Coupe du monde 2026 | "Il est profondément humain" : Moussa Niakhaté, le parcours d'un combattant

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A 30 ans, Moussa Niakhaté vit le rêve de jouer une Coupe du Monde avec son Sénégal. Loin d'être une évidence quand on regarde le parcours, mais mérité quand on creuse pour connaître un peu plus l'homme. Les Lions de la Teranga ont, ce mercredi, une occasion rêvée de passer un tour pour la première fois depuis 2002 et une folle aventure qui les avait portés en quart de finale.

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Video credit: Eurosport

Depuis son retour en Ligue 1, à l'été 2024, pour un très gros transfert à plus de 30 millions d'euros entre Nottingham Forest et l'Olympique Lyonnais, la France apprend à davantage connaître Moussa Niakhaté. Le gamin du Nord, né à Roubaix, en 1996, qui découvre le foot à Comines, juste à la frontière avec la Belgique, pour suivre le frangin, trois ans plus âgé que lui. Le grand LOSC le fait venir à ses huit ans, pour lui montrer la porte sept ans plus tard, non conservé. Pour Moussa Niakhaté, il y a, en fait, eu deux déclics jusqu'à l'Amérique et la Coupe du Monde, un Graal pour lui.
D'abord en 2005. Il a neuf ans et vient à peine d'intégrer le LOSC. Lors d'un voyage estival au Sénégal, son père décède soudainement. Niakhaté racontait à L'Equipe en décembre dernier : "C'est le tournant de ma vie. Je me suis dit que j'étais vraiment obligé de devenir pro, pour lui, parce qu'il était un grand passionné de foot." Un papa ancien professeur de droit et directeur adjoint du collège de Comines, mais également impliqué dans une association aidant des personnes dans le besoin comme des réfugiés, des sans-papiers... Un véritable exemple.

Robot, tremblement et humilité

L'autre déclic, plus footballistique finalement, se situe à Wasquehal, dans la métropole lilloise, qu'il rejoint après la fin au LOSC. Un déclic dans la persuasion qu'il avait quelque chose à faire dans le foot, rêve qu'il n'a jamais abandonné. "À Lille, j'étais robotisé, disait encore Niakhaté à L'Equipe. En arrivant à Wasquehal, je me suis trouvé des qualités. Je me suis trouvé bon, fort." Son tour des Hauts-de-France l'emmène à l'USBCO, à Boulogne-sur-Mer, où il évolue en U17 DH, et surtout à Valenciennes, le tournant. C'est dans le Hainaut qu'il va signer son premier contrat professionnel.
Une émotion indescriptible et intérieure pour lui, qui en tremblait même au moment de ratifier son contrat, comme le racontait La Voix du Nord. Une première entrée en pro, en Ligue 2, un soir de défaite 0-3 face à Dijon en octobre 2014. Puis Metz, où il fait ses premiers pas dans l'élite. "Moussa Niakhaté, c'est la gentillesse incarnée, apprécie Philippe Hinschberger, un de ses coachs chez les Grenats. Un garçon bien élevé, avec toujours le sourire. Il n'avait jamais connu la Ligue 1 quand il est arrivé et s'est imposé comme un très bon défenseur, avec beaucoup d'humilité et une capacité à être très à l'écoute." Puis Mayence, Nottingham Forest, Lyon et bien sûr la sélection du Sénégal.

Grand-frère et vrai leader

Surtout, ce qui transpire de l'extérieur, et le témoignage de Philippe Hinschberger en est une première illustration, c'est la personnalité de Moussa Niakhaté. Il y a comme cette envie de devenir son pote, et de se marrer, d'échanger avec lui tant il semble rayonner au quotidien. "Moussa, c'est quelqu'un de simple. J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi simple. C'est très rare de ne pas le voir sourire, c'est incroyable. Il est un de mes meilleurs souvenirs à Lyon, avoue Warmed Omari, ancien défenseur du Stade Rennais et de l'OL, où il a connu Niakhaté, depuis parti en Allemagne, à Hambourg. Quelqu'un de très, très gentil, de très ouvert." Il faut dire que regarder les vidéos de l'Olympique Lyonnais, très fort en la matière, sur les réseaux sociaux, pendant toute la saison, convainc d'avoir une certaine attache pour le défenseur central sénégalais.
"On le voit dans ces vidéos, poursuit Warmed Omari, il se donne pour son équipe, il est vrai. Il facilite les choses pour les nouveaux joueurs, poursuit Warmed Omari, qui se remémore les bons moments avec sa bande de potes à l'OL, au milieu des Moussa Niakhaté, Georges Mikautadze, Malick Fofana, Saël Kumbedi... En résumé : c'est un vrai leader." Et pas que sur le terrain: "Oui, c'est un grand frère. Mais la plupart des joueurs de Lyon pourrait vous dire la même chose, sourit le natif de Mayotte. Il essaie de gérer un peu les états d'âme de ceux qui l'entourent, d'être toujours là, d'aider, d'organiser souvent des choses pour rapprocher les joueurs..."

Tôt ou tard, tu seras Lyonnais : la prédiction d'Aulas

Aujourd'hui chez le Côme de Cesc Fabregas, Maxence Caqueret valide le côté "grand frère", et prolonge : "Il parlait beaucoup aux jeunes de l'équipe, raconte le milieu de terrain formé chez les Gones. Il les aidait, les conseillait... C'est quelqu'un qui aime beaucoup rigoler et taquiner, il met la bonne humeur et la bonne ambiance dans le vestiaire." Mais ça ne date pas d'aujourd'hui. Exemple, parmi d'autres, de Bo Svensson, son entraîneur à Mayence, qui, alors que Niakhaté était très sollicité pour un transfert, applaudissait : "Il joue comme s'il allait rester à Mayence pour toujours." Il y a quelque chose dans l'exemplarité du footballeur de haut niveau, et dans les qualités, qui attirent l'oeil de beaucoup.
Exemple, un jour d'avril 2018, quand l'Olympique Lyonnais de Memphis Depay et Houssem Aouar vient coller un vilain 5-0 aux Messins à Saint-Symphorien. Avec Moussa Niakhaté en défense côté Metz. "Ce match-là, ça avait été un de mes pires, racontait Niakhaté dans une interview sur les réseaux sociaux des Gones. J'avais vraiment été mauvais, j'avais été fautif sur les deux premiers buts. Mais à la fin du match, quand on redescend vers les vestiaires, Monsieur (Jean-Michel) Aulas, qui était en béquilles, sert la main de tous les joueurs. Quand il me sert la mienne, il la garde et dit devant tout le monde - je ne vais jamais l'oublier - : 'Tôt ou tard, tu seras Lyonnais.' Cinq ou six ans après, me voilà."
Moussa a une qualité exceptionnelle : la résilience
Mais n'allez pas croire que tout a été simple sur le terrain pour celui qui a toujours apprécié Thiago Silva. Il y a cette relégation en Ligue 2 avec le FC Metz pour sa première saison à ce niveau. Cette grosse blessure, alors qu'il vient d'arriver à Forest (transfert à 14M€), qui l'éloigne des terrains pendant sept mois. Et s'il revient bien pour finir cette saison 2022/23 titulaire, il n'a pas été facile d'être un indiscutable en Premier League. C'est d'ailleurs après cet exercice 2023/24, avec seulement seize présences dans le onze de départ en championnat qu'il dit oui à l'offre lyonnaise.
Et, là encore, souvenez-vous, ses débuts dans le Rhône avaient été quelque peu mouvementés. Notamment par des performances et une certaine fébrilité qui ont fait naître beaucoup de doutes dans le Rhône. "Quand il est arrivé à Lyon, observe Caqueret, c'est comme s'il était là depuis des années. Il n'a pas eu de temps d'adaptation comme certains peuvent l'avoir. Il s'est tout de suite acclimaté, il avait une assurance, une confiance en lui qui lui ont permis de s'intégrer rapidement. C'est pour ça qu'il a été très rapidement titulaire et est devenu cadre de cette équipe." Mais Warmed Omari réfute le constat sur ses premières performances lyonnaises : "Il avait fait une bonne saison, dit-il. Peut-être pas au niveau que les gens attendaient, mais il a pu se montrer et être là pour le collectif."
Régis Bogaert a été l'adjoint d'Aliou Cissé, avec qui Moussa Niakhaté a fait ses débuts en sélection du Sénégal un jour de mars 2023 : "Moussa a une qualité exceptionnelle : la résilience. A chaque fois qu'on lui a dit que ce serait difficile, il s'en est servi pour devenir plus fort."
La force tranquille
Mais en 2025/26, impossible d'avoir la même lecture tant Moussa Niakhaté a affiché régularité, sérénité et performance. Au point d'apparaître dans le onze type des notes de L'Equipe sur toute la saison. "Il n'a fait que confirmer le joueur qu'il est, avec l'importance qu'il a dans cette équipe, estime Omari. On sait que quand il est présent dans une équipe, il fait beaucoup de bien par la voix, par ses conseils. Il fait partie aujourd'hui des meilleurs défenseurs du championnat français. Lui doit en être conscient, même si c'est quelqu'un qui ne se prend pas la tête, donc il ne doit pas y penser plus que ça, mais c'est bien de lui dire quand c'est très bien aussi." Maxence Caqueret retient surtout "sa force tranquille. C'est quelqu'un de toujours très calme dans n'importe quelle situation. Il a une capacité à remonter une équipe quand ça ne va pas, à avoir les mots justes. Et, sur le terrain, peu importe son niveau, il arrive toujours à être focus. C'est quelque chose de très fort chez lui."
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"Il a gagné sa place pour les 8es de finale" : Barcola, l'électron libre des Bleus

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"Il est profondément humain"
Et il en a fallu, de la force mentale et du calme pour vivre et digérer tout ce qui lui est arrivé cette saison. Ses performances en Ligue 1, donc, mais aussi le sacre, sur le terrain, lors de la dernière Coupe d'Afrique des Nations, même si le Maroc a été déclaré vainqueur, pour le moment, en attendant le jugement du tribunal arbitral du sport. Un sacre comme une revanche de l'édition précédente où c'est lui qui manquait son tir au but pour l'élimination du Sénégal dès les huitièmes de finale face à la Côte d'Ivoire.
Et donc cette première participation à une Coupe du Monde avec son Sénégal. Lui qui avait débuté un jour de mars 2023 avec les Lions de la Teranga, lancé par Aliou Cissé. "Je fais partie des gens qui se sont battus pour que Moussa intègre l'équipe du Sénégal, promet Régis Bogaert. Je trouvais qu'il cadrait bien avec ce qu'on faisait, avec l'esprit qu'on essayait d'installer dans cette équipe. Avec aussi, par rapport à Kalidou (Koulibaly), qui, pour moi, reste le boss de la défense. Moussa était d'une génération un peu différente. Et quand on bâtit une équipe, il faut avoir cette notion de transmission. Kalidou était capable de transmettre, Moussa capable de recevoir, et de faire pareil ensuite." Si Moussa Niakhaté avait connu les sélections U19, U20 et Espoirs avec la France, il a opté pour le Sénégal et paraît plus que jamais engagé à chaque convocation.

Le cadeau de tenues traditionnelles

"Il ne parlait pas toujours du Sénégal, au contraire, c'est plutôt nous, constate Warmed Omari. On lui posait beaucoup de questions. Quand il est avec sa sélection, ça lui tient à coeur, il essaie d'être performant." Maxence Caqueret enchaîne : "Il y a un souvenir qui me marque de Moussa avec le Sénégal , c'était lors d'un retour de sélection. Il avait offert des tenues traditionnelles du Sénégal à toute l'équipe. Un geste vraiment marquant. La semaine qui a suivi, on avait pu voir les joueurs arriver avec ces tenues à l'entraînement. Ca montre encore une fois qu'il a le coeur sur la main, et ça montre son attachement à son pays et à sa culture. C'est un moment qui décrit vraiment Moussa dans sa personne et son amour pour la sélection."
Ce qui fait dire à Régis Bogaert : "Il est profondément humain et il est capable de porter haut et fort les couleurs du Sénégal. Au plus profond de lui, je pense qu'il était extrêmement touché lors de la victoire à la CAN." Pour son pays, oui, mais aussi personnellement, après ce parcours du combattant.
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"Une telle grâce, on a rarement vu ça depuis Zidane"

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