Coupe du monde 2026 | Il était une fois Norvège-France 2010 : Le début de l'après-Knysna
Par Timothé Crépin
Mis à jour 25/06/2026 à 22:34 GMT+2
C'est une époque désormais assez lointaine, mais que personne n'oubliera : 2010, les événements de la Coupe du Monde en Afrique du Sud et une honte absolue pour l'équipe de France. Le premier match des Bleus post-Knysna, c'était en Norvège, en plein mois d'août. Récit avant que les deux nations ne s'affrontent ce vendredi soir à la Coupe du monde 2026.
"Deschamps fera l'équipe mais Stephan fera le coaching"
Video credit: Eurosport
Dans l'histoire des rencontres entre l'équipe de France et la Norvège, peu des quinze affrontements (le premier avait eu lieu en 1923) sont restés dans les mémoires. Avant l'affiche prévue au Gillette Stadium de Foxborough, les dernières retrouvailles avaient eu lieu en 2014, dans un match de préparation avant de filer à la Coupe du Monde 2014 au Brésil (4-0, doublé d'Olivier Giroud, buts de Paul Pogba et Loïc Rémy). Français et Norvégiens se sont régulièrement retrouvés dans la même poule pour des phases de qualification pour une Coupe du Monde ou un Euro. Les plus nostalgiques de la magie de Zinédine Zidane se souviennent forcément du France-Norvège de février 1998.
En amical, à quatre mois de leur entrée en lice dans leur Coupe du Monde, les troupes d'Aimé Jacquet affrontent les Norvégiens au Vélodrome de Marseille. 3-3 au bout du compte, avec un but absolument magique de ZZ sur une ouverture de Youri Djorkaeff.
Mais un Norvège-France est resté si symbolique bien des années plus tard. Nous sommes le 5 août 2010. Au siège de la FFF, Laurent Blanc se présente face aux journalistes pour annoncer sa toute première liste de joueurs, lui qui vient de prendre ses fonctions de sélectionneur de l'équipe de France. Nous sommes en plein été, et il fait peut-être encore plus chaud dedans que dehors. Car le contexte est très, très, très lourd : nous sommes 46 jours exactement après le plus grand naufrage qu'ait connu le football français.
Blanc, une première en terre hostile
Souvenez-vous, le Mondial 2010 en Afrique du Sud, les événements de la mi-temps de France-Mexique, la fameuse taupe, Kynsna, la grève des joueurs, le chrono de Robert Duverne, le bus, la lettre de Raymond Domenech, etc. On ne vous refait pas le film. Mais douze ans après 1998 et la Coupe du Monde, et dix après l'Euro 2000, l'équipe de France est redescendue au plus bas, si ce n'est pire. Voilà le contexte. L'après-Kynsna est loin d'être terminé. Les femmes et hommes politiques se sont évidemment emparés du sujet. Et les sanctions ne sont pas encore tombées pour les joueurs.
On a donc connu plus tranquille pour une première à la tête de l'équipe de France pour Laurent Blanc. Le nouveau sélectionneur, dont la prise de fonction avait été officialisée avant la Coupe du Monde 2010 - méthode qui n'a jamais vraiment fait ses preuves - avait d'ailleurs annoncé ne convoquer aucun des joueurs présents en Afrique du Sud. Sanction symbolique en attendant les décisions de la FFF. Laurent Blanc appelle, en revanche, les réservistes ou blessés de Raymond Domenech. Lassana Diarra (Real Madrid), Jimmy Briand (Lyon), Hatem Ben Arfa (Marseille), Yann M'Vila (Rennes), Rod Fanni (Rennes), Adil Rami (Lille) : ils sont tous là pour la Norvège.
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L'équipe de France pour le match en Norvège en 2010
Crédit: Getty Images
Et qui dit remaniement général, dit forcément nouvelles têtes : sept éléments sont convoqués en équipe nationale pour la première fois : Benoît Trémoulinas (Bordeaux), Yohan Cabaye (Lille), Jérémy Menez (AS Roma), Charles N'Zogbia (Wigan), Mamadou Sakho (PSG) et Mathieu Debuchy (Lille). En tout, ce sont même treize joueurs sur vingt-deux qui ne comptent aucune sélection au compteur ! "J'espère que les joueurs qui vont jouer leur première sélection prendront ça avec beaucoup d'honneur, posait Laurent Blanc. Il faut impérativement gagner ce match-là."
Ce qui s'est passé ne pourra pas être gommé
On note, enfin, le retour de Karim Benzema (Real Madrid) et de Samir Nasri (Arsenal), pas vraiment en odeur de sainteté avec Raymond Domenech. Tous ses joueurs ont une seule mission pour ce match amical programmé en plein mois d'août, tradition qui a, heureusement, désormais disparu : livrer un match plein question comportement irréprochable, histoire de commencer à faire renaître, même si ce sera long, le lien entre l'équipe de France et son public.
"Ce qui s'est passé ne pourra pas être gommé, disait Laurent Blanc lors de sa conférence de presse. C'est une cicatrice. La seule chose qui pourra l'effacer, c'est la gagne. Il n'est donc pas question que nous nous mettions une épine dans le pied." Blanc qui, par ailleurs, n'excluait définitivement aucun joueur présent en Afrique du Sud. Au lendemain de cette conférence de presse, on apprend d'ailleurs que seulement cinq joueurs seront convoqués devant la commission de discipline de la FFF : Nicolas Anelka, Franck Ribéry, Jérémy Toulalan, Eric Abidal et Patrice Evra.
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"DD sait ce qu'il doit à Tchouaméni" : Koné a-t-il renversé la table ?
Video credit: Eurosport
À la veille de ce Norvège-France bien plus important qu'on aurait imaginé, Samir Nasri promet : "On tient à nos couleurs, on a envie de faire partie du changement." Le milieu des Gunners, à l'époque, sait pertinemment que l'image des Bleus est "ternie". "Il ne faut pas se tromper d'objectifs, on n'est pas là pour jouer pour sa gueule. On a besoin de jouer pour le collectif et de gagner ensemble. Il y a une opportunité qu'il faut saisir et ne pas laisser échapper. Ça ne se représentera pas une deuxième fois."
Nasri, toujours très franc, prolongeait : "L'expérience en Afrique du Sud est un mal pour un bien. Il y a eu des changements à tous les niveaux. Ce sera plus structuré désormais. Les joueurs sont revanchards." On sait à quel point sa relation avec Raymond Domenech a pu être électrique, ce dernier ne comptant pas sur lui, par exemple, pour la Coupe du Monde 2010. Et Nasri ne se prive pas pour le faire comprendre. En parlant de Laurent Blanc, Nasri lâche : "Déjà, il a une crédibilité, une aura. Il impose le respect de par sa carrière de joueur et d'entraîneur."
Communication soignée
11 août. Nous sommes à Oslo, à l'Ullevaal Stadion. La Norvège de John Arne Riise, l'ancienne patte gauche de Liverpool et de Monaco, accueille dans un stade bien clairsemé (à peine 15 000 spectateurs). Au coup d'envoi, équipe évidemment inédite : Ruffier (qui était en Afrique du Sud, mais pas qualifié), Fanni, Mexes, Rami, Cissokho, M'Vila, Sissoko, N'Zogbia, Nasri, Rémy, Hoarau. Avec Mexès, blacklisté sous Domenech, en capitaine de la première de la reconstruction.
Six (Ruffier, Hoarau, Rami, N'Zogbia, Cissokho et M'Vila) vivent leur première sélection. Pour illustrer le fait qu'une exemplarité maximale en terme d'attitude est la priorité de ce rassemblement d'août, dans son compte-rendu de l'époque, le journal Le Parisien remarque : "À noter que les joueurs de l'équipe de France se sont présentés sur la pelouse sans casques audio sur les oreilles." La volonté de Blanc et de son staff est de soigner la communication en interne, avec ses joueurs, et en externe, vis-à-vis des médias, du public, etc. "Avec Laurent Blanc, on sort du noir", peut-on lire en parcourant les différentes vidéos de l'époque, sur une banderole brandie par des supporters tricolores.
Mais comme toujours dans le football, c'est le résultat qui compte, même en match amical. Une première tête de Guillaume Hoarau (8e), un arrêt en deux temps de Ruffier (13e), un Loïc Rémy qui aurait dû transformer cette galette de Charles N'Zogbia (17e)... Les Bleus sont dans leur match et ont les meilleures occasions, avec encore cette reprise de Moussa Sissoko (30e).
Et si Adil Rami passe tout proche du but contre son camp (34e), l'équipe de France ouvre le score au retour des vestiaires. Avec le premier but de l'ère Laurent Blanc signé Hatem Ben Arfa. Entré en jeu à la pause à la place de Sissoko, HBA, numéro 14 dans le dos, hérite du ballon à plus de quarante mètres des cages norvégiennes, s'avance et arme de très loin. La réalisation est superbe (0-1, 48e).
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Hatem Ben Arfa buteur lors de ce fameux Norvège-France 2010
Crédit: Getty Images
Mais on va vite comprendre que les Bleus sont loin d'être guéris : ils ne gardent leur avantage que trois minutes, le temps de voir Huseklepp égaliser d'une reprise dans la surface avec un Stéphane Ruffier loin d'être impérial (1-1, 51e). La Norvège a un réalisme maximal face aux erreurs françaises : Lassana Diarra, pas à la hauteur ce jour-là, manque dans les grandes largeurs un contrôle pourtant anodin, Huseklepp, encore lui, efface Ruffier et donne la victoire aux siens (2-1, 71e). "Après seulement trois jours ensemble, on a pu voir une belle équipe de France, même s’il y a la défaite au bout, se satisfaisait Philippe Mexès, capitaine d'un soir. Les gens attendent des victoires, nous aussi, mais il y a des points positifs..."
Sans critiquer ce qui se faisait avant, c'est maintenant plus ouvert, plus convivial
Sixième rencontre de suite sans victoire pour la France. On n'emploiera pas ici la fameuse (ou fumeuse) expression de la défaite encourageante. Mais il y a à ce moment le ressenti qu'il va falloir du temps pour retrouver une équipe sur le terrain et un climat très apaisé en dehors. "Sans critiquer ce qui se faisait avant, c'est maintenant plus ouvert, plus convivial, assurait Philippe Mexès. Il y a plus de dialogue avec le coach, le staff, tout le monde parle avec tout le monde, il y a plus de fraîcheur."
Six jours plus tard, les sanctions de Knysna tomberont, avec notamment les dix-huit matchs de suspension pour Nicolas Anelka (cinq pour Evra, trois pour Ribéry, un pour Toulalan, aucun pour Abidal). Tout début septembre, pour le premier match officiel de Laurent Blanc, les Français s'inclineront 1-0 au Stade de France, face à la Biélorussie, en éliminatoires pour l'Euro 2012. La route sera longue pour une équipe de France alors au-delà de la vingtième place au classement FIFA, qui retrouvera quelques couleurs à l'Euro 2012 (élimination en quart de finale), avant la prise de fonction de Didier Deschamps, l'historique barrage France-Ukraine pour la Coupe du Monde 2014, et toute la glorieuse histoire qui s'est depuis écrite.
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