A quoi reconnait-on un être hors du commun ? Par ce qu'il accomplit, évidemment, à son sommet. Par sa capacité à renverser des montagnes et modifier le cours du temps à sa guise. Parce qu'il est lui. Parce que c'est ainsi. Et que vous, comme moi, n’arrivons pas à sa cheville. On reconnait également un être hors du commun à ce qu'il devient. Après avoir été, il trône au-dessus de la mêlée. Ailes écornées, brûlées ou abîmées, il surplombe encore le monde. Diego Maradona, qui s'est éteint mercredi, était l'un de ceux-là.

Je ne suis pas un enfant de 1986. Je n'ai pas vu El Pibe de Oro mettre le Mexique à ses pieds et la terre à genoux. Sinon en élimant les bandes des cassettes vidéo qui me tombaient alors sous la main. Comme des centaines de milliers de gamins de mon âge, j'ai découvert la légende à la toute fin des années 80. L'étoile n'avait pas encore pali mais la chute était proche. Pour moi, Diego Maradona, c'est le Mondial 1990, raout planétaire qui définit aussi bien le héros argentin que la compétition qu'il avait survolée quatre ans auparavant.

Football
C'était Maradona : Les pages de légende d'une carrière unique
25/11/2020 À 20:46

L'autre "main de Dieu" de Maradona

Parce qu'à la grâce ultime et surréaliste du récital mexicain, il y eut, en Italie, la face opposée de ce numéro 10 de génie. Un parcours impossible, des obstacles ici et là, que Maradona, moins aérien, réussit à franchir les uns après les autres. Il y eut un premier tour mal engagé et conclu au couteau, une autre main (sur sa ligne cette fois), un slalom maradonesque pour sortir l'encombrant voisin brésilien, un tir au but manqué face à la Yougoslavie pour un quart au forceps, une demie déchirante à Naples, son chez-lui qui redevenait le temps d'un soir et opportunément une cité transalpine. Et puis cette finale, perdue à Rome. Sous les sifflets. Les quolibets. Et ses larmes.

Une parenthèse géniale et un coup de pied au cul

Ce jour-là, Diego Maradona fut d'une humanité désarmante. Sur la grande scène et devant 80000 spectateurs, il n'avait pu s'empêcher de répondre aux rancuniers qui lui en voudraient à vie d'avoir brisé le rêve italien. Un "hijo de puta" qu’il n’avait pas cherché à voiler. De toute manière, Diego ne savait pas faire autrement. Diego ne savait pas faire semblant. Ce n’était pas dans son logiciel. L’hypocrisie, pas pour lui. Pas plus que l'establishment. Il fut au football ce que le punk fut au rock and roll : une parenthèse géniale doublée d'un grand coup de pied au cul.

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Les années 90 débutaient. El Pibe de Oro grimpait alors dans un roller coaster qui compterait plus de descentes que de montées et dont le terminus était présagé de tous. Le Mondial américain en serait une illustration "parfaite". Une entame tambour battant, une revanche de courte durée crachée en mondovision et puis, rideau. Un contrôle positif. Maradona était prié de prendre ses cliques et ses claques. L'Albiceleste ne le reverrait plus en short. Mais Diego resterait à jamais Diego. Parce qu'aucun footballeur depuis - et probablement même avant - n'a autant électrifié l'assistance de par sa seule présence.

Qui a eu la chance de croiser Diego Maradona s'est forcément senti attiré par le charisme débordant d'un homme dont le cadre imposé par la vie fut toujours trop étroit. Sa deuxième vie, sur les bancs, moins accomplie, n'a jamais infirmé ce sentiment. S'il fut souvent caricatural et excessif, l’ancien meneur de Naples a toujours charrié quelque chose de plus, tout en étant incommensurable. Il suffisait, par exemple, d'être à Kazan le jour de France - Argentine, huitième de finale homérique du Mondial 2018, pour s’en persuader.

Ce jour-là, par un magnifique samedi, le temps s'est arrêté deux fois. Sur une reprise venue du second poteau et d'ailleurs. Et lorsque Diego Maradona a fait son apparition en tribune. Une clameur et un frisson ont alors parcouru l'enceinte et les échines. La pelouse n’avait plus d’importance. Il n'y avait qu'à suivre les doigts pointés et les regards pour comprendre ce qu’il se tramait. Dieu était là.

10 secondes, 5 adversaires effacés et 32 km/h : le "but du siècle" de Maradona décortiqué

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