Après une saison parasitée par les blessures, Eden Hazard a subi la foudre des médias, des observateurs mais aussi la pression de ses dirigeants au Real Madrid, faute à son niveau de jeu jugé insuffisant. Entré le 6 juin dernier face à la Croatie, le Diable Rouge avait alors mis fin à une disette de plus d’un an et demi sans jouer avec la sélection noir-jaune-rouge. Un retour opportun au moment où la Belgique a besoin de toutes ses forces vives pour aller loin à l’Euro…
Mais les Diables Rouges ne sont-ils pas meilleurs sans le natif de La Louvière ? Analyse de son jeu en équipe nationale avec deux spécialistes tactiques du plat pays : Guillaume Gauthier, journaliste pour l’hebdomadaire Sport-Foot Magazine, et Alexandre Teklak, ancien joueur professionnel passé par l’Excel Mouscron et le Sporting Charleroi notamment, reconverti en tant qu’expert-analyste pour la Radio Télévision Belge sur les plateaux de l’Euro 2020 :
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"Depuis quelques temps déjà la Belgique a dû s’habituer à être efficace sans Eden Hazard et là où on pouvait s’attendre à ce que ce rôle de 'clé du jeu' soit repris par Kevin De Bruyne, c’est un Romelu Lukaku qui est devenu ce qu’était Eden Hazard et que les autres n’arrivaient pas à faire : recevoir un ballon dos au jeu, sous pression et le transformer - sinon en occasion de but - au moins en un jeu qui avance", nous explique le journaliste Guillaume Gauthier.

"Un rapport psychologique"

De là à voir Eden Hazard comme un joueur important mais pas fondamental à la réussite des belges ? "Je pense surtout que c’est une question de rapport de force qui s’installe où Kevin De Bruyne est peut-être l’exception parce que pendant qu’Hazard était en train de galèrer au Real, lui prenait une autre dimension à Manchester City", nous répond Alexandre Teklak.
Ceci dit, au vu de sa saison, il serait légitime de lui préférer des profils plus en forme mais aussi plus dévoué au travail défensif pour maintenir un équilibre tactique, ce qui n’est pas la spécialité d’Hazard… "Bien-sûr, il faut toujours voir l’aspect défensif des choses parce que l’équilibre à trouver est là. Mais si Hazard joue, ce qui va se passer aussi, c’est que par rapport à l’adversaire - et il ne faut jamais oublier ça - il y a aussi un rapport psychologique qui s’installe. Si Hazard joue, l’adversaire ne va pas jouer de la même manière que s’il ne jouait pas… Et l’adversaire ne va pas jouer contre Eden Hazard comme il jouerait contre Yannick Carrasco, Dries Mertens ou Thorgan Hazard…", rétorque l’analyste belge.

Eden Hazard lors du match amical opposant la Belgique à la Croatie, le 6 juin 2021

Crédit: Getty Images

Guillaume Gauthier, de Sport Foot Magazine, le rejoint et ajoute une nuance : "Hazard a son meilleur niveau rendrait le tout plus fort car il est capable de faire à peu près toutes les choses que font ses concurrents et il n’handicaperait le jeu de personne d’autre… Peut être celui de Carrasco qui se retrouverait à une place moins préférentielle mais un Hazard à cent pour cent est plus fort qu’un Carrasco à cent pour cent. Le problème, c’est si on commence à jouer avec le fait que Hazard n’est pas à cent pour cent mais que la hiérarchie fait qu’il passe devant un gars qui actuellement apporte plus…"

Le "choucou" de Martinez ?

Il est vrai que Roberto Martinez a souvent eu tendance à privilégier l’attaquant du Real Madrid, certains racontent même qu’il le considère comme son "chouchou" et pourrait lui offrir plus de tolérance… "C’est une question de hiérarchie implicite, ajoute le journaliste belge Guillaume Gauthier. Quand il est sur le terrain, il est tellement fort que le jeu va changer et il est impossible pour la Belgique de jouer de la même façon sans lui qu'avec lui. Pour cette raison, Roberto Martinez a adapté ses plans et ils fonctionnent bien… Cela dit beaucoup sur le niveau de ceux qu’on considérait comme les lieutenants d’Eden Hazard et sur le niveau d’intelligence de jeu de Martinez dans le fait d’avoir pu compenser l’absence d’un homme qui, à la base, est la raison de son système de jeu."
Dans le plat pays, une idée revenant comme un serpent de mer veut que Kevin De Bruyne propose un football plus "libéré" avec la Belgique lorsque Hazard ne polarise pas tous les ballons côté gauche. Une pensée partagée par Alexandre Teklak, ancien défenseur central, qui ajoute une précision : "J’ai le sentiment parfois que l’un éclipse l’autre parce que Hazard, quand il prend un ballon dans les pieds, ne se dit pas' je ne vais pas jouer avec Kevin De Bruyne' mais simplement : 'mon jeu, c’est quoi ? Je me retourne, je m’appuie sur Lukaku, je demande un une-deux, je demande un appui soutien, de là je peux tenter une frappe intérieure, je peux déborder sur le côté gauche.'"

Roberto Martinez

Crédit: Getty Images

"En aucun cas, il ne va snober Kevin De Bruyne mais il a un jeu qui lui correspond moins et il va trouver moins de complicité avec lui qu’il va en trouver avec d’autres. Fatalement, il va attirer plus le ballon parce que Eden a aussi beaucoup de personnalité, n’a pas peur de venir demander les ballons et sait les accélérer tout seul grâce à sa course et sa conduite de balle. On est moins dans le registre de De Bruyne, il y en a un qui va un peu éclipser l’autre de par la situation des circonstances de matches mais je ne crois pas qu’il faille les opposer, je crois que c’est plus une question d’équilibre et de rapport de force."
L’autre point d’inquiétude réside dans la capacité physique d’Eden Hazard à retrouver son coup de rein et ses appuis qui avaient fait rêver la Premier League durant sept ans à Chelsea, sans doute ce qui pourrait empêcher l’attaquant d’évoluer au niveau qu’il a connu à la Coupe du Monde 2018, ce qui n’inquiète pas notre analyste Alexandre Teklak, rassuré par son entrée au jeu face à la Russie :
"Dans un tournoi comme celui-là il y a très peu de matches, il va peut être devoir en jouer deux ou trois au top niveau. Tu as sept matches pour gagner le tournoi dont un qui est déjà passé, un deuxième (celui face au Danemark ce jeudi) où on va probablement devoir faire sans lui, le troisième (face à la Finlande) où il n’est pas certain d’être titulaire… La dimension physique est importante mais tu n’as pas d’impact sur le long terme, cela convient bien à ce type de joueurs et il y a plein d’exemples par le passé qui sont positifs de mecs qui sont arrivés à court de compétition et qui ont sorti un bel Euro. La seule chose pour laquelle on pourrait s’inquiéter, c’est que 'ça pète' de nouveau."

Eden Hazard

Crédit: Getty Images

"Si on enlève Kylian Mbappe en France"

Le journaliste belge Guillaume Gauthier, qui souligne la "position de luxe assez incroyable (dans laquelle se trouve le sélectionneur Roberto Martinez) d’avoir le temps de faire revenir à l’aise notre meilleur joueur", pense la Belgique capable de gagner l’Euro sans Eden Hazard, un avis contraire à l’humeur ambiante : "C’est possible, on a plus de chances d’aller au bout avec un grand Eden Hazard, mais tout le monde parle de l’Angleterre comme un grand favori du tournoi… On a battu l’Angleterre deux buts à zéro sans concéder une occasion et ce, sans Eden Hazard il y a quelques mois… Et pourtant, c’était quand même de la 'grosse' Angleterre."
"Désormais, l’équipe est tellement rodée et expérimentée, et les principes de jeu sont tellement ancrés, qu’on parvient à ne pas les faire dépendre d’un seul joueur, poursuit-il. On est peut-être la seule 'grande' nation qui est la moins affectée par la perte de leur meilleur joueur. Si on enlève Kylian Mbappe en France, Cristiano Ronaldo au Portugal, Toni Kroos en Allemagne, Harry Kane en Angleterre, ce n’est pas du tout la même équipe et il va clairement manquer un truc… On aurait plus de chances de gagner avec un 'bon' Eden Hazard mais cela ne veut pas dire qu’on a zéro chance de gagner sans lui."
Scrutés par les médias, l’attaquant du Real Madrid va voir ses performances décortiquées. Ce cas tranche l’opinion publique belge car il rassemble autant qu’il ne divise… Alors que la réponse la plus sage serait de ne rien attendre d’Eden durant cet Euro, le sélectionneur Roberto Martinez a relégué l’affaire Hazard au second plan et il l’a étouffée au prix du lien commun. Ce collectif qu’il a construit dépasse les polémiques individuelles et on s’en réjouit parce qu’ailleurs, cette situation aurait pu devenir un enjeu politique national problématique…

Hazard et De Bruyne

Crédit: Eurosport

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