Au coup de sifflet final, il a serré le poing. Furtivement. Et puis s'est laissé aller à un rictus. Un tout petit, mais un rictus tout de même. Lui, le "party pooper", le "rabat-joie", celui qui sait combien ça fait mal de s'arrêter en chemin et si près du but, n'avait pas envie d'être à nouveau le personnage central d'un autre chapitre du grand livre d'histoire anglais des "What if". Non, Gareth Southgate, version sélectionneur, est parvenu à faire ce que personne n'avait réussi depuis cinquante-cinq ans et Sir Alf Ramsey : propulser l'Angleterre en finale d'une grande compétition internationale.
Ce fut compliqué. Éprouvant. Tiré par les cheveux, même. Demandez donc aux Danois ce qu'ils pensent de la 104e minute. Mais il ne pouvait en être autrement. Car rien n'a été simple pour l'Angleterre depuis plus d'un demi-siècle et son unique conquête planétaire.
L'odyssée de l'Angleterre, c'est le périple d’une nation qui, fière de ce qu’elle s’imaginait être et non consciente de ce qu’elle était devenue, a un temps cru que sa splendeur serait éternelle. Après avoir snobé le reste de la planète, se jugeant trop belle pour prendre part à la Coupe du monde avant la seconde Guerre mondiale, la Perfide Albion a sorti les rames pour ramener la Coupe Jules-Rimet sur son île. Ce 30 juillet 1966, elle n'imaginait pas qu'une partie de ses champions d'alors ne seraient plus de ce monde le jour où elle retrouverait l'ivresse des sommets, en ce début d'été 2021.
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Et puis, il y a eu les années 1970, débutées par une immense désillusion mexicaine. Et terminées par pas grand-chose. Deux Coupes du monde ratées de suite : la sélection avait perdu le fil alors que ses clubs tissaient leur domination XXL sur le Vieux Continent. A cette époque, il suffisait de s'inscrire en Coupe des champions sous l'oripeau à la Croix de Saint-Georges pour s'arroger la coupe aux grandes oreilles. Les années 80 furent à peine meilleures pour les Three Lions. Au moins se qualifiaient-ils de nouveau pour les grands raouts mondiaux et, parfois, européens.
Football is Coming Home
Le grand frisson a de nouveau parcouru les échines anglaises au tournant des années 90, quand les Anglais sont passés à deux séances de tirs au but près de jouer une finale de Coupe du monde, en 1990, et une autre de Championnat d'Europe, en 1996. Cette dernière était prévue à Wembley. Vingt-cinq ans trop tôt finalement. C'est à cette période que l'Angleterre a compris qu'il valait mieux en rire et faire preuve d'un recul salvateur. Gary Lineker fut sans doute le premier à s'en rendre compte quand, un soir de défaite face à l'Allemagne, il eut ces mots, passés à la postérité : "Le football est un sport simple qui se joue à onze contre onze, et à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne". Ou l'Angleterre qui perd.
Durant ce dernier quart de siècle, la sélection aux Trois Lions a traîné la même rengaine aux quatre coins du monde ou de l'Europe. Ça commençait par "Football is Coming Home" - refrain teinté d'ironie censé exorciser les démons insulaires -, de grands espoirs, de grands titres dans les tabloïds, et ça se terminait toujours par une défaite, régulièrement matérialisée par une séance de tirs au but perdue.
Et puis, Gareth Southgate est arrivé par accident, en 2016. Parce que Sam Allardyce avait mis la main entière dans le pot de confiture. La construction n'a pas été linéaire. Mais depuis quatre ans, sa sélection, équilibrée et pas seulement un assemblage de stars, a levé les barrières psychologiques qui entravaient son chemin : une séance de tirs au but (enfin) gagnée en Coupe du monde, une première demie mondiale depuis belle lurette et, cet été, une victoire face à l'Allemagne. Manquait plus que la dernière marche. L'Angleterre l'a atteinte. Mais Southgate a décidé de ne pas s'en satisfaire. "Party pooper", on vous dit.

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