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De la disparition à la renaissance... en D9 : Sergio Pelissier, au nom du Chievo
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Publié 15/10/2021 à 08:12 GMT+2
Confronté à de graves problèmes financiers, le Chievo Vérone a récemment disparu du panorama du football italien, malgré les nombreuses tentatives de Sergio Pelissier de mettre sur pied un plan de sauvetage. Mais l'ancien capitaine aux 517 matches ne s'est pas avoué vaincu pour autant. Le voici aujourd'hui à la tête du FC Clivense, contraint de repartir depuis la D9, soit la dernière division.
Sergio Pelissier
Crédit: Getty Images
Oliver Bierhoff, Simone Perrotta, Bernardo Corradi. Ou encore Mario Yepes, Luca Marchegiani et Amauri. Le point commun de tous ces grands noms ? Le Chievo Vérone, évidemment, qui fut d'ailleurs le premier club italien à compléter une ascension jusqu'à l'élite lors de la saison 2001/2002, après être passé par toutes les divisions professionnelles pendant une quinzaine d'années. Une fois le sommet gravi, le club du président Luca Campedelli s'y est même longtemps installé, parvenant à rester en Serie A pendant 17 saisons. Avec des hauts et des bas, certes. Mais comment oublier l'ère Luigi Delneri au début des années 2000, ponctuée notamment par une cinquième place synonyme de qualification en Coupe de l'UEFA ?
Le Chievo, c'était l'histoire d'une petite équipe, issue d'un quartier périphérique de Vérone situé dans le nord-ouest de la ville, devenue grande. Partie de rien mais à la conquête de tout. Malheureusement, la belle histoire, commencée en 1929 sous un maillot à damiers blanc et bleu, s'est transformée en tragédie. Ainsi en va Vérone. Le 21 août dernier, le rideau est définitivement tombé.
"A midi s'est achevé le délai fixé par la Fédération pour l'inscription en championnat, sur le point de débuter (...) aucune proposition (de reprise) n'est arrivée", indiquait alors la mairie dans un communiqué, confirmant officiellement la mort du Chievo. Criblé de dettes devenues insurmontables, le club de Vérone, huitième de Serie B la saison dernière, avait été dans un premier temps relégué administrativement en Serie D fin juillet. Faute de repreneur, l'inscription y était impossible. Pas vraiment une nouveauté en Italie, où selon des données de la Fédération italienne de football (FIGC), 184 équipes de football n'ont pu s'inscrire aux championnats professionnels durant ces 35 dernières années. De quoi comprendre instantanément l'étendue du désastre. Derrière les projecteurs de l'élite, la situation est donc bien plus sombre.
Mais en coulisses, un homme a tout fait pour éviter cette fin. Son nom vous dira sans doute quelque chose : Sergio Pelissier. L'ancien capitaine du Chievo, qui comptabilise 517 matches et 139 buts, s'est donné corps et âme pour sauver son grand amour. Des terrains aux tribunaux, l'ancien international italien a probablement joué le match le plus important de sa vie. En vain, faute de temps et de sponsors. L'issue était presque écrite d'avance. "Quand tu n'as pas des professionnels adaptés et que tu sous-estimes certaines choses, tu risques de faire disparaître un club modèle, nous confie-t-il lors d'un entretien. Ces dernières années, ils ont eu beaucoup de problèmes sans jamais parvenir à les résoudre. Un, puis deux, puis trois... Si tu repousses l'échéance, d'autres vont encore arriver. Surtout pour des clubs petits ou moyens comme le Chievo. Et au final, tu as cette conclusion inévitable."
Une fois le verdict final prononcé, Sergio Pelissier voit sa carrière défiler devant ses yeux. "C'est la moitié de ma vie qui s'effaçait d'un seul coup, reconnaît-il. Il y a eu tellement de joie, de bonheur, mais aussi bien des peines... Voir disparaître ton équipe, c'est une douleur infinie. Elle ne pourra jamais s'effacer. Je reste un supporter du Chievo, même si tu sais que tu ne reverras plus jamais cette équipe sur un terrain de football. C'est la chose la plus triste." Malheureux, oui. Mais abattu, certainement pas.
Pelissier décide alors de recommencer l'histoire depuis son début. Comment ? En lançant une nouvelle équipe. D'abord le "Chievo 1929", mais la date correspond à celle de création du "vrai" Chievo. Le nom est retoqué. Même chose pour "Chievo 2021", qui n'a pas vraiment plu à Luca Campedelli, son ancien président. Ce dernier lui envoie alors une mise en demeure. La raison ? Le Chievo, même disparu, est toujours affilié à la FIGC et continue son travail avec les jeunes. Ce sera donc le FC Clivense. Validé. Tout comme la catégorie : la division 9. Soit l'ultime du football italien.
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Sergio Pelissier (Chievo)
Crédit: Getty Images
"Je refusais même la simple pensée qui me disait que le Chievo n'allait plus exister, assure Pelissier. Intérieurement, je me suis dit : 'Je dois faire quelque chose'. Je voulais donner un coup de main à tous ceux qui aimaient encore ce club. Ceux qui m'ont mis des bâtons dans les roues, rien que pour le nom, n'ont rien compris de mon projet. Pour moi, le Chievo, c'était plus qu'un nom. C'était une famille et des valeurs, un concept et des idées. Le respect des autres, aussi. C'est ce que j'ai appris en arrivant dans ce club. Je voulais que tout ça, d'une certaine manière, continue. Voilà comment est né ce projet."
Avec lui, Pelissier peut compter sur plusieurs de ses anciens coéquipiers ou dirigeants, comme Enzo Zanin, Nicolas Frey ou Luciano. "Cela m'a fait bien évidemment plaisir, réagit-il. Au début, c'était un projet personnel. Je suis content car beaucoup de personnes ont voulu s'investir à mes côtés, pour m'épauler. Ce n'est pas simple de porter quelque chose sans soutien derrière, même économiquement. Mais je n'ai jamais lâché, et je me suis battu pour qu'il voit le jour. Je vais tout donner jusqu'à la fin pour réaliser mon rêve. Rien que d'imaginer faire la moitié de ce qu'a fait le Chievo..."
300 à 400 mails pour venir jouer
Le FC Clivense mis sur pied, encore faut-il composer l'équipe. Sergio Pelissier se démène une nouvelle fois, faisant notamment le tour des médias pour évoquer et présenter son projet. Il reçoit "300 à 400 mails" de joueurs venus de toute l'Europe. "Deux sont même venus depuis l'Allemagne, nous révèle-t-il. Au total, 150 joueurs ont pu faire les essais, puisque nous avons dû en refuser certains en raison du pass sanitaire. Je ne m'attendais pas à tout ça. Pour moi, ils étaient tous fantastiques d'avoir fait cette démarche. D'un point de vue technique, certains avaient pas mal de qualités, d'autres moins. Dans notre sélection finale, beaucoup ont décidé de tout quitter et déménager pour suivre cette aventure, même s'ils ne seront pas payés. On a pris le parti de donner une chance à tout le monde, de donner la possibilité de se mettre en valeur, de jouer devant un stade presque rempli, et pourquoi pas de jouer à un niveau plus élevé... On a même eu des agents qui nous ont proposé des joueurs français, mais c'est difficile de demander à des joueurs de voyager et venir ici sans pouvoir les payer."
Au sein de cette équipe née en plein été, les horizons sont tous différents. Il y a par exemple Tommaso Davi, jeune joueur de 22 ans et diplômé en ingénierie aéronautique et spatiale. "Le matin, j'enseigne les mathématiques dans une école supérieure de Vincenza, l'après-midi je fais semblant d'étudier et je joue un peu de piano, ou alors je vais à la salle de sport, puis le soir je joue au foot pour ne pas tomber de fatigue", nous raconte-t-il. Ou encore Paolo Adriano Vitale, bientôt 39 ans et formé du côté du Rapid Vienne de 16 à 19 ans avant de revenir en Italie pour des "raison extra-professionnelles". Malgré une parenthèse avec l'équipe de Sienne, il "perd le train pour le foot" et décide de se consacrer à des travails alimentaires. "Pour moi, cette opportunité est comme une petite revanche. Cela n'a pas de prix, vraiment", lâche celui qui a parcouru pendant une vingtaine d'années les terrains amateurs de Toscane.
Enfin, la belle histoire de Simone Castelucci, 28 ans et ancien joueur de Serie B maltaise. "J'ai également joué en Serie D italienne, mais à partir de 21 ans, j'ai commencé à avoir des problèmes au tendon rotulien. Avant de subir deux opérations au genou droit en quelques mois. J'avais mis mon rêve dans le tiroir, me consacrant à mes études et descendant de division en division. J'ai toujours joué au foot, pour tenir près de moi un rêve arraché trop vite par le destin."
Malgré les difficultés et le timing serré, le FC Clivense a parfaitement débuté sa saison. Trois matches, trois victoires. A domicile comme à l'extérieur, les tifosi sont nombreux. Beaucoup, voire tous, sont des ex-supporters du Chievo, notamment du groupe ultras "North Side", qui a gardé un lien très fort avec Sergio Pelissier. "Ils ont toujours compris mes valeurs et ce que je donnais sur le terrain, estime l'ancien capitaine gialloblù. Je tenais à cette équipe comme eux tenaient à la supporter. Nous étions sur la même longueur d'onde. J'ai refusé beaucoup de clubs et d'argent pour y rester. J'ai subi des humiliations lors des dernières années, mais je me suis remis en jeu et je ne suis pas parti. J'ai pris le temps d'expliquer mon projet aux tifosi. Ils m'ont répondu : 'Même si tu ne l'avais pas fait, nous te faisions confiance et nous te suivrons dans tous les cas'. Lors de la première journée à l'extérieur, ils étaient 350, soit le maximum autorisé. Beaucoup ont dû repartir. Puis à domicile, dans notre stade de presque 3000 places, on avait vendu 1000 billets pour la grande première. C'est touchant et beau à la fois."
Face à cet engouement général retrouvé, Pelissier, officiellement président du club, envisage même de rechausser les crampons, deux ans après avoir annoncé sa retraite. "Je ne veux pas aider l'équipe, ce serait du pur égoïsme. A mon âge, je suis plus un poids qu'autre chose, plaisante l'intéressé. Je souhaiterais juste faire un match, même cinq minutes, pour dire que j'en étais le capitaine et que j'ai participé aussi à cette aventure qui commence." Et qui pourrait mener, qui sait, jusqu'à la Serie A ?
"Rêver, ça ne coûte rien, s'enthousiasme Pelissier. J'ai toujours été un rêveur. Je rêvais d'être un joueur de foot et j'y suis parvenu, alors que j'avais peut-être des qualités inférieures à bien d'autres joueurs. Et j'ai probablement fait une meilleure carrière que certains. Quand tu as envie de quelque chose, tu peux toujours le faire. J'aimerais déjà que nous revenions dans le football professionnel. Les premiers objectifs, c'est déjà de continuer la création du club, de poser des bases solides, d'instaurer des valeurs et choisir des personnes justes et honnêtes, qui ne travaillent pas seulement pour l'argent, mais aussi pour la passion. Avec, si possible, le coeur que pouvait avoir le Chievo." Bonne nouvelle : ce dernier a recommencé à battre ces dernières semaines.
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