Iran, le guêpier de Gianni Infantino
Alors qu'il vient de fêter le 10e anniversaire de sa première élection fin février, Gianni Infantino se montre bien discret sur la situation en Iran et la guerre qui frappe le Moyen-Orient dans son ensemble. Sans surprise, "Johnny", comme Donald Trump l'appelle, ayant vassalisé sa FIFA sous la tutelle américaine.
Gianni Infantino lors du Congrès extraordinaire de la FIFA, durant lequel il a été élu président, le 26 février 2016
Crédit: Getty Images
Printemps 2027: Gianni Infantino est réélu président de la FIFA par le Congrès de l'instance pour un quatrième mandat consécutif, par acclamations et à l'unanimité, comme ce fut le cas à Paris en 2019 et à Kigali en 2023.
Les statuts de l'instance l'interdisent en théorie - personne ne peut servir plus de trois mandats, consécutifs ou non; mais sa Commission de Gouvernance, d'Audit et de Conformité a décrété en 2022 que le premier mandat de Gianni Infantino ne devait pas être pris en compte, l'ex-secrétaire général de l'UEFA n'ayant servi que trois des quatre années statutaires. Le 26 février 2016, Infantino avait en effet triomphé dans les élections présidentielles anticipées qui s'étaient tenues après la démission de Sepp Blatter en juin 2015, un mois après que le FBI et la police suisse s'étaient invités au petit matin dans l'hôtel du Baur-au-Lac, à Zurich, pour en sortir accompagnés de divers dignitaires du football mondial surpris au saut du lit.
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Infantino et son pouvoir quasi-absolu sur la FIFA
Infantino demeurera donc le patron incontestable et incontesté de la FIFA jusqu'en 2031. Au moins; car il n'y a rien d'impossible à ce que les 211 associations membres de la fédération des fédérations décident que le Valaisan mériterait la place d'honneur à la Coupe du monde de 2034, qui sera organisée en Arabie saoudite, conformément à ses voeux, et modifient les statuts de la FIFA pour rendre ceci possible. Infantino pourrait s'inspirer de l'exemple de certains de ses amis, le président rwandais Paul Kagame, par exemple (*).
Ce scénario ne tenait en rien de la politique-fiction il y a quelques mois seulement. La FIFA infantinienne est ainsi faite que toute dissension interne est étouffée avant que d'avoir fait surface. Alors que Sepp Blatter était souvent chahuté par son Conseil des Ministres (le Comité Exécutif de la Fifa) et devait composer avec des confédérations rétives dont les chefs veillaient jalousement à la protection de leurs intérêts personnels, Gianni Infantino exerce un pouvoir quasi-absolu sur l'instance et son fonctionnement.
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Donald Trump e Gianni Infantino
Crédit: Getty Images
La mascarade du 5 décembre
Les associations-membres y trouvent leur(s) compte(s), et, ce faisant, les arrondissent. Les finances de l'instance ne se sont jamais mieux portées. Une partie conséquente de l'argent généré par la Coupe du monde est directement distribuée aux électeurs d'Infantino. Les présidents de fédérations nationales ne sont pas aussi idiots que le paysan d'Esope qui tua l'oie qui, chaque matin, lui pondait des oeufs d'or. Que ceux qui vouent Infantino aux gémonies n'oublient pas qu'il n'est rien sans ceux qui votent et re-votent pour lui.
Mais cela, c'était il y a quelques mois, avant la mascarade du 5 décembre, le jour du tirage au sort du Mondial de 2026, quand Gianni Infantino offrit "au nom des fans du monde entier" son Prix de la Paix de la FIFA à Donald Trump, "en récompense de ses efforts infatigables pour promouvoir la paix", fin de citation.
"Johnny", comme Trump l'appelle sans que l'intéressé le corrige, n'avait daigné consulter personne avant que d'inventer son ersatz de Prix Nobel. Beaucoup de dirigeants des fédérations nationales réunis à Washington pour l'occasion étaient atterrés. Avaler une couleuvre de temps à autre, ils en ont l'habitude. Cette fois, on leur demandait de digérer un boa constrictor.
J'étais incapable d'y mettre fin. Pas là, pas à ce moment-là, en tout cas
Et le pire est qu'ils le firent, exception faite de Lise Klaveness, la présidente de la NFF, la fédération norvégienne, qui déclara le week-end dernier: "J'étais assise dans une salle remplie de présidents [de fédérations]", dit-elle, "habitée par la sensation douloureuse d'être une otage dans quelque chose qui, clairement, n'était pas acceptable. Non seulement l'empereur se promenait nu, mais, en plus, il nous menait dans une direction dangereuse - et, dans le même temps, j'étais incapable d'y mettre fin". Et d'ajouter: "pas là, pas à ce moment-là, en tout cas". In cauda venenum, "dans la queue, le venin".
Car ce moment viendra peut-être plus tôt qu'on l'escomptait. En accrochant sa carriole au train fou de Donald Trump, Gianni Infantino lui aussi est devenu un otage - de ses propres choix. Il a assisté en qualité d'observateur à la première réunion du "Conseil de la Paix" rassemblé par le président américain, assis devant Milei et Viktor Orban, casquette griffée USA sur le crâne, s'esclaffant de ses propres pitreries sans apparemment ressentir le moindre embarras. C'était le 19 février.
Neuf jours plus tard, les bombes israéliennes et américaines pleuvaient sur l'Iran, qui répliquait par des rafales de missiles et des essaims de drones Shahed. Les mains du trophée du Prix de la Paix de la FIFA n'ont jamais tant ressemblé à celles de damnés - ou de victimes essayant désespérément de s'extraire de décombres fumants. Qu'ont dit la FIFA et son président depuis? Rien.
Ce n'est pas d'hier que l'Iran est un sujet tabou pour eux. Ils n'avaient rien dit non plus lorsque des dizaines de footballeurs, hommes et femmes, dont plusieurs professionnels de l'élite et ex-internationaux de futsal et de football (*), étaient tombés sous les balles des Gardiens de la Révolution lors de la sanglante répression des 8 et 9 janvier derniers.
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Donald Trump, Gianni Infantino und Marco Rubio (v.l.)
Crédit: SID
Lorsque le président de la FFIRI, la fédération iranienne, met en doute la participation de son pays au Mondial qui commence dans un peu plus de trois mois sur le sol du pays qui l'a attaqué, pas un mot (*). Qui remplacerait l'Iran au pied levé? Silence. Lorsque Donald Trump dit ce mercredi qu'il "se fiche" d'un possible retrait de l'Iran, pas un mot non plus, pas plus que lorsqu'une partie de la délégation iranienne s'était vue refuser des visas d'entrée sur le territoire US pour assister au tirage au sort de décembre.
Et il n'y a pas que l'Iran qui soit concerné par la guerre qui frappe désormais le Moyen-Orient dans son ensemble. Le Qatar et l'Arabie saoudite, tous deux qualifiés pour la Coupe du monde de 2026, ont servi de cibles aux représailles iraniennes. Toutes les compétitions qataries ont été suspendues sine die, et on peut douter que la finalissima qui devait opposer à la fin de ce mois à Doha l'Argentine, championne d'Amérique du Sud, à l'Espagne, championne d'Europe, se déroule comme prévu. Silence.
Car de quels mots Gianni Infantino pourrait-il se servir aujourd'hui, maintenant qu'il a vassalisé sa Fifa sous la tutelle américaine, maintenant qu'il a lié son destin à celui d'un presque octagénaire aux propos de plus de plus brumeux, guidé par ses impulsions et qui se moque éperdument de son "Johnny" au bout du compte? Et cela, tout le monde le sait, le monde du football y compris, et s'en souviendra en 2027, s'il tient jusque-là.
(*) Sur le point de parvenir au terme de son second septennat, le président rwandais fit modifier la constitution pour réduire le mandat présidentiel à cinq ans, ce qui eut pour effet de remettre le compteur à zéro et de lui permettre de se représenter.
(*) L'arbitre Sabah Rashtian, la joueuse de Mehrgan Pardic Zarah Azadpour, Ali Ayazi, du club de D1 Sephan FC, Nader Molavi, de Hami FC, Mobin Ghanbari de Paykan FC, entre tellement d'autres.
(*) L'Iran est censé jouer ses trois matches de groupe à Los Angeles (les deux premiers) et à Seattle.
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