L’exode des stars de la Serie A n’a pas eu que des effets négatifs. Elle a notamment permis l’éclosion d’une génération de jeunes joueurs qui se révèlent cette saison dans le championnat italien. Parmi ces nouveaux talents, Erik Lamela est probablement celui qui suscitait le plus d’attentes. Même s’il n’a que 20 ans, le prodige argentin est annoncé comme une future star depuis quelques années déjà. La Roma, malgré une période qui n’incite pas vraiment aux dépenses, n’avait ainsi pas hésité à débourser près de 20 millions d’euros pour signer ce diamant à polir à l’été 2011. Le pari commence doucement à s’avérer payant.
Le tenter n’était pas forcément évident. Les cracks annoncés du ballon rond qui ont défrayé la chronique à l’adolescence n’ont pas toujours eu l’avenir escompté. Le cas Freddy Adu en est le parfait exemple. A l’instar de l’Américain, Lamela s’est fait connaître dans le milieu dès l’âge de 12 ans. En 2004, le FC Barcelone avait révélé son intention de signer le gamin de River Plate, un peu comme il avait procédé pour Lionel Messi. Mais le jeune Erik n’a pas suivi les pas de son illustre compatriote. "Ils m’attendaient pour m’essayer, lorsque je suis allé en Espagne pour un tournoi de jeunes. Ils m’ont vu jouer, et à la fin ils ont dit à mon père qu’ils me voulaient. Cependant j’étais trop petit pour vivre ce que je vis maintenant. Cela aurait été compliqué. J’ai donc préféré, en accord avec ma famille, rester parmi les gamins du River", racontait-il dans une interview accordée à La Repubblica en début de saison passée.
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Conscient de tenir en ses mains un joyau déjà convoité, le président Jose Maria Aguilar s’est empressé de signer un accord avec la famille de Lamela pour qu’il achève sa formation au sein de la pépinière de River. "Coco", surnom donné par son frère parce qu’il ne parvenait pas à prononcer Erik (mais son père affirme que sa mère est à l’origine de ce surnom), n’avait pas vraiment envie de quitter son élément. A ce moment-là, il partageait son temps entre les entraînements avec les jeunes Millionarios, les jeux vidéo, dont il est un très grand amateur, le ping-pong, sa famille et ses amis qui lui manquent particulièrement aujourd’hui encore. "Ceux que j’ai à Buenos Aires ne sont pas footballeurs. Cela me manque de les voir, d’aller chez eux. Nous nous parlons par téléphone, mais ce n’est pas la même chose. Je voudrais pouvoir jouer encore avec eux à la playstation", reconnaissait l’an dernier le jeune homme qui s’est rapidement désintéressé de l’école.
Il n’y a jamais eu vraiment de place pour les études dans la vie de Lamela. Celui-ci a très vite consacré l’essentiel de son existence au football. D’abord au baby futbol, jeu à cinq particulièrement populaire chez les jeunes sud-américains, et que son père pratiquait auparavant. "Il ne m’a pas obligé. Cependant le premier ballon que j’ai touché, cela était avec lui", se rappelle le natif de Florida, un quartier de Buenos Aires. Avec cette variante du futsal, Coco s’est doté d’une qualité technique hors du commun dans les petits espaces. Elle lui a permis de briller au sein des clubs qu’il a fréquentés, notamment l’équipe de Drysdale pour laquelle il aurait inscrit plus de cent buts. C’est ainsi qu’il a attiré l’œil des recruteurs de River Plate, dont il a intégré le centre de formation dès l’âge de sept ans.
Totti : "Il a tout pour être mon héritier"
Chez les équipes de jeunes de River, Lamela s’est notamment distingué lors d’un tournoi à Paris, au cours duquel il a inscrit un doublé face au grand rival, Boca Juniors. Il a ensuite subi une grave blessure en 2007 qui a retardé ses premiers pas chez les professionnels. C’est finalement en 2009 que Coco a débuté avec l’équipe première des Millionarios lors d’un match face à Tigre. Il en est devenu l’un des éléments clés à partir de la saison 2010 au poste de milieu offensif sur le côté droit. Avant le tournoi d’ouverture, Daniel Passarella, fraîchement nommé à la présidence de River, avait pris soin de lui faire signer un nouveau contrat de quatre ans, avec une clause libératoire de 20 millions d’euros. A l’aube du tournoi de clôture 2011, Lamela a hérité du numéro 10 laissé vacant par Ariel Ortega. Devenu un titulaire indiscutable, au point d’être appelé en sélection pour affronter le Paraguay en mai 2011, il a alors été l’objet d’offres de l’AC Milan et de l’Atletico Madrid, refusées par River. Mais la descente du club en deuxième division a précipité son départ. Direction la Roma.
Au sein de la Louve, Lamela a rapidement été présenté comme le successeur de Francesco Totti. "Il a tout pour être mon héritier", avait d’ailleurs déclaré le numéro 10 romain durant la saison 2011/2012, au cours de laquelle l’Argentin avait déjà fait parler de lui avec 6 buts et 6 passes décisives en 31 matches toutes compétitions confondues. C’est encore plus le cas cette saison. Coco en est à 11 buts en 24 journées (il finira la saison avec 15 buts en 33 matches, NDLR), avec à la clé une série exceptionnelle pendant l’automne où il a marqué lors de 6 journées consécutives pour un total de 7 buts. Virtuose technique, déconcertant de rapidité dans ses enchaînements balle au pied et finisseur inspiré, l’ailier giallorosso s’affirme comme l’une des révélations de la Serie A avec le Milanais Stephen El Shaarawy et son compatriote Mauro Icardi, le buteur de la Sampdoria. "Il est très facile, et il est impressionnant dans ses prises de balle", résume Johan Crochet, spécialiste du football italien en général, et de la Roma en particulier.
Son professionnalisme en question
Mais Lamela a encore du travail avant de devenir ce génie que sa précocité laissait entrevoir. Son talent est indéniable, mais son approche psychologique laisse à désirer. "Le problème majeur, c’est son comportement. Lamela n’aime pas se faire violence, il n’est pas assez à l’écoute de ses coaches et il est plutôt fainéant à l’entraînement. Alors qu’il est l’un des plus performants dans les tests physiques, surtout au niveau de la résistance", estime Johan Crochet. En match, cela se traduit par des choix pas toujours justes et un jeu un peu stéréotypé. A l’image d’un joueur comme Arjen Robben, Coco réalise souvent les mêmes actions, en partant de son côté droit pour repiquer dans l’axe et frapper, ou adresser une passe latérale souvent lisible pour la défense adverse. Malgré un potentiel technique très étendu, l’Argentin devient parfois trop prévisible. Et il a cette tendance à trop porter le cuir que l’on retrouve souvent chez les bons manieurs de ballon, ralentissant ainsi la circulation de balle de la Roma, notamment en contre-attaque.
A 20 ans, Lamela a encore largement le temps de corriger ses défauts. Le fait qu’il fasse mieux que tirer son épingle du jeu au sein d’une Roma défaillante, alors qu’il n’en est qu’à sa deuxième saison au club, est la preuve d’un potentiel capable de s’exprimer au plus haut niveau. Son manque de professionnalisme n’est pas totalement illogique pour un joueur jeune, et qui est encore en phase d’adaptation pour se plier aux exigences très élevées du football européen en général, et italien en particulier. La question de son positionnement commence aussi à se poser. Compte tenu de son profil, Coco pourrait faire des différences encore plus importantes dans un rôle axial s’il parvenait à mettre davantage ses incroyables qualités techniques au service du collectif. Ce gamin que le Barça avait repéré dès l’âge de 12 ans donne en effet l’impression d’avoir tout pour réussir. Sa saison est assez encourageante dans cette optique. Il lui appartient désormais d’en faire le tremplin pour cette carrière brillante qui lui semble destinée.
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