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Eugénie Le Sommer : "Il faut que la parole des joueuses se libère"
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Publié 12/10/2021 à 00:22 GMT+2
Prêtée à l'OL Reign dans le championnat féminin américain (NWSL) jusqu'à la fin de la saison, l'internationale française Eugénie Le Sommer a vécu de l'intérieur les révélations d'abus sexuels au sein de la Ligue depuis son arrivée, en juillet dernier. Elle milite pour une prise de parole des joueuses à travers le monde et se réjouit d'une prise de conscience qui grandit petit à petit.
Eugénie Le Sommer
Crédit: Getty Images
Votre match de samedi (ndlr : le 10 octobre face à Chicago) a été arrêté à la sixième minute, à l'image des autres rencontres du weekend. Toutes les joueuses se sont rejointes dans le rond central, arborant des t-shirts "NO MORE SILENCE". Quel était l'objectif ?
Eugénie Le Sommer : Le souhait des joueuses était de marquer le coup, en mettant en lumière ce qui s'est passé. (ndlr : l'entraîneur de North Carolina, Paul Riley, a été licencié le 30 septembre après des accusations d'agressions sexuelles par deux joueuses dans la presse). Elles l'ont fait à la sixième minute pour symboliser le nombre d'années qu'il a fallu à la Ligue pour réagir. La décision a été prise en commun par toutes les joueuses du championnat. C'était un geste fort et on a pu voir toute la solidarité qui les anime.
Vous avez rejoint le championnat américain et Seattle en juin. Avez-vous été surprise de toutes ses révélations en cascade au sein de la NWSL ? (ndlr : après Paul Riley, le coach de Washington Richie Burk a également été licencié pour harcèlement moral, avant que la commissaire de la Ligue, Lisa Baird, démissionne).
E. L. S. : Très surprise, oui. Je n'étais pas du tout au courant de cette histoire, même si j'avais entendu des choses sur comment était dirigée la Ligue. Les témoignages des deux joueuses agressées (ndlr : les Américaines Sinead Farrelly et Meleana Shim se sont confiées au site The Athletic) sont extrêmement choquants et violents. Je n'ai pas forcément compris toutes les subtilités de l'article au début puisqu'il est en anglais, mais les filles de notre équipe ont été extrêmement touchées. J'en ai vu plusieurs pleurer dans le vestiaire et je les comprends. En tant que footballeuse professionnelle et que femme en général, on ne devrait pas se sentir en danger pour notre vie.
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Message de soutien aux joueuses de la Ligue de football féminin (NWSL) à Carson le 3 octobre 2021
Crédit: Getty Images
Vous dites avoir entendu des choses sur le fonctionnement de la Ligue. Lesquelles ?
E. L. S. : Ce n'est pas la première histoire avec la NWSL. Les filles ne se sentaient pas écoutées par la Ligue jusqu'à aujourd'hui. Leur contrat de travail est notamment très précaire. Des négociations sont en cours avec l'association des joueuses (NWSL Players Association) pour faire évoluer ça.
Vous êtes la coéquipière de Megan Rapinoe, qui s'exprime régulièrement sur les questions politiques et sociales, et notamment sur la place des femmes dans le sport et la société. Quel rôle-a-t-elle joué dans cette affaire ?
E. L. S. : Elle s'est exprimée, mais pas plus ni moins qu'une autre. Comme vous le dites, Megan se sert de sa notoriété pour faire passer des messages à grande échelle. Mais dans le vestiaire, elle est une coéquipière normale, ni effacée ni trop présente.
Dans quel état d'esprit se trouvent vos coéquipières et les autres joueuses de la Ligue aujourd'hui ? Sont-elles encore abattues par ces révélations ou fières d'essayer de faire avancer les choses ?
E. L. S. : Elles sont passées par toutes les émotions. Elles étaient effectivement très abattues le jour qui a suivi la parution de l'article. Elles ne voulaient pas s'entrainer. L'abattement a ensuite laissé place à la colère, et aujourd'hui elles sont dans une dynamique de prise de position. Elles veulent se faire respecter, ne plus se sentir en danger, et apporter leur pierre à l'édifice pour construire un football féminin plus sain.
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Le logo de la Ligue américaine de football féminin (NWSL) le 22 juin 2021 à Tacoma
Crédit: Getty Images
Vous avez passé la majeure partie de votre carrière en France, notamment dans le championnat de D1 Arkema. Avez-vous déjà subi ou constaté des comportements sexistes ou de harcèlement ?
E. L. S. : Les propos sexistes, chaque joueuse en a entendu à un moment donné dans sa carrière. Pour le reste, je n'ai jamais subi ce qu'ont pu vivre les filles ici aux États-Unis. Je ne dis pas que ce n'est jamais arrivé à personne, car je ne sais pas. Mais je pense que c'est l'occasion ou jamais de se poser des questions, et de mettre tout en place pour empêcher qu'un tel scénario se produise en France.
Au-delà de Paul Riley et Richie Burk, le nom d'un troisième entraîneur est sorti pendant cette affaire, celui du Français Farid Benstiti, votre ancien coach à l'OL Reign. Licencié officiellement début juillet pour des mauvais résultats sportifs, on a appris que son départ était en fait lié à ses commentaires sur le poids et l'hygiène de vie de plusieurs joueuses. Aviez-vous vous remarqué quoi que ce soit ?
E. L. S. : Je ne l'ai pas connu longtemps puisque je suis arrivée en juin et qu'il est parti en juillet, donc je n'ai rien à dire là-dessus. J'ai entendu des histoires, je sais notamment qu'il avait déjà été mis en cause quand il l'était l'entraîneur de l'équipe féminine du PSG, mais j'ai suivi ça de loin. (ndlr : la milieu de terrain américaine Lindsey Horan s'était plainte en 2019 de comportements misogynes et dégradants sur son physique de la part de Benstiti, son entraîneur au PSG de 2012 à 2016).
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Eugénie Le Sommer lors de France - Pays-Bas au Tournoi de France le 10 mars 2020
Crédit: Getty Images
Le football a repris ses droits le weekend dernier en NWSL, après le report de la journée précédente. L'OL Reign s'est qualifié pour les playoffs et vise désormais le titre de champion de la saison régulière. On a l'impression que rien ne peut vous arrêter.
E. L. S. : Tout se passe bien du côté du terrain, oui. C'est d'ailleurs le message que j'ai envie de faire passer : le foot doit continuer, il ne faut pas s'empêcher de vivre à cause de personnes malveillantes ou malsaines. J'ai lu également que des joueuses au Venezuela et en Australie s'étaient exprimées sur des actes de harcèlement et d'abus sexuels au sein de leurs championnats. C'est bien, il faut que la parole se libère, et j'ai l'impression que c'est ce qui est en train de se passer petit à petit.
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