Coupe du monde 2026 I Demi-finales I Pourquoi l'Espagne de Luis Enrique n'est pas devenue la machine à gagner qu'il a créée au Paris Saint-Germain

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Tout le monde, même Luis Enrique, peut connaître l'échec. Couronné de succès au PSG, l'Asturien n'est jamais parvenu à faire de la sélection espagnole (2018-2022) la machine à gagner qu'il a créée à Paris, et qu'il avait connue à Barcelone. La faute à une obsession pour la domination du ballon, souvent stérile, et à un matériel bien plus limité que lors de ses expériences en club.

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Qu'il perde ou qu'il gagne, Luis Enrique n'est pas du genre à renier ses idées. Coup de bol, au PSG, jusqu'ici, elles marchent fort. C'était autre chose, quatre ans avant Budapest et le doublé parisien en C1, du temps où l'Espagne vilipendait le jeu de son équipe nationale. Trop dogmatique, dominatrice sans allant offensif, à trop vouloir apprendre au monde comment jouer au football, sans parvenir au b-a-ba : marquer une fois de plus que l'adversaire. Retour sur cette période bien terne de l'histoire de la sélection espagnole, qui affronte mardi soir l'équipe de France en demi-finales de la Coupe du monde (21h).
La dernière des nuits qataries de l'Espagne au Mondial 2022 résume bien le passage de Luis Enrique à sa tête. Douloureusement sortie d'une phase de poules où le Japon l'avait battue (2-1), et où l'Allemagne l'avait freinée (1-1), la Roja, seulement vainqueure du Costa Rica (7-0) n'avait atteint les huitièmes que par la grâce du Japon (1er), tombeur de l'Allemagne (3ᵉ). De justesse. 
Et puis, ce huitième de finale face au Maroc. Paroxysme du vice de l'ère enriquienne. 77% de possession entre les pieds espagnols. Plus de mille passes. Pour sept tirs dans le temps réglementaire, dont un seul cadré (un de moins que le Maroc). 0-0. Prolongation, tirs au but. Tous ratés. Éliminés. Exit, Luis Enrique. Bilan : une défaite en finale de la Ligue des nations (face aux Bleus, 2-1, en 2021), un Euro stoppé net par l'Italie, future vainqueure, en demies – son meilleur résultat en sélection –, et beaucoup de passes courtes. 
Quand je regarde les demi-finalistes, je ne vois personne meilleur que nous
Ce n'est pas non plus le genre de Luis Enrique de s'excuser, que l'on considère son bilan espagnol encourageant, moyen, ou franchement mauvais. À son départ forcé du Qatar, il s'était dit "plus que satisfait de ce qu'a fait (s)on équipe", qui avait "incarné à la perfection (s)on idée du football". Perdre, après tout, "c'est le sport. Les joueurs ont suivi mes consignes à 100%, il leur a seulement manqué le but." Deux semaines plus tard, il était allé encore plus loin : "Quand je regarde les demi-finalistes (du Mondial), je ne vois personne meilleur que nous."
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Il reconnaîtra tout de même deux erreurs de son dernier match à la tête de l'Espagne. Premio : "J'ai choisi les trois premiers tireurs sans leur laisser le choix (Sarabia, Soler, Busquets, face au Maroc, NDLR), et les tireurs suivants avaient choisi eux-mêmes. Ce n'était pas la chose à faire." Deuxio : "Je n'ai pas été juste avec Pablo Sarabia. Je l'ai fait entrer à deux minutes de la fin pour les tirs au but, et en deux minutes il a créé deux occasions. Je lui aurais donné plus de temps de jeu si c'était à refaire." Difficile d'affirmer que Sarabia était vraiment la clé, mais qui peut se targuer de mieux savoir que Luis Enrique ? 

Un trio Olmo-Asensio-Torres à la Coupe du monde

Tout, à l'Euro 2020, comme à la Coupe du monde 2022, avait été bâti au service de son idée du jeu, autour de nombreux joueurs formés au Barça (Busquets, Alba, Pedri, Gavi…), et de ses propres observations lors des rassemblements. Comme au Paris Saint-Germain, Luis Enrique a été l'entraîneur avec le pouvoir le plus étendu sur la sélection espagnole, jusqu'à décider de la couleur des chaussettes de ses joueurs. Mais tout Luis Enrique qu'il était, son statut n'était pas encore celui du double champion d'Europe de 2026. Au-delà de son jeu, trop ronronnant pour être apprécié, ses choix avaient été contestés de toute part. Comme son entêtement à appeler Eric Garcia, rarement performant en club, presque toujours présent en sélection sous ses ordres. 
Sa seule Coupe du monde reste un échec. Celui d'une approche avec le ballon, mais sans le relief. Faute de qualité parmi les offensifs ibériques de la fin des années 2010 – partir à la conquête du Mondial avec un trio Dani Olmo-Marco Asensio-Ferran Torres n'a rien d'un jeu d'enfant. Sous la houlette d'Enrique, Alvaro Morata a pesé six buts en deux compétitions majeures (Euro, Coupe du monde). C'est deux de plus que Torres (4), et quatre de plus que Pablo Sarabia (2). Les trois meilleurs buteurs de l'ère Enrique. 
Il s'en est allé plus fâché avec les médias qu'avec sa Fédération et Luis Rubiales, son président d'alors. Au départ en fin de contrat d'Enrique, la RFEF affichait "l'objectif de continuer la croissance menée ces dernières années grâce au travail de Luis Enrique." Parti, avec "l'amour et l'admiration de ses collaborateurs au sein de l'équipe nationale et de la fédération." Plus que de l'homme, c'est de l'idée qu'on a voulu se débarrasser. Deux ans plus tard, à l'Euro 2024, l'Espagne de Luis de la Fuente n'avait tenu le ballon que 54% du temps (10e total de la compétition). Avec un onze plus offensif, où l'on avait ajouté un petit feu follet sur le côté droit, et son pendant Nico Williams à gauche. La suite avait été grandiose.
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