1990 ! L'Allemagne remporte sa troisième couronne mondiale en Italie histoire de boucler la boucle avec l'Euro 80. Deux titres conquis avec un réalisme froid, un hommage au pays organisateur, qui n'enchantent guère la presse internationale. Personne n'attache d'importance à la portée politique de cette victoire alors que la RFA va disparaitre et que la réunification se profile. L'"ugly Germany" imprègne les esprits et nul ne perçoit le climat électrique autour de la sélection, ce 15 novembre 1989, moins d'une semaine après la chute du Mur, au cours d'une rencontre décisive pour la qualification : Hässler, sur une remise de Littbarski, reprend de volée et libère une NM tétanisée. Deux joueurs nés à Berlin, le signe du destin! L'Allemagne victorieuse est forcément marmoréenne (Beckenbauer : "nous avons collé les Argentins au mur") et seules retiennent l'attention des caméras les larmes du Pibe de Oro après la finale perdue. L'histoire en marche… On s'en fout !
Bild : "Arrête de geindre !"
C'est à travers ce titre que le journal le plus influent outre-Rhin réclame en 1998, la tête du Bundestrainer, suite aux jérémiades consécutives à l'élimination contre la Croatie. Berti Vogt, le sélectionneur vainqueur de l'Euro 96, finaliste quatre ans plus tôt, paie son entêtement à accuser toujours l'autre, les équipes adverses, les arbitres, les conditions de jeu. Une mauvaise foi exaspérant son propre pays. Le "Vogt-terrier" est perçu comme une "pleurnicheuse", lui qui ne connut la défaite qu'à 12 reprises en 102 rencontres internationales ! Un record.
Football
Le génie individualiste contre le maillot national
30/12/2010 À 13:58
Coupes du Monde : le doigt d'honneur d'Effenberg et l'agression du gendarme Nivel
Mais Vogt est aussi victime de l'image de la sélection lors des deux Coupes du Monde en 1994 et en 1998. Aux Etats-Unis, alors que la NM se fait remonter deux buts par la Corée du Sud, pour ne mener finalement plus que 3-2, le Bundestrainer sort Effenberg et fait entrer le défensif Helmer. Pris à parti par le public pour sa piètre prestation, le "Tigre" adresse un doigt d'honneur en direction des tribunes. "Aussi longtemps que je serai sélectionneur national, Effenberg ne jouera plus pour l'Allemagne!" clame Vogt. Le futur grand leader du Bayern Munich fait ses valises et l'équipe nationale se prive, à nouveau, d'un milieu prestigieux au caractère bien trempé. "Cheffe" ne portera plus qu'à deux reprises le maillot de la DFB, avant d'y renoncer définitivement malgré la supplique des supporters.
1998 à Lens, le gendarme Nivel est agressé par une bande de hooligans allemands et laissé pour mort par la meute. Après un long coma, le représentant de la force publique est invalide à vie, dans son corps et dans son esprit. Retour de l'"ugly Germany". Pas celle que l'on croit, pas celle que l'on aime détester. La vraie, celle que l'on doit pourfendre. Signe du destin, la Croatie de Blazevic et son képi de gendarme, pour ne pas oublier l'agression durant l'évènement, élimine une équipe vieillissante au système de jeu dépassé.
Der Spiegel : "Comparé au Sun, notre journal Bild est l'emblème de la bienséance"
L'Euro 96 est le tournoi de Vogt. Tous ses choix sont judicieux et le "Baron rouge", Sammer, porte l'équipe à bout de bras. A tour de rôle, Hässler, Scholl et Möller illuminent le milieu de terrain. Bierhoff, l'appelé-surprise, marque le but en or en finale. Dans cette compétition où beaucoup d'équipes se valent, c'est encore et toujours l'Allemagne qui triomphe. Comme un fait inéluctable qui renvoie à la citation de Lineker. L'Angleterre, dans son Euro, plie contre sa bête noire mais l'"ugly Germany" déferle dans les tabloïds anglais : l'humour de caniveau est au beau fixe. Si Bram Stoker écrivait Dracula au XXe siècle, métaphore de la peur devant l'afflux des travailleurs de l'Est en pleine période victorienne, le vampire serait issu d'une province allemande et pas des Carpates ! Beckenbauer le résume à sa façon : "en Angleterre, les correspondants de guerre ont l'autorisation de dire ce qu'ils pensent à chaque fois que leur équipe joue contre nous !" De son côté, le très sérieux  Spiegel ironise : "Comparé au Sun, notre journal Bild est l'emblème de la bienséance". Encore un remake de la bataille d'Angleterre! Mais l'usage de rappeler aux teutons la Seconde Guerre mondiale n'est pas l'apanage de la perfide Albion. Aux Pays-Bas déjà, en 1989, Matthäus est comparé à Hitler sur une banderole et Koeman avoue, après avoir échangé son maillot avec Olaf Thon, l'avoir utilisé "comme papier-toilette".

FOOTBALL 1996 Germany - Bierhoff et Kopke

Crédit: Imago

Kicker : "Ça suffit !"
Les tergiversations pour choisir le successeur de Vogt éclairent la justesse du proverbe "le poisson pourrit toujours par la tête". C'est bien à une mascarade que l'on assiste lorsqu'on apprend qu'Erick Ribbeck est nommé Bundestrainer. Ou comment sortir un dinosaure de la naphtaline ! L'ex-assistant de Jupp Derwall entre 1978 et 1984 est retiré des affaires du foot depuis belle lurette! Pour ne pas épiloguer sur cette parenthèse ténébreuse, la biographie officielle de la DFB qualifie le sélectionneur de "plus vieux des débutants". Certes Daum, Heynckes, Hitzfeld et Rehhagel étaient tous sous contrat, mais apprendre que le président de la fédération avait contacté, avant de se rétracter, l'Anglais Roy Hodgson, ou Paul Breitner qui n'avait jamais coaché, permet de se rendre compte de l'état de déliquescence du football germanique. Le paquebot coule à pic à l'Euro 2000 confirmant les doutes du journal sportif Kicker qui titre "ça suffit" après une défaite en 1999 à la Coupe des Confédérations contre les Etats-Unis. Le déclin de l'empire allemand ! Risées de la presse internationale qui se venge d'années de frustration et  l'Allemagne qui pratique l'autodérision : en double page apparaissent Zinedine Zidane avec en légende "Ceci est un footballeur !" et une saucisse en tenue nationale estampillée : "Ceci est un international allemand !"
Hoeness : "Si ces allégations sont vraies, Daum ne peut pas devenir entraineur national"
Le Bayer Leverkusen vient à la rescousse de la sélection. Il accepte de libérer Christoph Daum mais en attendant de lui trouver un successeur, c'est le directeur sportif du club, Rudi Völler, qui se chargera de la NM. Un homme respectable et respecté. Mais en septembre 2000, un tabloïd munichois publie un article sur les partenaires du business douteux qui entourent Daum ainsi que sur sa vie privée. Plus grave, une dépendance à la cocaïne est mise au jour. Ce qui fait sortir Uli Hoeness de sa tanière, soucieux d'affaiblir le seul club rival du Bayern Munich : "Si ces allégations sont vraies, alors Daum ne peut devenir entraineur national". A sa demande, ce dernier subit un test capillaire qui se révèle positif. Il prend un avion pour la Floride avant que la nouvelle de son addiction n'arrive aux médias. L'un des meilleurs coaches de sa génération n'entrainera jamais la Nationalmannschaft. L'Allemagne est borderline !
L'"ugly Germany" polymorphe et diffuse, pousse sur l'humus national et survit à l'étranger. Souvent le Brésil est considéré comme la plus puissante nation du football pour avoir disputé le plus grand nombre de matches en Coupe du Monde. Brillante dans son jeu, la Nationalmannschaft a ravi ce titre honorifique aux Auriverde en 2010, qui plus est, en disputant deux compétitions mondiales de moins. On attend toujours l'article de référence à ce sujet. L'"ugly Germany", décidément, a de beaux restes.
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