Coupe du monde - "Soutenir l'Iran, c'est soutenir le peuple, non le régime" : la diaspora iranienne se déchire autour de son équipe nationale

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Soutenir l'équipe nationale pendant la Coupe du monde ou la boycotter ? Pour la communauté iranienne des États-Unis, la question dépasse largement le cadre du sport, profondément divisée entre fierté nationale et rejet total du Régime islamique en place à Téhéran.

Deschamps, ou la démonstration par l'absurde

Video credit: Eurosport

Par Maxime Aubin,
Ali Eslami, 70 ans, a fait le voyage de Los Angeles jusqu’à Tijuana ces derniers jours, trop impatient de pouvoir observer son équipe favorite sur son camp de base mexicain, situé de l’autre côté de la frontière américaine, à quelques kilomètres de San Diego. "On ne peut pas voir les entraînements à cause du dispositif de sécurité, mais on peut apercevoir les joueurs quand ils montent ou descendent du bus. On a l’occasion d’échanger quelques mots en persan avec eux. C’est un grand bonheur d’être ici pour voir cette équipe qui représente mon pays, mes origines", commente ce résident californien qui a quitté l’Iran en 1976, laissant derrière lui sa mère et ses frères.
L’Iran est le premier pays à avoir débuté une Coupe du monde sur le sol même d’une nation hôte avec laquelle il était en guerre, les États-Unis, qui ont attaqué le pays avec l’aide d’Israël en février 2026. Les frappes, menées dans le contexte des négociations au point mort sur le programme nucléaire iranien, ont tué le guide suprême Ayatollah Ali Khamenei ainsi que plusieurs hauts responsables militaires, plongeant le pays dans une crise sans précédent. Pendant des mois, la participation iranienne au tournoi est ainsi restée suspendue à un fil, avant que l’équipe soit finalement autorisée à participer, mais dans des conditions difficiles, obligée d’installer un camp de base sous haute surveillance au Mexique, et de faire des allers-retours aux États-Unis pour jouer ses matches.
Rester silencieux revient à porter les valeurs du gouvernement actuel
Cette présence de la "Team Melli" à la Coupe du monde divise profondément les quelque 750 000 Iraniens installés aux États-Unis, qu’ils soient réfugiés politiques ou binationaux. "Je ne pense pas qu'il soit juste d'exclure qui que ce soit. Il me semble que l’Iran doit pouvoir participer. Après, ça m'est égal qu'ils le fassent ou non, car je ne le supporterai pas", confie Adel*, 44 ans, qui vit à Mountain View, dans la Baie de San Francisco (*son prénom a été changé pour préserver son anonymat). "J’ai de la famille, des cousins qui ont été exécutés au début de la révolution de 1979. Et aujourd'hui encore, parler contre le régime en place peut coûter la vie. Alors, rester silencieux comme les joueurs le font, se montrer publiquement, participer à quoi que ce soit, revient à porter les valeurs du gouvernement actuel."
Comme Adel, ils sont nombreux à avoir choisi de boycotter la Coupe du monde, voire à descendre dans la rue pour clamer leur opposition. Lundi soir, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant le SoFi Stadium de Los Angeles avant le match contre la Nouvelle-Zélande (match nul 2-2), scandant leur rejet de la République islamique. À l'intérieur, l'ambiance était tout aussi chargée : l'hymne iranien a été partiellement couvert de sifflets, tandis que dans les tribunes s'agitaient des drapeaux au Lion et au Soleil, symbole de l'Iran d'avant la révolution de 1979, pourtant formellement interdits par la FIFA, l’organisateur du tournoi, à l'intérieur des enceintes.
"Les gens qui font ça n’ont pas l'esprit du sport", estime Ali Eslami, qui a fait carrière aux État-Unis comme coach de tennis et préparateur physique. "Le sport, et le football en particulier, a cette capacité et ce potentiel pour unir l'humanité. Nous devrions tous être unis et nous rendre compte que cette compétition va probablement contribuer à détendre les relations entre l'Iran et les États-Unis". Un avis partagé par Daniel Tehranian, ingénieur logiciel de 45 ans, basé à Austin, au Texas, et ami d’Adel. "Je vois cette équipe et ses joueurs comme les représentants de millions de citoyens iraniens lambda qui n'ont que très peu de prise sur les actes de leur gouvernement. Pour moi, soutenir l’Iran, c'est soutenir le peuple, non le régime."
Si Daniel Tehranian et Adel sont en revanche d’accord sur une chose, c’est que la présence de leur équipe nationale à la Coupe du monde attise les tensions d’une communauté iranienne de plus en plus irréconciliable. "On avait un groupe d'amis bien plus grand avant, confie Adel. Mais ce groupe s'est rétréci justement à cause des événements politiques récents au pays. C'est devenu de plus en plus difficile de se parler."

L’accord de paix entre les US et l’Iran divise lui aussi

Après des mois de guerre et de négociations chaotiques, un accord de paix entre les États-Unis et l'Iran a finalement été signé mercredi par le président américain Donald Trump en France. Un espoir pour le peuple iranien ? "Quoi qu'ils aient conclu, c'est une nouvelle catastrophe. La preuve que rien n'a changé, et que rien ne changera jamais au pays", estime Adel, critiquant le fait que les Américains "aient traité avec le régime islamique comme avec n'importe quel interlocuteur légitime, au mépris des opposants et des civils iraniens tués au moment où il y avait de l’espoir."
"Je suis enfin apaisé, apprécie quant à lui Ali Eslami. Il y a à peine un mois, j'étais stressé parce que je voyais des innocents mourir, et ce des deux côtés, ce n'est vraiment pas quelque chose que j'ai envie de voir. Aujourd’hui, il y a un accord de paix, et j’espère que tout finira dans le bon sens."
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Les joueurs iraniens durant Iran - Nouvelle-Zélande, le 15 juin 2026

Crédit: Getty Images

Sur le terrain du football, les tensions ne sont pas redescendues entre la délégation iranienne, les États-Unis et la FIFA. Déjà irritée par le refus des Américains d’accorder des visas à certains membres de son staff pour la Coupe du monde, la "Team Melli" a annoncé jeudi vouloir porter plainte auprès de la FIFA contre les restrictions imposées à l’équipe. Au-delà d’avoir dû poser leurs valises au Mexique, les joueurs n’avaient été autorisés à se rendre à Los Angeles que la veille de leur premier match, et dû retourner à Tijuana dans la même soirée. "Nous sommes l'équipe la plus maltraitée de toute la Coupe du monde", s’indignait le sélectionneur Amir Ghalenoei après la rencontre. L’Iran doit affronter la Belgique dimanche, toujours à Los Angeles, pour son deuxième match dans le tournoi.
"Je suis un peu déçu qu’il y ait cette discrimination. C'est dur pour une équipe comme l'Iran d'être vraiment compétitive dans ces conditions. Mais honnêtement, ça donne encore plus de mérite aux joueurs. Chacun d'eux est un héros", achève Ali Eslami, déterminé à tirer le positif de cette drôle de compétition au climat politique pesant.
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