Coupe du monde 2026 - Faut-il détester l'Argentine ?

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La double peine. Si vous êtes supporter des Bleus, ces demi-finales de la Coupe du monde ont été un calvaire, entre élimination sans fierté et qualification de l'ennemi intime argentin en finale. La rancœur issue de la finale 2022 et les débordements qui en ont découlé continuent de polluer le débat footballistique quatre ans plus tard à l'heure d'analyser cette équipe. Mais son mérite est réel.

Messi c'est 'Goatesque' : "En cas de titre dimanche, le débat peut être clos"

Video credit: Eurosport

Saleté de certitudes. Mardi, à l'orée de ces demi-finales, c'est gonflée de confiance que l'équipe de France entrait sur le terrain de Dallas. Mercredi, à Atlanta, c'est portée par une grâce appartenant aux survivants que l'Albiceleste s'en allait défier leur ennemi historique. Les Bleus avaient trop de talents pour passer à côté, les Argentins trop de failles pour continuer. Et puis, le sport a repris le dessus. Et puis, tout a volé en éclats.
Ce vendredi, l'Argentine est au rendez-vous final sans que la France n'ait voix au chapitre. Saleté de certitudes et terrible tristesse de passer à côté d'une revanche. De 2022 à 2026, les champions du monde n'ont pas tant changé. De la provocation, du vice, des mauvais gestes, du talent, de la grinta, une foi infinie et Messi : à ce stade, il convient de reconnaître que les miracles n'existent pas, a fortiori quand ils se répètent à intervalles aussi réguliers.

Sales, vulgaires, racistes

C'est un football fait "de lumières individuelles et d'émeutes collectives" comme l'avait joliment résumé Eduardo Sacheri à So Foot voilà quelques années. Cette formule poétique ne doit pas faire oublier tout le reste : les célébrations déplacées de 2022, les chants racistes de certains joueurs, dont Enzo Fernandez ou les provocations d'Emiliano Martinez.
Tout ceci a des conséquences concrètes qui dépassent le cadre du terrain, avec des cris de singe à destination de l'influenceur I Show Speed, fan de CR7, lors de cette Coupe du monde, par exemple. Rien de tout ceci n'est pardonnable et oublier ces faits dans l'analyse reviendrait à nier leur portée délétère.
Cette Argentine est toxique. Mais c'est aussi – et malheureusement, pour certains – une force dans cette Coupe du monde. La permissivité arbitrale autorise ce football canchero, fait de chevilles agressées à retardement, de petites fautes si tactiques, de semelles qui traînent, de coups cachés et de chocs délibérés. N'y voyez aucun complot là-dedans, simplement une évolution arbitrale qui permet à ce football de prospérer.
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Leandro Paredes qui sèche Jude Bellingham, une image parmi tant d'autres du combat imposé par l'Argentine

Crédit: Getty Images

The Telegraph a même tenté de recenser tous ces coups bas, 31 "dirty tricks", avant qu'Oliver Brown, rédacteur en chef du service sport, ne s'aligne sur la position française : "Son football sale et ses célébrations pleines de provocations confirment que cette équipe est difficile à aimer". La face sombre de cette Argentine mérite d'être racontée, étudiée et expliquée.

Atlético de Cholo, Real de Benzema

Mais elle ne doit pas faire oublier l'existence d'un autre football. Vous avez loué, parfois, les exploits de l'Atlético de Madrid en C1 ? Alors, il faut savoir reconnaître le mérite argentin. Il ne faudra d'ailleurs pas s'étonner de voir les Colchoneros en nombre dimanche – pour la troisième fois d'affilée, l'Atlético est le club le plus représenté en finale de Coupe du monde (9 joueurs, dont 6 évoluant avec l'Albiceleste). Le vice est une qualité parfois sous-estimée dans le football de 2026.
Sa marque de fabrique est connue mais redoutablement efficace. Il y a du Real Madrid 2022 dans cette équipe, par sa foi inébranlable à croire à l'impossible, à voir d'aussi près le gouffre à chaque tour pour finalement refuser d'y tomber, inexorablement. C'est presque un mysticisme qui se forge, avec Messi, évidemment, en gourou suprême.
C'est comme si le destin de cette équipe avait basculé en 2021, avec cette Copa America glanée au caractère, notamment par Dibu Martinez dans une séance de tirs au but épicée face à la Colombie en demi-finale. Le mauvais sort autour de la Pulga était rompu : il avait enfin gagné avec l'Albiceleste. La suite : une frénésie totale avec un sacre mondial en 2022 et une nouvelle Copa America en 2024.
C'est une équipe, une vraie. Pas au sens de l'Espagne, formidable mécanique de précision. C'est un chaos permanent dévoué à une seule tâche : survivre, encore et toujours. Ensemble. Il y a de quoi être triste de la fin de l'épopée française, par ce qu'elle charriait des fantasmes. Mais il y a aussi de quoi être jaloux de l'odyssée argentine, par ce qu'elle charrie d'émotions.
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Lionel Messi (Argentina)

Crédit: Getty Images


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