Eurosport
Elections à la LFP : la grande mascarade
Par
Publié 10/09/2024 à 00:16 GMT+2
Sauf miracle, Vincent Labrune ressortira vainqueur, une nouvelle fois, de l'élection du président de la Ligue de football professionnel pour les quatre prochaines années, ce mardi. Il est opposé à Cyril Linette, qui a bien tenté de porter les espoirs d'une refonte profonde afin d'éviter au foot français de foncer dans le mur. Efforts vains, tant le système est opaque et sclérosé.
Election à la tête de la LFP : "On est à un demi déni de démocratie"
Video credit: Eurosport
Si vous avez prévu d'emprunter le boulevard de Courcelles (17e arrondissement de Paris) ce mardi, circulez, il n'y aura rien à voir. En tout cas, rien de plus que de coutume, malgré la tenue de l'élection du président la Ligue de football professionnel, qui doit avoir lieu dans le luxuriant nouveau siège à 127 millions d'euros de l'instance. Pour le suspense, vous pourrez repasser : Vincent Labrune va se succéder à lui-même, malgré la crise profonde que traverse le foot français et dont il a été, par son statut mais aussi par ses actes, l'un des éminents responsables.
Cyril Linette, son seul opposant qui n'aurait même pas pu l'être sans l'intervention de la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra, s'apprête à devenir la dernière victime d'une drôle de mascarade, après avoir pourtant mené une campagne ultra-médiatique, expresse et, il faut bien le dire, convaincante. L'ancien dirigeant de Canal+ et de L'Equipe propose un encadrement inévitable des dépenses pour réduire l'insoutenable train de vie du foot français (comme l'a fait LaLiga en Espagne), ou encore une exposition des matches modernisée, inspirée du modèle américain, alors que la L1 est devenue quasiment invisible. Mais face au système actuel, ce riche programme n'aura pas beaucoup de valeur.
Le pion de "NAK"
Tant pis pour lui et, surtout, tant pis pour le foot français, lancé à toute vitesse dans une fuite en avant que ce simulacre d'élection devrait parfaitement illustrer. Parmi les candidats au Conseil d'Administration, qui élira le "nouveau" président en fin de journée mardi, une très grande majorité sont des soutiens invétérés de Labrune. Certains le sont même sous la contrainte des propriétaires de leur club.
La raison ? Vincent Labrune est devenu, au cours de son mandat, un pion essentiel dans le jeu de Nasser Al-Khelaïfi dont les intérêts en tant que président du Paris Saint-Germain sont déjà très bien servis. Mais il est aussi le patron de BeIN Media Group, avec tout ce que cela implique concernant les tractations autour des droits télévisés, et un représentant du Qatar en tant que président de QSI. Bref, s'opposer au candidat favori de "NAK" (qui avait pourtant soutenu, dans un premier temps, son opposant lors de la précédente élection), c'est aussi, pour certains propriétaires de clubs, prendre le risque de tourner le dos à des opportunités de business qui dépassent très largement le cadre du football français.
Les opposants ont renoncé face au "simulacre"
Parmi les neuf candidats initiaux aux sept sièges réservés aux représentants de clubs de Ligue 1, deux se sont déjà retirés : Joseph Oughourlian, président de Lens, et Waldemar Kita, son homologue nantais. Les deux hommes, devenus des opposants à Vincent Labrune, ont refusé de participer à ce que le premier a qualifié de "simulacre d'élection". Les soutiens de l'ancien dirigeant de l'OM, chez les présidents de L1 et de L2, sont trop nombreux (Caillot, Comolli, Féry, Joannin...), et peut-être aveuglés par leurs intérêts personnels.
Philippe Piat, représentant de l'UNFP depuis plus d'un demi-siècle, a confié à L'Equipe qu'il n'était "pas dit qu'il vote pour Labrune". On l'imagine pourtant mal faire le contraire, puisqu'un échec de Cyril Linette entraînerait automatiquement son retrait du Conseil d'Administration (c'était une condition très "démocratique" pour qu'il puisse se présenter) et permettrait donc à Alain Guerrini, dont il est très proche, d'y revenir...
Laurent Nicollin, qui siège au Conseil d'Administration en sa qualité de représentant de Foot Unis (le syndicat des clubs), a d'ores et déjà réaffirmé son soutien au dirigeant sortant en assurant, dans les colonnes de Midi-Libre, qu'il avait "limité la casse". À ce jour, il est pourtant impossible de connaître les "limites" de cette "casse", justement, puisqu'il n'est pas certain que tous les clubs professionnels, déjà exsangues pour la plupart, parviennent à survivre à l'écroulement des recettes liés aux droits TV, ou à la ponction de 13% que CVC prélèvera, à vie, sur les revenus de la LFP. Autant de nouvelles données qui ont émergé du premier mandat de Labrune. Et qui n'ont visiblement pas franchement perturbé ses soutiens.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/09/05/4036549-81868628-2560-1440.jpg)
Deschamps peut-il se réinventer ?
Video credit: Eurosport
Sur le même sujet
Publicité
Publicité