Coupe du monde 2026 - Norvège - Angleterre : Comment Thomas Tuchel a crée l'unanimité au sein de son groupe
Eurosport sur GoogleL'Angleterre, qui défie la Norvège ce samedi pour une place en demi-finale, a appris à connaître et aimer Thomas Tuchel. Le sélectionneur anglais a mis la main sur son groupe qui transpire le plaisir et la joie dans cette Coupe du monde. Notre correspondant Philippe Auclair raconte les ressorts d'une sympathie contagieuse autour de l'ancien coach du PSG.
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Erling Haaland qui s'amuse comme un gosse et rythme les coups d'aviron des supporters norvégiens. Kylian Mbappé qui a retrouvé le sourire du temps où il terrorisait les adversaires de Monaco. Didier Deschamps, touché au plus profond de sa chair par le décès de sa maman, communiant avec ses joueurs après la victoire sur le Paraguay.
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Les Diables belges qui beuglent "Y.M.C.A." en imitant les pas de danse de Donald Trump, après avoir éliminé, et de quelle façon, Folarin Balogun et ses coéquipiers. Mexico City en liesse, un million de personnes toutes à leur bonheur Plaza de la Indepedencia, même si le carnaval est fini.
Malgré l'affaire Balogun, malgré Trump, malgré les controverses d'arbitrage, malgré Gianni Infantino, malgré les billets hors de prix, les stades inaccessibles, et tout le reste qu'on connait par haut-le-coeur, cette Coupe du Monde est et restera celle de la joie. Le football est si fort et peut être si beau qu'il finit toujours par nous rappeler pourquoi il est, de toutes les choses qui n'ont pas d'importance, celle qui compte le plus.
Le plaisir comme moteur
L'Angleterre aussi se laisse aller, ce qui n'est pas son habitude. Même avec Gareth Southgate, exemplaire à tant d'égards, jamais on n'a vu des Three Lions aussi heureux de vivre un grand tournoi. Sa dignité s'accompagnait d'une certaine réserve, qui n'avait rien d'hostile, mais n'engendrait pas nécessairement la bonne humeur. C'est peut-être parce que toutes les équipes finissent par ressembler à leur entraîneur qu'il en est ainsi : c'est Thomas Tuchel qui donne le "la" aux Three Lions quand ils font de la musique.
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On a dit beaucoup de choses de Tuchel. Qu'il avait un caractère entier, celui d'un homme qui ne refuse jamais les conflits et les recherche parfois, d'un obsédé du ballon qui n'a pas peur de remettre les autres à leur place, la sienne étant au sommet. Ce qu'on n'a pas suffisamment dit, c'est que Tuchel prend un plaisir fou à exercer son métier, et que l'une de ses forces est de savoir comment le partager.
C'est avec ses joueurs, tout d'abord, dont certains – hey Jude? – n'ont pas l'habitude de se faire remonter les bretelles, mais qui l'acceptent quand c'est par lui. Un champion de France, d'Allemagne, d'Europe et du monde force le respect. C'est avec la presse, ensuite, dont une bonne partie se montrerait pourtant hostile à lui si les résultats de l'équipe d'Angleterre lui donnaient la chance de sortir ses griffes. On n'en est pas passé loin après les matches contre le Ghana et Panama.
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Thomas Tuchel lors d'Angleterre - Croatie en Coupe du monde, le 17 juin 2026
Crédit: Getty Images
Vestiaire conquis
Ces médias ont cela dit appris à apprécier la franchise de l'Allemand à qui a été confiée la mission de faire revivre 1966 à son pays d'adoption. Tuchel ne se dérobe pas quand il est provoqué de front : il répond franc et juste, dans un anglais presque parfait. Jamais n'a-t-on le sentiment que les mots qu'il utilise ont été pesés de telle sorte qu'ils ne causent aucun déconfort. Voilà qui rafraîchit.
On n'a pas non plus le sentiment que s'asseoir devant les micros et les caméras soit un pensum ou une épreuve pour lui. Si Tuchel a ses aspérités et les montre parfois, il n'en parait que plus humain pour cela. Il sait transmettre combien il tient à son équipe, en est fier, et combien il savoure l'opportunité qui lui a été donnée, combien il se fait plaisir en en tirant le maximum. Il n'aurait pas prolongé son contrat jusqu'à l'Euro 2026 s'il en était autrement.
Le message est passé. Un match d'anthologie contre le Mexique à l'Azteca a fini par faire chavirer ceux qui doutaient encore. Le vestiaire est conquis. Quiconque en douterait n'aura qu'à regarder la vidéo de l'après-match à Mexico City, largement partagée sur les réseaux sociaux, dans laquelle on voit Declan Rice et John Stones jouer un tour à leur façon en faisant croire - quelques secondes - à leur coach que Stones s'est blessé à l'épaule.
L'inquiétude qui se lit aussitôt sur le visage de Tuchel n'est pas feinte. Mais très vite, elle fait place au rire, quand Stones cesse de masser son épaule et se met à marquer le rythme de la chanson jouée dans le vestiaire avec son bras "blessé". Toute l'équipe fait de même. Tuchel, lui, hilare, se met à danser. Les choses ont pas mal changé depuis Sir Alf Ramsey.
Une telle connivence est rare. Les joueurs doivent se sentir suffisamment à l'aise avec leur coach pour le chambrer, sachant qu'il saura prendre les choses avec humour, et qu'il verra dans la blague la manifestation d'un groupe qui vit bien ensemble, un "ensemble" qui est heureux de le compter en son sein. Tuchel, sur ce coup, a réagi exactement comme ses joueurs l'espéraient ; mieux, comme ils savaient qu'il le ferait.
Tuer son égo
Anthony Gordon, dans une étonnante interview donnée au Times l'avant-veille du quart de finale contre la Norvège, a confié comment, selon lui, ce n'était pas la qualité de sa préparation tactique ("en termes de détails, il est au top") qui était le plus grand atout de Tuchel, mais son talent de "communicateur". "Comme motivateur, ce qu'il me dit marche vraiment pour moi", dit Gordon. "Il utilise des citations, il se sert d'autres sports comme exemples. Il semble quelqu'un de très spirituel".
Par quoi la recrue de Barcelone n'entendait pas que Tuchel avait le sens de la répartie, même s'il a l'esprit vif et toujours en éveil, mais qu'il avait un côté presque mystique. Que, pour lui, "tout se rapportait à une ambition plus haute", qui nécessitait qu'on "tue son égo et qu'on se mette au service du but ultime". Le message n'a rien d'inédit. Le faire passer est plus rare.
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"La Roja n'a pas l'air très fringante" : un France-Espagne qui va se jouer sur la fraîcheur ?
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L'Allemand sait aussi quand relâcher la pression : tout exigeant qu'il soit, il donna deux jours de liberté à ses joueurs après la folle soirée de l'Azteca. Son enthousiasme pourrait devenir suffoquant s'il le conduisait à dénier un espace de liberté à des hommes dont il pourrait être le père, mais qu'il ne traite pas comme des enfants (*).
Voilà comment l'Angleterre se retrouve aujourd'hui si près d'une seconde finale de Coupe du Monde. Sous la conduite d'un chef inspiré, elle a appris à chanter d'une seule voix, et ce qu'elle chante est un hymne à la joie.
(*) Tuchel, s'il a un physique juvénile, entrera bientôt – en août – dans sa 54ème année.
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