Eurosport
Non, les "10" ne sont pas morts : l'Euro Espoirs en est la meilleure preuve
Par
Publié 29/06/2015 à 17:18 GMT+2
La phase finale du championnat d’Europe Espoirs qui s’achèvera ce mardi à Prague semble faire renaître le concept du meneur. Les 10 ont encore de l’avenir mais plus nécessairement sous la même forme qu’hier.
Eurosport
Crédit: Eurosport
La vingtième édition du Championnat d’Europe Espoirs connaitra son vainqueur mardi. Portugal et Suède se lancent dans un dénouement inédit, à Prague. Mais ce n'est pas la seule chose que l'on retiendra de cette édition 2015. Je vous parle d’un temps que les moins de 21 ans sont en train de faire renaître : celui des meneurs de jeu. Cet Euro Espoirs a ravivé celui des créateurs. Et si les temps ont changé, leur profil, leurs aptitudes, leurs caractéristiques aussi.
Bernardo Silva, "l’illustration parfaite"
"Il donne l’impression d’être plus âgé que les autres. Il voit, donne, passe, court juste. Il est tout simplement au-dessus". Avant même l’impressionnante demi-finale du Portugal face à l’Allemagne (5-0), Raymond Domenech avait fait de Bernardo Silva LE joueur de cet Euro. A seulement 20 ans, le Monégasque se balade. Désigné à deux reprises homme du match depuis le début de la compétition, il a écœuré la Mannschaft en cinquante minutes. Jamais les U21 allemands n’avaient pris une telle claque. Jamais les jeunes Lusitaniens n’avaient connu un tel succès en phase finale. Héritier du numéro 10 avec les "Sub21", Bernardo a pour habitude de quitter son aile et de couvrir le front. Il est l’incarnation du meneur de jeu moderne. Polyvalent, multitâche.
L’ancien sélectionneur des Bleuets (1993-2004), consultant MCS pour l’édition 2015, reprend : "Il y a de moins en moins de spécialistes au poste d’avant-centre. Le meneur de jeu d’aujourd’hui est une sorte de neuf et demi capable aussi d’évoluer milieu défensif. Ce n’est plus le gars à qui on donne le ballon et autour de qui on tourne. Il est disponible, actif, mobile. Bernardo en est l’illustration parfaite". L’éternel problème du 9 de la Seleção a poussé Rui Jorge à aligner deux 10 de formation (Bernardo et Sérgio) dans les couloirs et deux ailiers de métier (Ivan Cavaleiro et Ricardo Pereira) sur le front de l’attaque. Et ça marche. Le Portugal possède la meilleure défense (1 but contre) et la meilleure attaque de cet Euro (7 buts).
Les Suédois ont adopté une animation offensive similaire à celle de leur prochain adversaire. Si Ericson jouit de deux "vrais" avants-centres (Thelin et Guidetti), son 4-4-2 s’articule avec un duo de meneurs excentrés. Habitués au cœur du jeu en club, Lewicki et Khalili se voient ici confier des positions décentrées. L’inspiration part d'un bruit de couloir qui explose en plein cœur. Les Tchèques ont tenté le coup avec Travnik, Prikryl ou Frydek, habitués à bourlinguer entre l’axe et les ailes.
Hojbjerg, Carroll, Djuricic, Meyer
La plupart de ces meneurs "new age" ont déjà connu plusieurs vies. L’Anglais Tom Carroll a dû faire preuve de flexibilité pour gratter des minutes avec Swansea. Prenez le Danois Hojbjerg. "Il est très intéressant, commence le spécialiste du foot allemand, David Lortholary. C’est un joueur athlétique qui présente deux avantages pour un élément de sa position : il a déjà joué à d’autres postes que celui de meneur de jeu, y compris latéral au Bayern avec Heynckes. Il a aussi été utilisé comme récupérateur. Et à Augsbourg, cette saison, il jouait quasiment comme un 8." Avec le Danemark, Pierre-Emile, né d’une maman française, est le dépositaire du jeu.
Les puristes aussi auront eu leur dose, avec le Serbe Filip Djuricic ou Max Meyer. Le joueur de Schalke 04 s’apparente à un 9,5 dans un schéma à une seule pointe. Et il revendique son rôle axial. "Alors que des Götze ou Draxler évoluent plus sur le côté, lui se définit comme un vrai joueur d’axe", reprend Lortholary. L’Allemagne a retoqué sa perception et sa conception du 10. Lortho poursuit : "Thomas Hassler avait entretenu la culture du meneur de jeu, dans les années 1980,1990. Et cette sensibilité technique est revenue avec la formation inspirée des modèles français et espagnol. Mais ce n’est plus le 10 à l’ancienne. On parle de joueurs beaucoup plus mouvants".
L’Italie "compense"
Les Italiens ont carrément revu leurs plans. "Il n’y a plus de joueurs capables d’entretenir la tradition des numéros 10 comme Antognoni, Baggio ou Del Piero, remarque Alessandro Grandesso, journaliste de la Gazzetta dello Sport. L’Italie compense aujourd’hui par ses autres milieux." Un joueur a œuvré à ce changement : Andrea Pirlo. "Son positionnement, plus reculé, a fait revoir aux Italiens leur représentation de la création. Aujourd’hui, on parle de Montolivo, Verratti… Des footballeurs qui sont plus reculés sur le terrain mais pas forcément moins doués techniquement, analyse Grandesso. Et les jeunes techniciens comme Berardi ou Bernardeschi sont plus attaquants. L’Italie fait avec ce qu’elle a."
Avec une moyenne de 2,64 buts par match, l’Euro Espoirs version 2015 est déjà l’un des plus prolifiques de ces quinze dernières années. Et aussi l’un des plus disputés. La phase de groupe a été indécise jusqu’à la dernière journée, voire la dernière minute (demandez aux Italiens). Mais au-delà des chiffres, la compétition aura été poussée par un souffle de créativité. Vous savez pourquoi.
Publicité
Publicité