La retraite de Franck Ribéry - équipe de France : trajectoire unique pour joueur à part
Par Maxime Dupuis
Publié 07/10/2022 à 12:54 GMT+2
L'annonce de la retraite prochaine de Franck Ribéry nous ramène à sa place dans l'histoire du football français. Elle est complexe, forcément. Parce que le jeune Franck, lancé comme une comète en 2006 et désireux de tout casser avec les Bleus, n'a pu tenir les promesses d'un fol été allemand. Elles étaient démesurées, il faut le reconnaître. Et l'intéressé porte une grande part de responsabilité.
Quelle place pour Ribéry dans l'histoire du football français ?
Video credit: Eurosport
Sa première retraite, internationale, Franck Ribéry l'avait annoncée dans un anonymat assumé. En plein mois d'août 2014. Le 14, pour être tout à fait précis et vous donner une idée du timing. Au cœur de la torpeur estivale, on ne pouvait faire plus incognito et plus éloigné du bruit du monde. A ce moment-là, après 81 sélections, Ribéry n'avait plus envie.
Une Coupe du monde vécue de loin, en raison d'un dos récalcitrant (et d'un moral en berne, aussi), un Ballon d'Or qui lui avait injustement échappé à l'automne précédent, en partie parce qu'à ses yeux la France du football ne l'avait pas suffisamment soutenu : ça faisait beaucoup pour un seul homme. Ça faisait beaucoup pour Ribéry, surtout.
Personnage à fleur de peau, au cuir pas suffisamment épais pour un gars de sa trempe, l'attaquant aura été, tout au long de sa carrière, capable de soulever des montagnes ou de dégringoler au trente-sixième dessous selon son moral du moment.
Avant que la presse italienne n'annonce sa retraite sportive ce vendredi, Ribéry était donc parti une première fois. Et c'était son baisser de rideau définitif avec la France, sa sélection, voire son public, avec lesquels il aura à peu près tout partagé, au gré de ses déboulés ravageurs sur le pré, de ses histoires dévastatrices à côté du rectangle. Au final, le natif de Boulogne-sur-Mer aura connu une carrière assez unique dans l'histoire du football français.
Après ZZ, ce devait être Ribéry
Cette histoire a commencé au mitan des années 2000 quand l'ovni Ribéry est apparu sur les pelouses de Metz. On ne savait pas trop bien d'où il venait. On savait juste qu'il avait un sacré coup de reins, une drôle de rage et un talent certain. Passé sous les radars chez les jeunes en raison de son comportement et de ses résultats scolaires notamment, l'ailier reconnaissable à sa cicatrice sur le visage avait décidé de ne pas laisser passer la seconde.
Le monde du football l'a découvert en Moselle. Le grand public, lui, a fait connaissance avec sa fraicheur, ses blagues de gamin et son phrasé parfois aléatoire en Allemagne. Appelé sur le gong par Raymond Domenech alors qu'il cassait tout à l'OM, il serait l'un des fers de lance de l'équipe de France au Mondial 2006.
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Ribéry et Gourcuff avant le Mondial 2010
Crédit: AFP
Remplaçant de Sylvain Wiltord à l'entame de la compétition, buteur révolté face à l'Espagne et enfin titulaire incontournable, Franck Ribéry devient alors LE successeur chez les vice-champions du monde. Zinédine Zidane parti à la retraite, le joueur de l'OM est une évidence. Elle crève les yeux, même. Après Zizou, ce sera Francky. Il devient un rival, aussi, pour Thierry Henry. Ribéry souhaite le brassard, le revendique. Il ne l'aura jamais.
De toute manière, ça n'aurait rendu service à personne, tant l'atmosphère de cette équipe de France sans queue ni tête - sinon celle, brinquebalante, de Raymond Domenech – était viciée. Le Bavarois participe aussi à cette dégradation du climat chez les Bleus, par ses revendications sur le terrain notamment. On pourrait également passer des heures à deviser de sa relation toxique avec Yoann Gourcuff, devenu à son tour le successeur de ZZ, ce qui n'était pas forcément pour le ravir. On dira simplement qu'elle a fini de plomber l'air au château.
L'abîme et l'inaudible
C'est d'ailleurs à cette période-là que la trajectoire ascendante de Ribéry commence à se tordre et que le public finit par porter un autre regard sur lui. Après la fraicheur, le refroidissement. L'affaire Zahia, déflagration du printemps 2010 - qui s'est conclue par une relaxe en 2014 - n'a pas fait pour la popularité du joueur. Pas plus que le Mondial 2010 et la journée du 20 juin.
Claquettes-chaussettes et gorge nouée sur le plateau de Téléfoot devant un Domenech dont on ne sait trop ce qu'il pense, Ribéry débarque ce jour-là comme un chien dans un jeu de quilles. Sportivement, la France est en train de se noyer. Ses complaintes et la "souffrance" qu'il rapporte, sincère, celle de ses coéquipiers, au matin d'une grève qui allait plonger la France dans l'abîme, sera vite inaudible. Ribéry a définitivement basculé ce dimanche-là. Sa relation avec le public français, aussi.
Si le footballeur, d'exception, a continué à inspirer le respect, parce qu'il ne faut pas oublier de souligner qu'il fut, entre 2006 et 2016, le meilleur joueur des Bleus - et de loin -, le cœur était désormais loin des yeux. Au moment de conclure une année 2013 d'exception, avec une victoire en Ligue des champions, un barrage dingo face à l'Ukraine et ses exploits à répétition sur les terrains d'Allemagne, c'est d'ailleurs ce que le numéro 7 du Bayern a retenu quand il a vu le Ballon d'Or lui filer entre les pieds. Ce Ballon d'Or, il le méritait grandement.
L'allongement de la durée du scrutin, injuste et décidé au dernier moment, ainsi que le manque de support de la France du foot et un désamour latent auront sonné le glas de sa relation déjà distendue avec l'Hexagone. On ne le reverrait que durant un tour d'honneur long de vingt-six minutes, un soir de mars 2014 face aux Pays-Bas. Un soir où un certain Antoine Griezmann honorait sa première cape avec l'équipe de France de Didier Deschamps. Symboliquement. Un peu plus que ça, sans doute.
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Franck Ribéry avec les Bleus lors du barrage France - Ukraine
Crédit: Getty Images
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