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Les 12 travaux d’Erik ten Hag à l'Ajax

Les 12 travaux d’Erik ten Hag à l'Ajax

Le 15/08/2019 à 08:54Mis à jour Le 15/08/2019 à 15:57

Si Frenkie de Jong et Matthijs de Ligt ont quitté Amsterdam, le grand exode n’a pas eu lieu cet été à l’Ajax. Hakim Ziyech, André Onana, Nicola Tagliafico, Dusan Tadic et David Neres ont même signé un nouveau contrat ces dernières semaines. Pourtant, le club redémarre doucement cette nouvelle saison et l’entraîneur Erik ten Hag va devoir trouver des solutions aux premiers problèmes entrevus.

On peut n’avoir perdu que deux joueurs - certes majeurs - et apparaître en plein chantier. C’est le cas de l’Ajax cet été. Le club amstellodamois vient de se qualifier pour le barrage d’accès à la phase de groupes de la Ligue des champions après avoir éliminé le PAOK Salonique dans une double confrontation épique (5-4). Ces deux rencontres, ainsi que le match sur la pelouse du Vitesse Arnhem lors de la première journée d’Eredivisie, ont mis en lumière les nombreuses zones d’amélioration qu’Erik ten Hag doit résoudre, au sein d’un groupe régénéré mais pas privé de cadres.

Une charnière à installer

Avec la perte de Matthijs de Ligt, la donne semblait assez simple à solutionner pour Marc Overmars, le responsable du secteur sportif du club. L’Ajax avait besoin d’un remplaçant pour l’axe droit de sa charnière avec quelques caractéristiques préétablies : rapidité, capacité à sortir proprement le ballon et densité physique. Un profil parfait pour faire la paire avec Daley Blind. Et comme Lisandro Magallan n’avait pas vraiment convaincu depuis son arrivée de Boca Juniors en janvier dernier, (aveu d’Overmars lui-même), on imaginait assez aisément un recrutement extérieur.

Daley Blind célèbre après avoir marqué le deuxième but de l'Ajax face au PSV en Supercoupe des Pays-Bas, le 27 juillet 2019.

Daley Blind célèbre après avoir marqué le deuxième but de l'Ajax face au PSV en Supercoupe des Pays-Bas, le 27 juillet 2019.Getty Images

Sauf que l’affaire s’est compliquée avec le choix d’Erik ten Hag d’aligner Daley Blind au milieu de terrain dans son double pivot. L’Ajax ne devait plus trouver un défenseur central mais une charnière complète. Et le recrutement a été ciblé sur l’axe gauche de la paire défensive avec les recrutements du jeune Kik Pierie (Heerenveen) et de l’argentin Lisandro Martinez. Côté droit, le club a opté pour une solution maison avec Per Schuurs et Joël Veltman. Mais, lors des cinq premières sorties de la saison, toutes les combinaisons ont montré leurs limites. Avec quatre buts concédés en deux matches face au PAOK, deux autres sur la pelouse du Vitesse et de nombreuses occasions offertes au PSV lors du Johan Cruijff Schaal (trophée des champions néerlandais), la défense a montré ses limites.

Ten Hag n’a pas choisi la solution de la facilité en déplaçant Blind au milieu. Le voilà désormais obligé de créer une nouvelle charnière en partant de zéro, avec un joueur ne maîtrisant encore ni la langue ni le style Ajax comme Lisandro Martinez (il suffit de voir sa fâcheuse habitude à se jeter au sol dès qu’il le peut), un jeune de 19 ans découvrant le club et le haut niveau (Kik Pierie), un autre gamin du même âge totalement inexpérimenté (Per Schuurs) et le vétéran Joël Veltman qui n’a plus joué en charnière depuis des années et revient d’une sérieuse blessure.

La joie des joueurs de l'Ajax Joel Veltman, Lasse Schöne et Matthijs de Ligt sur le terrain de la Juventus, le 16 avril 2019 à Turin.

La joie des joueurs de l'Ajax Joel Veltman, Lasse Schöne et Matthijs de Ligt sur le terrain de la Juventus, le 16 avril 2019 à Turin.Getty Images

Un double pivot à créer au milieu

L’entraîneur amstellodamois n’a pas installé Daley Blind au milieu de terrain par hasard. Avec le départ de Frenkie de Jong, l’ancien Mancunien devient le nouveau dépositaire du jeu et sa qualité de passe verticale est un atout maître. C’est d’ailleurs à ce poste qu’il s’était révélé lors de la saison 2013-2014, avant de rejoindre Manchester United. Mais depuis son retour l’été dernier, il a évolué en charnière et a pris quelques réflexes. Le poids des âges ayant – comme pour tout joueur – une influence sur son explosivité, il a également les réflexes d’un central dans sa façon d’imposer le jeu dans les phases de construction avec ses multiples touches de balle et son habitude à prendre le temps qu’il faut pour trouver une ligne de passe. Deux attitudes qu’il ne peut plus trop se permettre au milieu, où le pressing est plus intense et où il est "chassé" en permanence. Ses nombreuses pertes de balle et sa lenteur dans l’exécution technique ballon au pied depuis le début de saison montrent qu’il a besoin de retrouver certains repères.

A ses côtés, la recrue Razvan Marin connaît un début de saison compliqué. Le milieu de terrain roumain a été remplacé à la mi-temps mercredi contre le PAOK après 45 minutes laborieuses. Marin est aujourd’hui dans une situation délicate, mais fans et observateurs doivent aussi se faire une raison : le nouveau milieu ajaccide n’est pas le successeur de De Jong et n’a pas les mêmes qualités. Personne ne doit attendre (ni demander) au Roumain d’être comme De Jong et de faire les mêmes choses que le nouveau joueur du Barça. Ce sera une autre façon de jouer avec un profil différent à ce poste. En attendant de voir ce dont il sera capable, Razvan Marin doit faire plus, prendre des initiatives et moins se cacher.

La solution pourrait également venir d’Edson Alvarez. Transféré pour 15 millions d’euros, le Mexicain peut jouer au milieu, comme ces derniers mois dans le championnat aztèque, mais également en défense centrale, son poste le plus régulier dans sa carrière. Il apporterait sans aucun doute une bonne dose de dynamisme dans un profil plus défensif, qui pourrait ainsi alléger Daley Blind d’une bonne dose de travail sans ballon. Et il reste le cas de Noussair Mazraoui, formé comme milieu de terrain mais révélé la saison passé au poste d’arrière droit. Ten Hag souhaitait l’installer dans l’entrejeu cette saison, mais il pourrait faire marche arrière car ce poste de latéral affiche lui aussi des incertitudes.

Un contrasto fra Mazraoui e Dybala, Juventus-Ajax, Getty Images

Un contrasto fra Mazraoui e Dybala, Juventus-Ajax, Getty ImagesGetty Images

Déjà trois essais au poste d’arrière droit

Le poste d’arrière droit est un autre chantier. En à peine cinq matches, trois joueurs ont évolué dans cette position, par choix, et non pas en raison de blessures ou suspensions. Joël Veltman a débuté la saison mais a rapidement affiché ses limites. Coupable de grossières erreurs, il affiche un déficit d’agressivité étonnant. Battu sur le duel aérien du deuxième but grec à l’aller, déjà auteur d’une passivité flagrante sur le centre lors de l’ouverture du score, il a récidivé au retour en laissant tranquillement Biseswar frapper au but sans intervenir. S’il semble destiné à être un cadre cette saison, ses prestations prêtent logiquement à discussion.

Noussar Mazraoui a pris la suite mais sa condition physique est encore loin d’être optimale, lui qui est revenu tardivement de vacances en raison de sa participation à la CAN. Et puis, il y a le cas Sergino Dest. Il a été l’une des révélations avec Jong Ajax (la réserve évoluant en D2 néerlandaise) la saison passée et lors de la préparation estivale. S’il a dépanné et brillé lors de matches amicaux au poste de latéral gauche, c’est de l’autre côté qu’il se sent plus à l’aise.

Le jeune américain de 18 ans vient de faire deux apparitions face à Emmen (entré à la 54e minute) et le PAOK (entré à la mi-temps) et possède les qualités requises pour être un titulaire du poste dans les semaines et mois à venir : vitesse, dynamisme et technicité (passes, centres). Mais il est encore un peu tendre. Et avec cet Ajax 2.0 aux fortes ambitions, il n’est pas certain que Ten Hag prenne le risque de titulariser un élément ayant encore de grosses lacunes défensives, d’autant plus que sa charnière est déjà en chantier.

Trouver l’équilibre

Cet Ajax 2019-2020 manque pour le moment d’équilibre. Il n’y a rien de rédhibitoire après cinq petits matches, mais le football est avare de temps. Erik ten Hag le sait et il l’avoue lui-même : l’attitude défensive de l’équipe n’est pas bonne. Face au PAOK, aussi bien à l’aller qu’au retour, l’équipe a offert d’innombrables occasions aux Grecs, qui, s’ils avaient été un peu plus réalistes, auraient pu mettre en cause la qualification en barrage.

Plusieurs choses sautent aux yeux en ce début de saison. L’équipe est moins "courte" et compacte sur le terrain, laissant parfois entrevoir un trou béant au milieu de terrain, aussi bien en phase de construction que lors des transitions défensives à gérer. Les espaces offerts sur un plateau engendrent un déséquilibre prononcé à la perte de balle. L’entraîneur ajaccide l’a d’ailleurs confirmé en interview d’après-match ce mardi soir. La gestion des transitions, justement, est une autre donnée qui explique les nombreux buts encaissés en cette fin d’été. Nicola Tagliafico et Lisandro Martinez ont une obsession pour l’interception. Problème, leur propension à se jeter à la moindre occasion laisse régulièrement des boulevards en cas de retard dans leurs interventions. C’était déjà le cas la saison passée pour le latéral gauche mais Daley Blind compensait très bien les éventuels ratés. Problème aujourd’hui, Martinez et Tagliafico sont côte à côte dans la défense, sortent régulièrement de l’alignement et oublient que, si la grinta est nécessaire (et elle est un atout dans cet effectif), elle doit être mise au service de l’analyse spatio-temporelle. Se jeter à la moindre occasion n’est pas réfléchi et dangereux en phase de transition avec des adversaires lancés à pleine vitesse. Là encore, il ne s’agit peut-être que d’ajustements qui arriveront avec l‘accumulation de matches et d’un vécu collectif plus important.

Huntelaar - Groningen-Ajax - Eredivisie 2018/2019 - Getty Images

Huntelaar - Groningen-Ajax - Eredivisie 2018/2019 - Getty ImagesGetty Images

L’Ajax n’a perdu que deux joueurs majeurs (trois si l’on compte Schøne qui était néanmoins destiné à voir son temps de jeu drastiquement réduit cette saison), mais les chantiers sont multiples en ce début de saison. Si des facteurs extérieurs (acclimatation des recrues, CAN...) peuvent en partie expliquer un certain retard à l’allumage au niveau des prestations collectives, certains choix d’Erik ten Hag ont des conséquences majeures. En devant reconstruire complètement une charnière et un double pivot, l’entraîneur néerlandais n’a pas choisi la voie de la simplicité. Dans un club redevenu très ambitieux, et qui met tout en œuvre pour l’être, l’Ajax n’a pas droit au moindre faux pas. La double confrontation face à l’APOEL Nicosie en barrage est déjà capitale et un échec ferait alors ressortir de vieux démons.

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