde.
 "Après l'Argentine, les joueurs ont quartier libre. Ils rentrent à trois heures du matin. Adil Rami prend un extincteur, arrose les copains et ça déclenche évidemment l'alarme dans l'hôtel, nous raconte Philippe Tournon, chef de presse des Bleus de 2012 à 2018 et ombre de Deschamps. Je suis dans la chambre à côté de celle de Didier. On descend ensemble et là, il est en colère. Furieux. Il est parti pour les engueuler. Cent mètres séparent notre bâtiment de celui des joueurs. Il entreprend de faire ces 100 mètres. Et c’est là qu'il est costaud. En 100 mètres, il se détend, se dit : "Moi aussi, joueur, j’ai fait des conneries. Si je leur rentre dans le lard alors qu’on vient de battre l'Argentine, qu’on se sent forts, peut-être que je vais casser quelque chose d'essentiel." Il arrive vers eux avec le sourire : ‘On verra ça demain, récupérez bien et bonne nuit.’ Ça, c’est Deschamps."
picture

Didier Deschamps lors de France - Angleterre

Crédit: Getty Images

Intelligence humaine

C'est probablement là que se cache le vrai Didier Deschamps. On l'a toujours résumé à son pragmatisme. On oublie son intelligence humaine. Il a compris qu'on ne casse pas un élan pour un extincteur. Il choisit le management plutôt que l'autorité. "Entre 2016 et 2018, je suis à tous les rassemblements et je n’ai même pas joué une minute. Deux ans sans jouer, et je n’ai pas cassé une table, ni pété une vitre. Je n’ai jamais explosé, nous racontait Presnel Kimpembe. Ah, il est fort Dédé !" Deschamps n'a jamais seulement composé une équipe. Il a construit une hiérarchie. Chacun connaissait sa place. Les titulaires savaient pourquoi ils jouaient. Les remplaçants pourquoi ils ne jouaient pas. Cette stabilité a longtemps été son plus grand avantage sur les autres sélections.
La France sera championne du monde à Moscou. Avec un Didier Deschamps qui partage avec les seuls Franz Beckenbauer et Mario Zagallo l’honneur d’avoir été sacré comme joueur et sélectionneur. Mais, pourtant, il n’aura jamais été épargné par les critiques : trop frileux, trop ennuyeux, trop conservateur. "Alors oui, j’ai gagné des matches en jouant mal, plusieurs fois même, reconnaissait-il en 2018. Mais il y avait le plaisir de gagner." Et s’il fallait le faire avec Moussa Sissoko plutôt que Kingsley Coman en 2016 ou avec Blaise Matuidi plutôt qu’Ousmane Dembélé en 2018, qu’il en soit ainsi.
picture

66 buts avec les Bleus, dont 22 en Coupe du monde : "Sans Mbappé, la France serait partie plus tôt"

Video credit: Eurosport

Une culture de la gagne inouïe et des… erreurs

Pendant quatorze ans, Didier Deschamps n'a jamais cherché à rendre le football plus beau. Il a voulu rendre l'équipe de France plus forte. L’important, ce n’était pas les systèmes mais la culture qu’il a construite :  il a réussi en installant durablement les Bleus parmi les trois meilleures nations du monde, avec trois demi-finales de Coupe du monde, deux finales et un titre. Dans l’intervalle, personne ne fait mieux hormis l’Argentine. Un palmarès gigantesque qui ne l’absout pas de ses erreurs. En 2021, en 8e de finale de l’Euro face à la Suisse, il repasse à trois derrière, lance Clément Lenglet au frigo depuis un mois et demi. C’est un naufrage.
Comme celui de Dallas, la semaine dernière où, attentiste et conservateur dans ses choix (Rabiot, changement poste pour poste, respect des statuts), il n’a pas eu de prise sur la déculottée. Le résultat n’a pas toujours suffi et son mandat a semblé durer trop longtemps. Comme en 2024 avec un tournoi à 4 buts, dont 2 contre leur camp des adversaires. "Si les gens n'aiment pas ce qu'ils voient, ils changent de chaîne", s’agace-t-il face à un débat vif qui le fragilise. Mais le bonhomme a l’art du rebond. Il annonce son départ à l’issue de la Coupe du monde 2026 et, depuis que son horizon est fixé, il a gagné la paix. Deschamps a l’art du rebond et, aux Etats-Unis, le monde entier tombera fou amoureux de la même équipe, des mêmes hommes devenus soudain des machines à marquer sur le sol américain.

Il a déplacé la norme

Au fond, durant son mandat, on lui aura reproché tout et son contraire : d’avoir écarté Benzema puis de l’avoir repris, d’avoir été trop défensif puis trop offensif, pragmatique puis audacieux. Il a fini par se faire piéger par sa propre exigence. Avant lui, les Bleus ne gagnaient plus. Avec lui, il gagnait trop. En 2012, la France espérait simplement redevenir fréquentable. En 2026, une demi-finale de Coupe du monde est vécue comme un fiasco national. Voilà ce qu'a fabriqué Didier Deschamps. Il n'a pas seulement gagné. Il a déplacé la norme. C’est sans doute là son plus bel accomplissement au bout de 103 matches comme joueur, 185 comme sélectionneur et 31% des matches de l’histoire de l’équipe de France dont il fut un acteur majeur. C’est unique dans l’histoire du football mondial. Deschamps, c’est un quart de siècle en Bleu.
"J’ai commencé en 2012, en mettant l’équipe de France au-dessus de tout, a-t-il conclu samedi pour ses derniers mots comme sélectionneur. Les joueurs peuvent aller dans les plus grands clubs du monde, rien n’est au-dessus d’elle. J’ai cette fierté avec mon staff d’avoir été au service, pendant longtemps, trop longtemps selon certains, de l’équipe de France et d’avoir su la maintenir tout là-haut. Le sentiment d’avoir beaucoup donné. " Merci Didier.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité