Getty Images

"Il n'y aura pas de sitôt un tel joueur au Bayern" : Ribéry, légende d'Allemagne

"Il n'y aura pas de sitôt un tel joueur au Bayern" : Ribéry, légende d'Allemagne

Le 25/05/2019 à 00:10Mis à jour Le 25/05/2019 à 16:29

BUNDESLIGA - Autant son image est trouble en France, autant Franck Ribéry s'est hissé, à la quasi-unanimité, au rang de légende au Bayern Munich, gagnant ainsi, en douze saisons en Bavière, une forme de respect de la part de toute l'Allemagne du football.

Il faut bien chercher, et s'armer d'une once de mauvaise foi. On trouvera peut-être alors, en Allemagne, un adversaire à l'idée qui s'impose à tous : Franck Ribéry, à la faveur de douze saisons lestées de dribbles réussis, de trophées et de souvenirs parfois cocasses dans le plus grand club du pays, s'est hissé au rang de légende, en Bavière d'abord, et au-delà.

Arne Bensiek, journaliste au très sérieux quotidien berlinois der Tagespiegel, a pourtant gardé un tenace esprit critique. Dénué des yeux de l'amour. Neutre, diront certains. L'altercation avec le consultant télé Patrick Guillou, cette saison ? "Je crois qu'on met cet épisode sur le compte de la sottise. Pas très intelligent. Très agressif. Conforme à sa manière d'aller au duel sur le terrain, où la main est souvent venue chatouiller le visage ou la gorge de l'adversaire..."

Vidéo - Des buts et des larmes : revivez le dernier match de Ribéry et Robben au Bayern

00:33

Le steak doré, Zahia, Knysna, et le reste ? "Par moments, le Bild Zeitung s'est positionné totalement contre Ribéry. Il y a eu, dans le journal, plusieurs commentaires suggérant de le mettre dehors en raison du trop grand nombre de scandales. Qu'il n'en ait rien été tient seulement à ses bonnes relations avec Uli Hoeness, le président du Bayern. Dans de telles situations, c'est toujours l'affaire du chef, en fin de compte. Sans cela, les sponsors se seraient plaints et auraient tiré des conséquences. Ce qui n'est pas évident quand le joueur est aimé des supporters, et encore moins quand le boss le soutient."

"Il est venu, il a vu, il a vaincu"

Un soutien effectivement sans condition, comme nous l'a confirmé, les yeux dans les yeux, le patron du Bayern. "Franck est un homme qui prend vraiment des décisions avec ses tripes", explique Uli Hoeness. "C'est un homme très sensible, qui ne laisse pas entrer dans son cercle tant de gens que cela. J'ai tout de suite noué un lien avec lui. Je crois qu'il a très vite remarqué que nous développions une profonde sympathie l'un envers l'autre.

"Il y a eu toute une série de difficultés, pour lui, et il a pris conscience qu'il pouvait compter sur le FC Bayern et sur moi personnellement, poursuit Hoeness. Ça l'a beaucoup marqué. Il a visiblement vécu beaucoup d'évènements dans sa vie, et il a remarqué que l'on pouvait donner foi à 100% à ce que disait un Uli Hoeness. Je crois que c'est ainsi que s'est nouée une relation que l'on peut qualifier d'amitié".

Uli Hoeneß und Franck Ribéry (FC Bayern)

Uli Hoeneß und Franck Ribéry (FC Bayern)Getty Images

Ceci, forcément, enrobé de grosses performances sportives. En 273 matches de Bundesliga, l'éternel ailier gauche a inscrit 86 buts et délivré 121 passes décisives, du premier au dernier jour. Avec désormais 9 titres de champion, il est seul recordman dans ce domaine, devant des monstres comme Philipp Lahm, Bastian Schweinsteiger, Oliver Kahn ou Mehmet Scholl, auquel il a succédé sous le maillot n°7.

"Il y a une vieille formule : il est venu, il a vu, il a vaincu", sourit Uli Hoeness. "Il s'est immédiatement fait une place dans le cœur des spectateurs munichois avec sa manière de jouer insolente et offensive. Spectaculaire. Ses dribbles, ses actions dans la surface ou sur l'aile... dès la première minute, cela a enchanté les spectateurs." Et marqué l'histoire, tout le monde en convient en Allemagne. "Franck Ribéry est l'un des plus grands joueurs du FC Bayern", claironne Hoeness.

"Je le situerais dans la mouvance des Franz Beckenbauer, Gerd Müller, Sepp Maier, Karl-Heinz Rummenigge, Paul Breitner, Oliver Kahn... cette catégorie. Avec Arjen Robben, ils ont participé à cette période très importante du FC Bayern, à l'occasion de laquelle le club est devenu un si grand nom. Sans Franck, le triplé de 2013 (championnat, Coupe et Ligue des champions) est inimaginable."

En habit de roi de Bavière dans Sport Bild

En août 2007, le Boulonnais débarque auréolé de la prestigieuse unanimité d'un triumvirat légendaire autour de son transfert : le président Beckenbauer, Uli Hoeness et l'entraîneur Ottmar Hitzfeld. Son équipementier, lui, flaire immédiatement le filon, mettant en scène Ribéry en habit de roi sur une immense affiche de 250 m2 placardée Odeonsplatz, à Munich. Mi-mai, l'influent hebdomadaire Sport Bild s'est amusé à boucler la boucle en louant, pour quelques centaines d'euros, le costume des rois de Bavière et en invitant le joueur à une séance photo pour accompagner une interview-bilan en forme d'hommage.

Conquis, Franck Ribéry, témoignent les journalistes présents, les a gratifiés de quelques éclats de rire dont il a le secret. Lothar Matthäus, autre légende du club s'il en est, avait clamé à l'époque que le Bayern s'était trouvé un nouveau roi. Drapé, de surcroît, d'une forme d'honnêteté "qui déclenche la sympathie de ses partisans, mais aussi de ses adversaires", comme l'a constaté son entraîneur Ottmar Hitzfeld dès la première saison, en 2007. "Franck Ribéry n'est pas un acteur : quand il est bousculé, il ne cherche pas à tomber mais à poursuivre son action. Ça, les gens apprécient."

Douze ans après, l'entraîneur double vainqueur de la Ligue des champions est intarissable sur les qualités footballistiques du Français, tressant à l'occasion d'un reportage pour RMC Sport des louanges aussi zélées que spontanées. "Le public aime les joueurs qui non seulement brillent offensivement - dans ce domaine, il est de classe mondiale -, mais qui s'identifient à leur équipe et qui font tout pour elle. C'est pour cela que Franck Ribéry est autant aimé en Allemagne."

"Pas seulement à Munich, mais dans toute l'Allemagne, a insisté Hitzfeld. C'est un joueur spécial dans l'histoire de la Bundesliga. Il y a gagné un très grand respect. Le Bayern peut être fier de compter Franck parmi ses légendes. C'est un grand nom". D'un sourire, public, experts et acteurs du football allemand écartent gentiment les "affaires" car de fait, ce n'est pas ce qui s'est gravé dans leur esprit. "L'amour pour lui a toujours été plus grand que la critique", résume le grand reporter Carlo Wild. "Même les arbitres ont été tolérants avec ses coudes levés."

Vidéo - Pour leurs adieux Ribéry, Robben et Rafinha ont droit à un bel hommage de leurs coéquipiers

01:15

"Et vous, coach, comment vous allez ?"

"En Allemagne, la vie privée d'un joueur ne nous intéresse pas", assène Ottmar Hitzfeld, le regard persuasif, ce que confirment d'autres sources, à l'exception de la presse dite de caniveau, la seule à en faire ses gorges chaudes. "L'aspect sportif a toujours été au premier plan", confirme Carlo Wild. "On peut le dire très clairement : l'aspect moral n'a guère été mis en avant. Ni dans l'affaire Zahia, ni dans l'affaire Knysna. Le Bayern l'a toujours protégé". Ce que confirme Hitzfeld : "En Allemagne, ce qui intéresse, c'est la performance sur le terrain. Et dès la première saison, il a explosé dans tout le pays."

Pourtant, le personnage Ribéry est plus profond qu'un simple épouvantail du rectangle vert, et Hitzfeld en a fait l'expérience avec bonheur. "Franck a un feeling particulier. À un moment, j'étais la cible de critiques, y compris de mon propre président Karl-Heinz Rummenigge, et Franck, à l'issue de l'une de nos discussions habituelles, m'a demandé : et vous, coach, comment vous allez ? Ça m'a touché", sourit l'ex-sélectionneur de la Suisse. "Aucun joueur ne m'avait encore demandé ça ! C'était un moment particulier".

Qui s'est, en fait, étalé sur douze ans et va se refermer samedi sur une ultime finale de Coupe d'Allemagne, dans des larmes d'émotion. "Il n'y aura pas de sitôt, au Bayern, un tel joueur. Qui reste plus de dix ans et récolte autant de succès sur une telle période", conclut magnifiquement Ottmar Hitzfeld.

Pariez sur le Football avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313
0
0