En ces temps de pandémie, et étant l'un des pays les plus frappés par le Covid-19, l'Italie avait rapidement décidé d'adopter un système de zones assorties d'une couleur bien précise. Du rouge pour les restrictions les plus sévères au blanc pour une liberté (presque) totale, en passant par le jaune ou encore l'orange. Aujourd'hui, la Botte n'en compte officiellement plus que deux : sept zones blanches et quatorze jaunes. Ou plutôt trois. A partir de ce vendredi, elle sera officieusement toute colorée du bleu azzurro. De la Lombardie à la Sicile, de la Valle d'Aoste à la Sardaigne, c'est tout un pays qui s'apprête à se retrouver pour l'Euro 2020. Il était temps.
Dans les rues, les drapeaux flottent sur les balcons. Chez leurs marchands de journaux, les Italiens peuvent y trouver tous les gadgets possibles et inimaginables en vente. "Supportons l'Italie", peuvent-ils également lire dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport, qui a lancé un supplément payant pour le moins original : un drapeau, un sifflet, un tatouage, du maquillage ou encore un klaxon pour les tifosi. Le célèbre quotidien rose a même décidé de se mettre au bleu de l'équipe nationale ce vendredi, jour du match d'ouverture face à la Turquie à Rome. Vous l'avez compris, l'attente est grande pour un pays encore marqué par son absence à la Coupe du monde 2018.
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Cinq ans sans une grande compétition, c'est long pour l'Italie. Très long. Trop long. L'engouement populaire autour de l'équipe de Roberto Mancini en est proportionnel. Cette Nazionale a su se racheter au fil du temps, des matches et des prestations. Aujourd'hui, l'affront du mondial russe serait presque oublié. Cet Euro qui débute à domicile (l'Italie disputera ses trois matches à Rome, ndlr) ressemble également à une échappatoire après des mois de cauchemar, marqués par plus de 120.000 morts du Covid-19. Doucement mais sûrement, le cœur du pays recommence à battre. Vendredi soir, il espère s'emballer de nouveau à l'Olimpico, le stade des fameuses "Notti Magiche" (Nuits Magiques) de 1990.

Mancini, fondateur et fédérateur

Pour se rendre de Florence à Rome, Roberto Mancini et ses hommes ont embarqué dans un train entièrement coloré de bleu, jeudi. Si l'enthousiasme est donc énorme autour de Squadra Azzurra, le chemin a été long avant de pouvoir le (re)gagner. Qui aurait pu imaginer ça au soir du 13 novembre 2017 et ce terrible 0-0 face à la Suède ? Personne. Ou presque. Sans Roberto Mancini, rien n'aurait probablement été possible. Nommé à la mi-mai 2018 pour succéder au tant décrié Gian Piero Ventura, l'ancien entraîneur de Manchester City et de l'Inter Milan a été l'homme clé de cette renaissance. Il a su bâtir un groupe solide et cohérent sur un tas de ruines. "Il a redonné de la crédibilité à cette équipe, confiait le grand Alessandro Nesta jeudi à La Gazzetta dello Sport. Il a su mixer expérience et jeunesse. L'Italie pratique désormais un jeu plaisant."
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"Mancini a été capable de reconstruire une Nazionale en partant de presque rien, nous explique Francesco Pietrella, journaliste du quotidien sportif. Il a eu un grand crédit dès le début. Et il l'a toujours, puisqu'il a récemment été prolongé jusqu'en 2026 sans avoir encore disputé de très grands matches. C'est une marque de confiance qui en dit long sur son travail."
Dès son arrivée, le "Mancio" a apporté un souffle nouveau à son équipe. "J'ai trouvé des joueurs en manque de confiance et de repères, confiait-il quelques mois après son arrivée. Ils avaient besoin d'entendre certaines choses pour repartir de l'avant. Avant le terrain, il fallait effectuer un grand travail dans les têtes après le traumatisme suédois." Pas vraiment du genre à élever la voix, Mancini parvient rapidement à ses fins. Son discours fédérateur, son expérience et la sérénité qu'il dégage renforcent son groupe. Tout le monde veut le suivre. Les propos des joueurs, d'ailleurs, vont dans ce sens. Et cela se traduit rapidement sur le terrain.

27 matches sans défaite

Pas vraiment le point fort historique des Italiens, matches amicaux et éliminatoires se déroulent à la perfection. L'Italie termine première de son groupe devant la Finlande sans aucune contestation possible : 10 victoires, 37 buts marqués, 4 encaissés et 30 points au compteur. La concurrence était relativement faible ? Probablement. Mais un faux pas n'est jamais bien loin. Il suffit de rappeler le triste match nul contre la Macédoine en octobre 2017, par exemple. Sérieuse et appliquée, l'Italie a cette fois fait le job sans broncher ni trembler. Actuellement, elle est sur une série de 27 matches sans défaite (22 victoires et 5 nuls). Le record ? La Nazionale de Pozzo avec 30. Autre statistique qui en dit long : 785 minutes sans prendre le moindre but. Oui, la Squadra a retrouvé sa solidité légendaire. Pour la perforer, la Turquie de Burak Yilmaz va probablement avoir du boulot vendredi soir.
En Italie, tout le monde est unanime et plutôt lucide sur cette équipe : sa force, c'est son collectif. Sur le papier, tout est plutôt cohérent et aucun gros nom ne ressort vraiment. Une faiblesse ? Ou plutôt une force ? "L'Italie n'a pas les individualités de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne ou du Portugal, estime Francesco Pietrella. Mancini a eu cette force : comprendre qu'il n'avait pas de joueurs du niveau du Ballon d'Or. Il a donc encastré chaque qualité de chaque joueur pour un seul et même collectif. Les deux joueurs les plus talentueux ? Insigne et Verratti. Des grands joueurs, oui, mais pas du calibre de joueurs comme Mbappé, par exemple, ou Bernardo Silva. Notre force, c'est le collectif, sans aucun doute."
Il y a quinze ou vingt ans, le grand public aurait probablement été capable de citer au moins la moitié de l'équipe type de la Nazionale. Totti, Nesta, Cannavaro, Gattuso, Pirlo, Buffon, Del Piero... Les noms étaient ronflants. Avant le début de cet Euro, pas certain que ce soit toujours le cas au vu du onze annoncé pour le match d'ouverture : Donnarumma ; Florenzi, Chiellini, Bonucci, Spinazzola ; Barella, Jorginho, Locatelli ; Berardi, Immobile, Insigne. Tout comme en 2016 avec Antonio Conte, l'homme en plus de cette équipe pourrait donc être... son sélectionneur.

Un buteur à trouver, un milieu tout trouvé

Depuis des années, l'Italie se cherche un nouveau buteur. Il y a bien eu l'espoir de l'avènement, un jour ou l'autre, de Mario Balotelli. Mais son doublé face à l'Allemagne à l'Euro 2012 et sa célébration à la Hulk restera probablement comme le point culminant de sa carrière en sélection. Ou sa carrière tout court, au choix. Soulier d'or en 2019-2020, Ciro Immobile a toujours peiné en sélection, comme trop habitué aux mécanismes si précis du 3-5-2 de Simone Inzaghi à la Lazio. Andrea Belotti ? 12 buts en 33 sélections. Mais jamais vraiment de continuité dans ses performances.
"C'est notre talon d'Achille depuis plusieurs années, poursuit Francesco Pietrella. Mais j'ai envie de croire en Ciro Immobie. S'il parvient, enfin, à se transformer en l'attaquant qu'on admire chaque week-end à la Lazio, je pense que l'Italie peut aller loin. Il ne manque que lui. Il manque le terminal offensif." Et si c'était finalement Giacomo Raspadori, LA surprise de cette liste ? De l'autre côté des Alpes, on envisage pour le jeune attaquant de poche de Sassuolo un destin à la Paolo Rossi en 1982 ou Totò Schillaci en 1990. Rien que ça. L'absence de Moise Kean a étonné. Même si Mancini l'a généralement aligné dans un rôle d'ailier droit, où Federico Chiesa et Domenico Berardi se battent déjà pour le poste (avantage pour le second). La présence de Federico Bernardeschi, en difficulté à la Juve, a fait réagir. Dans l'autre couloir, Lorenzo Insigne n'a aucun concurrent.
Le report de l'Euro m'a donné du temps en plus pour grandir
Au milieu de terrain, Mancini a le choix du roi. D'ordinaire, le sélectionneur italien s'appuie sur le trio Verratti-Jorginho-Barella, avec les deux premiers pour composer le fameux "double playmaker" à la relance. Mais le joueur du PSG, blessé, sera très probablement disponible pour le deuxième match face à la Suisse. Contre la Turquie, c'est Manuel Locatelli, auteur d'une très belle saison avec Sassuolo et priorité de la Juventus sur le mercato, qui est annoncé titulaire. "Le report de l'Euro m'a donné du temps en plus pour grandir", a confié ce dernier en conférence de presse. Forfait de dernière minute, Stefano Sensi (Inter) ne sera pas de l'aventure. Même chose pour Lorenzo Pellegrini (AS Rome), blessé à l'entraînement jeudi. Matteo Pessina (Atalanta) et Gaetano Castrovilli (Fiorentina) ont ainsi été appelés pour les remplacer.
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Enfin, en défense, l'Italie pourra compter sur trois de ses tauliers : Alessandro Florenzi, Leonardo Bonucci et Giorgio Chiellini. De l'expérience, oui. Mais aussi pas mal d'interrogations. Le premier sort d'une saison en demi-teinte avec le PSG, et les deux centraux de la Juventus ont parfois affiché un niveau inquiétant cette saison, surtout pour le premier cité. Le jeune Alessandro Bastoni (Inter) pourrait bien avoir son mot à dire, tout comme le plus expérimenté Francesco Acerbi (Lazio). A gauche, Leonardo Spinazzola et Emerson Palmieri sont en concurrence. Giovanni Di Lorenzo, l'un des plus réguliers du Napoli cette saison, sera la doublure de Florenzi à droite. Dans le buts, Gianluigi Donnarumma, que les supporters du PSG observeront probablement d'un œil attentif, sera le grand titulaire.

Enthousiasme retrouvé

Dans son histoire, l'Italie n'a remporté l'Euro qu'à une seule reprise, en 1968. Le 10 juin, précisément, lors du "replay" contre la Yougoslavie à Rome. Nous voilà donc cinquante-trois ans plus tard quasi jour pour jour, même ville et même stade. La Squadra Azzura s'apprête à donner le coup d'envoi de l'Euro 2020 chez elle. Tout un symbole. "Il y a beaucoup d'enthousiasme, c'est tout le pays qui attendait ça depuis longtemps. La dernière grande compétition remonte à 2016", rappelle Francesco Pietrella. Mais les Italiens ne sont pas fous. Ils savent bien qu'ils ne sont pas favoris. Mais à vrai dire, ça les arrange.

Turquie - Italie : nos pronos avec MPP

"Nous avons toujours été capables de faire tout et son contraire, expliquait Nesta jeudi. En 2006, on a gagné une Coupe du monde sans être les plus forts. D'autres fois, nous étions favoris et nous avons été éliminés. Je suis certain que l'Italie fera un très bon tournoi. C'est une belle équipe." Plus qu'un objectif, une victoire finale reste pour l'instant un rêve presque interdit et impossible à prononcer. La superstition au pays y est trop grande. Mais s'il venait par hasard à se réaliser, c'est toute l'Italie qui en profiterait. En 2006, après le succès au Mondial, son Produit intérieur brut augmentait alors de 2%.
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